Volume 35 Numéro 09 Le 15 décembre 2017

Expansion, un vent d’optimisme souffle sur l’industrie


Les entrepreneurs en construction et les fournisseurs font de bonnes affaires dans les secteurs laitier et avicole, notamment.

Par Chantal Quirion


L’année 2017 s’est terminée sur une note de confiance qui se traduit par de nombreux projets d’expansion et de modernisation dans les secteurs de la production laitière et avicole.

« On a une croissance du droit de produire qui a fracassé les records avec 21% de plus qu’en 2015 sans compter tous les incitatifs mensuels », mentionne l’agronome Luc Gagné, conseiller au Groupement de gestion agricole de l’Ontario, en parlant du lait. Parmi ses clients, plusieurs ont entrepris des projets qui représentent des investissements majeurs.

Pour sa part, Marcel Laviolette de la Ferme avicole Laviolette dans l’Est ontarien indique que la production d’œufs a connu une hausse de 28% pendant les dix dernières années, ce qui l’a poussé à investir comme plusieurs de ses pairs, d’autant que les nouvelles normes d’élevage amènent leurs lots d’obligation. Ces normes sont appliquées graduellement, mais l’on sait déjà que le système conventionnel qui allouait 67 po2 par poule tire à sa fin. Le système enrichi prévoit 116 po 2 par volatile, et plus encore pour les poules en liberté ou l’élevage biologique. En conséquence, il faut de plus grands poulaillers ou encore réduire le nombre de poules.

« Il y en a plusieurs qui préfèrent jeter les anciens bâtiments par terre et bâtir un nouveau poulailler », observe M. Laviolette.

Pour sa part, Luc Gagné qui n’a que quatre clients dans la production avicole fait toutefois remarquer que trois d’entre eux ont entrepris des travaux majeurs, ce qui est quand même révélateur de l’air du temps.

Jean-Philippe Gélinas directeur régional développement des affaires pour la région de l’Est à Financement agricole Canada abonde dans le même sens en précisant que la demande pour le quota de productions de dindes connaît une grande popularité.

« Depuis trois ans, 25% à 40% de nos clients dans le secteur des œufs et de la volaille ont fait un projet de construction. Il y a plus de quotas disponibles et ça encourage les producteurs », explique M. Gélinas en mentionnant que dans le lait c’est un peu moins marqué, quoique très dynamique. Par ailleurs, la clientèle de FAC représente bien le portrait dans la région, dit-il.

Poulailler ou ferme laitière, le secteur de la construction va bon train.

Sylvain Cheff, à la tête d’une entreprise de construction spécialisée dans les bâtiments agricoles dans l’Est ontarien indique qu’il a dû augmenter son équipe de 12 à 20 employés sur les chantiers et qu’il doit malgré tout refuser des contrats.

 « C’est pas mal rock and roll. C’est plus occupé et ce le sera encore plus pour l’année qui s’en vient », indique l’entrepreneur qui est dans le métier depuis 21 ans. Heureusement, il arrive à travailler l’hiver en arrivant à poursuivre les travaux à l’intérieur des bâtiments.

«  Les fermiers peuvent avoir du quota et ils veulent tous bâtir.  J’en ai qui m’approche pour 2019 et 2020 », mentionne M. Cheff en mentionnant que c’est quand même un beau problème à gérer. Le téléphone n’a pas dérougi depuis que les kilos de quotas disponibles ont augmenté, ce qu’il a observé sans l’ombre d’un doute à compter de 2016 dans le secteur laitier.

Pour Yves  Gauthier  à Earlton dans le nord de la province la reconstruction n’a pas été un choix après que son étable,  une nouvelle construction pourtant, se soit effondrée en 2016. Après plusieurs nuits blanches,  bien des peines et des soucis lui et son épouse Lyne étaient prêts à recommencer en 2017. Comme dans leur ancienne étable à stabulation libre, ils ont opté pour les robots de traite.

« Quand j’ai construit en 2014, j’étais dans les premiers de la région du Témiskaming à en avoir (des robots). Là je pense qu’il y en a  au moins six et un autre en train de se construire. Je dirais qu’il y en a encore plusieurs qui vont commencer l’année prochaine et ça, c’est directement lié avec le quota », indique M. Gauthier.

Des fournisseurs heureux

 « Pour nous c’est une année record. On est en train de battre notre meilleure année qui avait été en 2015 », affirme Jean-François Lambert, directeur du service après-vente pour l’Amérique du Nord chez DeLaval.

« C’est autant au niveau de la facturation, ce qu’on livre chez nos distributeurs, que des prises de commande qui vont être livrées en 2018 », précise M. Lambert. L’intérêt des producteurs se porte autant sur la robotique que sur les salons de traite, particulièrement les salles de traite rotative, observe M. ce dernier. Selon lui, il y aussi beaucoup de projets pour le confort animal. La vente de brosse et de matelas est en hausse.

Chez Milkolmax, fabricant du Roboléo, le seul robot de traite en stabulation entravée, la situation est difficile à jauger dans la mesure où les augmentations substantielles de quotas sont survenues en même temps que l’entreprise connaissait une croissance importante.

Toutefois, un retour certain de la confiance des producteurs a été ressenti, indique Jocelyn Lemay.

« Quand il y a eu la crise du lait et qu’on était tous au parlement à se promener avec des pancartes, personne n’investissait. Le marché avait perdu confiance et c’est après ça que c’est reparti », mentionne M. Lemay.

 Ensuite, lorsqu’il y a eu l’annonce du Programme d’investissement pour les fermes laitières, chez eux ç’a été littéralement la folie.

« Pour nous ç’a été un tsunami. J’étais en vacances et il a fallu que je rentre. On est deux vendeurs et on faisait en moyenne 80 à 90  heures par semaines jusqu’au moment où le programme a été fermé. »

Plusieurs producteurs ont décidé d’attendre la réponse à leur demande de subvention avant de passer une commande, mais il y en a un certain pourcentage qui a décidé d’y aller quand même. Le carnet de Milkomax est bien rempli.

« Ça donné de l’espoir et donné le goût à certains producteurs de se rembarque pour un 10 à 15 ans », conclut M. Lemay.

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