Le 6 octobre 2004

Ferdinand Larose ? pas seulement un planteur d’arbres

Par André Pommainville


Le succès de l’Écho d’un peuple ainsi que tout le brouhaha entourant l’emplacement de ce spectacle à grand déploiement, le nom de la forêt Larose fait maintenant partie de l’histoire des Franco-Ontariens. Je suis bien loin d’être un historien, mais il est bon de se rappeler le travail ardu et parfois méconnu de nos agronomes franco-ontariens, et Ferdinand Larose est un de ceux-là.

L’histoire d’un peuple est écrite souvent par des hommes et des femmes qui accomplissaient leur boulot de tous les jours au meilleur de leurs connaissances et de leurs habilités. C’est en faisant de petites choses quotidiennement que ces personnes sont parvenues à accomplir de grandes choses.

Cet énoncé peut paraître simpliste mais comment vrai. Même aujourd’hui, l’histoire se répète et je prends l’Écho d’un peuple comme exemple. Il y a un grand nombre de personnes qui ont cru dans le projet et qui ont travaillé à sa mise en oeuvre sans réaliser qu’elles accomplissaient quelque chose de bien spécial.

Revenons maintenant à Ferdinand Larose et voyons comment cet homme a écrit une page d’histoire franco-ontarienne tout en accomplissant son boulot d’agronome. En effet, c’est à la toute fin de la Première Guerre mondiale que Ferdinand Larose, agronome nouvellement diplômé de l’Institut agricole d’Oka, fut embauché par le département de l’Agriculture de l’Ontario comme conseiller agricole pour les comtés de Prescott et Russell.

Le rôle d’agronome de comté

En 1919, je peux imaginer que le travail d’agronome était complètement différent de celui d’aujourd’hui et je compte sur mon expérience comme agronome de comté dans la même région géographique où M. Larose a oeuvré ainsi que sur certaines sources écrites et verbales pour vous donner un aperçu de son oeuvre.

Sur une période d’au moins trois générations d’agriculteurs, la profession d’agronome de comté ou de district était perçue à la manière de celle de quart arrière pour un club de football. C’était le chef d’équipe qui vulgarisait les plans, les missions et les objectifs élaborés par le département de l’Agriculture de l’Ontario pour les agriculteurs et le développement des régions rurales et qui les rendait réalisables.

L’agronome de comté/district devait répondre concrètement aux besoins et aux attentes des agriculteurs et du milieu agricole en premier lieu. Il devait exercer sa profession d’agronome de façon créative, respecter la réalité de chaque ferme de manière équitable et juste tout en respectant les règles et les règlements de son employeur qui était le gouvernement de l’Ontario. Le mandat des agronomes du ministère de l’Agriculture de l’Ontario de 2004 est bien différent de celui relaté dans cet article à l’exception du Nord ontarien où il y a encore des agronomes affectés à des districts.

M. Larose ? agronome de comté

C’est un personnage historique que je n’ai pas eu la chance de rencontrer car j’étais jeune garçon lorsqu’il a pris sa retraite en 1950. En 1919, M. Larose, rappelons-le entre au service du département de l’Agriculture de l’Ontario pour ouvrir le premier bureau d’agriculture des Comtés unis de Prescott-Russell. Ce bureau fut localisé dans le village de Plantagenet. J’imagine que les premiers mois furent employés à mieux connaître les besoins des agriculteurs de Prescott-Russell et à développer un réseau de contacts. Pour ce faire, il a dû aller rencontrer les agriculteurs dans leur milieu, au moyen d’un grand nombre d’assemblées paroissiales.

Le système de communication et les autres infrastructures publiques que l’on retrouvait dans nos régions rurales était à l’image de l’époque. Il n’y avait pas d’électricité, pas de téléphone et les routes rurales étaient parfois non praticables. Le développement de l’agriculture était axé sur les facilités locales telles que les fromageries, la boutique de forge, les scieries, les meuneries, etc., ainsi que les écoles de rang et les églises paroissiales. On était bien loin de l’agriculture à l’échelle mondiale que l’on connaît aujourd’hui.

