Le 5 août 2004

Ferme Loranger à Earlton ?Traire 200 vaches… pour commencer

Par André Dumont (collaboration spéciale)


À Earlton, dans le Nord-Est ontarien, Roch Loranger gère un troupeau de 400 bêtes, dont 200 vaches en lactation, en plus de cultiver 800 acres. Photo A.Dumont.

Roch Loranger a 33 ans. Ses 200 vaches en lactation font deux tours de carrousel par jour. Il s’est fixé comme objectif d’en traire 500 d’ici 20 ans.

Audacieux, ou même risqué, diriez-vous’ Pas quand on est issu d’une famille où voir grand est un mode de vie. À Earlton, au Témiskaming, les Loranger ont la réputation de toujours rester en mode  » expansion « . Au fil des ans, Edmond Loranger, appuyé de ses fils Marc, André et Roch, a fait grandir la ferme familiale au-delà des 800 acres, en plus de prendre contrôle du transport du lait.

Il y a deux ans, le patrimoine a été scindé. Marc et André gèrent la cueillette et le transport du lait des deux côtés de la frontière Ontario-Québec et Roch se retrouve à la tête de la plus grande ferme laitière de la région. Les deux entreprises demeurent prospères et le caractère familial n’a jamais été écarté.

Il faut de l’audace pour vouloir se retrouver avec une si importante exploitation entre les mains à son âge, admet Roch, reconnaissant du même souffle qu’en tant que jeune agriculteur, l’endettement lui impose des contraintes que d’autres, en affaires depuis plus longtemps, n’ont pas.  » Il faut faire attention et savoir ce qu’on fait.  »

Gérer un troupeau de 400 têtes et diriger jusqu’à 6 employés, quelques-uns de plus pendant les récoltes, ne sont pas une mince affaire.  » Ce sont deux « business » à coordonner en même temps « , souligne-t-il en faisant allusion aux travaux aux champs qui se superposent à ceux du quotidien de la gestion d’un troupeau laitier. Cette année, 450 acres ont été ensemencés en orge et les 350 autres sont en foin.

Heureusement, Roch Loranger a hérité des connaissances et du goût du travail propre à sa famille. De plus, il peut compter sur des installations modernes dont il n’est pas peu fier.

En 1998, suite à un terrible incendie qui a détruit l’ensemble des plus récents aménagements à l’étable de la ferme familiale (le troupeau a été sauvé), les Loranger ont installé dans leur nouvelle étable un salon de traite équipé d’un carrousel à 24 stations d’une capacité théorique de 140 vaches à l’heure.

 » Ça a été le premier (de la marque Alfa Laval Agri, devenue DeLaval en 2000) installé au Canada. Il a été construit en Nouvelle-Zélande et transporté par bateau « , explique celui qui en est devenu l’unique propriétaire quatre ans plus tard.

 » Des gens sont venus de la Saskatchewan et du Manitoba pour le voir. À l’ouverture officielle, tout le village était là! « , se souvient-il. Ses frères, son père et lui étaient allés le voir en démonstration au Vermont avant d’en faire l’acquisition.

Deux fois par jour, ses vaches en lactation se déplacent par troupeau de cent de l’étable au salon de traite où elles montent une à une dans le carrousel. Chacune est identifiée électroniquement et son rendement est mesuré et compilé par ordinateur.

La traite des 200 vaches dure habituellement deux heures et elle nécessite la main-d’oeuvre de deux personnes. L’ensemble de l’équipement est lavé une fois par semaine.

Fumier et alimentation
De retour dans l’étable, les animaux se retrouvent dans un environnement où l’air et la lumière de l’extérieur abondent. Le plancher au centre des deux côtés du bâtiment est lavé à intervalles réguliers par le relâchement d’une eau récupérée du fond des fosses à fumier. Celle-ci s’écoule sur une pente de 2% à même le plancher. Le seul élément mécanique du système d’évacuation du fumier est une pompe à eau qui remplit un réservoir installé à l’extérieur.

Quant à l’alimentation, elle est répandue par une distributrice tirée par un tracteur.  » C’est le seul autre aspect mécanique, souligne notre jeune agriculteur. Cela nous permet d’utiliser nos tracteurs toute l’année. Ils deviennent un investissement plus qu’une dépense.  »

Défis
Malgré cet équipement à l’avant-garde, Roch Loranger n’est pas à l’abri des maux qui affligent les producteurs laitiers canadiens. Depuis l’éclatement de la crise de la vache folle, il a notamment dû réduire les dépenses en frais vétérinaires et en médicaments. De plus, il a recours à des taureaux biens choisis au lieu de l’insémination artificielle.

Il doit maintenant trouver lui-même des clients locaux pour la viande de ses vaches de réforme, une tâche dont il aimerait bien se passer.  » J’ai douze vaches en attente. Je pensais que ce serait plus facile que ça de les vendre, mais c’est pas évident quand t?es entouré d’autres fermes laitières et qu’il y a plusieurs élevages bovins dans les environs. En plus, tout le monde ici a de la famille en agriculture. »

Les terres autour d’Earlton sont très fertiles et leur valeur est montée en flèche depuis que quelques agriculteurs du sud de l’Ontario y sont déménagés en réalisant d’importantes acquisitions. À cela s’ajoute le prix élevé du quota, un autre obstacle à l’expansion. Roch Loranger sait très bien que dans ce contexte, ses projets requerront encore plus d’audace. Mais à 33 ans, tout est encore permis.

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