Ferdinand Larose, après avoir entendu et analysé les besoins des agriculteurs, vit son travail d’agronome de comté se préciser. Il devient un catalyseur et un promoteur d’idées afin d’améliorer la gestion des pratiques agricoles du temps.
C’est dans ce contexte que les premiers arbres furent plantés dans ce qui se nommait à l’époque « le désert de Bourget », afin de corriger une erreur humaine commise auparavant.

Il faut rappeler que c’est à cause du défrichage intensif, au milieu du 19ième siècle, qui a causé le dénuement des terres sablonneuses de cette région, qu’on dut planter la forêt qui porte aujourd’hui son nom. Afin d’enrayer l’érosion et l’amoncellement de sable qui éventuellement ont formé d’énormes dunes, M. Larose a voulu remettre ces terrains dans leur état naturel, soit sous une couverture d’arbres, surtout des conifères.
Les premiers arbres furent mis en terre sur une base expérimentale en 1921. Le début véritable de l’effort de plantation arriva en 1928 avec les premiers pins plantés sur 100 acres. L’on connaît la suite, une forêt plantée de main d’hommes sur une superficie de 28 000 acres environ, un bijou dont nos ancêtres peuvent être fiers de nous avoir laissé comme héritage.

Transfert technologique et les écoles rurales
Cependant le visionnaire qu’était Ferdinand Larose a fait beaucoup plus pour les comtés de Prescott-Russell que la plantation d’arbres. Dans les années ?20 et ?30, les écoles de rang ont joué un rôle important dans la vulgarisation agricole, c’est-à-dire le transfert des connaissances nouvelles auprès des agriculteurs. M. Larose avec l’aide de quelques leaders de chaque paroisse, a organisé par l’entremise des écoles de rang, des clubs agricoles pour garçons et filles. C’était sans doute le début des clubs 4-H mais sous une autre forme.

C’est par l’entremise de ces clubs d’écoliers qu’il a su inculquer aux fermiers des régions participantes l’importance de l’utilisation de semences de qualité. Selon les rapports annuels produits par M. Larose, il fournissait aux étudiants des pommes de terre, des semences de légumes ainsi que des ?ufs (pour faire couver) dans le but d’initier les agriculteurs à utiliser des produits génétiquement supérieurs sur leur ferme. Cela engendrait des rendements supérieurs ayant comme résultats de meilleures conditions de vie pour les agriculteurs.

Souvent les clubs de garçons et de filles étaient le premier contact direct que l’agronome de comté avait avec les agriculteurs. Plus tard est venue la formation de clubs de producteurs ayant des intérêts communs. Je pense ici aux clubs de production pour le houblon, la pomme de terre, le lin et plusieurs autres cultures. L’importance de la gestion de l’environnement surtout la conservation des sols faisait sans doute partie intégrale des discussions dans ces clubs de production.

L’agriculture et la Deuxième Guerre mondiale
Après la crise des années trente, qui furent une période difficile pour plusieurs, vint la Deuxième Grande guerre. Un grand nombre de jeunes canadiens furent appelés sous les drapeaux, ce qui était normal dans les circonstances.

Cependant il fallait nourrir les soldats et les citoyens dans les pays ravagés par la guerre. Une exemption spéciale était donc accordée aux hommes aptes au service militaire si l’agronome de comté pouvait démontrer que leur présence était essentielle comme main-d’oeuvre agricole ou comme agriculteur. Je peux m’imaginer les pressions gouvernementales ainsi que les demandes persistantes des fils d’agriculteurs pour que les agronomes de comté/district accordent des permissions justifiées tout en respectant les directives politiques et leur conscience personnelle.

Pour conclure, je crois que tous sont conscients que la Forêt Larose est l’oeuvre d’un homme visionnaire qui a utilisé pleinement ses connaissances agronomiques pour le bien des générations futures. Mais, il faut aussi se rappeler que si le secteur agricole est si important aujourd’hui pour l’économie de Prescott-Russell, il faut dire un gros MERCI à Ferdinand Larose et aux autres agronomes de comtés qui l’ont suivi.

Chacun de ces agronomes a fait de son mieux à la lumière des connaissances de son temps pour nous rappeler que la terre ne nous est que prêtée et que nous devons en prendre soin pour les générations à venir.

André Pommainville est directeur du développement à l’Union des cultivateurs franco-ontariens.

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