Volume 33 Numéro 07 Le 20 novembre 2015

Ferme St-Malo, la passion de l’agriculture en héritage


Ci-dessus, la petite Chloé est entourée de ses parents, Shannon et Étienne Séguin.

Par Chantal Quirion


Odeur de café et pain grillé, c’est l’heure de déjeuner chez les Séguin. Mais pour Étienne Séguin comme pour la plupart des producteurs laitiers, cela fait déjà quelques heures que la journée est entamée. Il en va de même ces jours-ci pour sa conjointe Shannon (Kavanagh), mais pas pour les mêmes raisons. Celle-ci, attablée pour l’entrevue, tient dans ses bras leur magnifique poupon, Chloé, qui a à peine plus d’une semaine. C’est donc dire que lors du Gala de l’Excellence de Prescott et Russell qui a motivé cette rencontre, Chloé n’était pas encore née. Cela fait beaucoup d’émotion en peu de temps pour le couple qui vient de remporter le Prix de l’Entreprise agricole de cette édition du Gala 2015. La Ferme St-Malo de Saint-Pascal-Baylon se trouve ainsi en tête de palmarès des entreprises modèles.

Une histoire de famille

Mais avant d’aller plus loin, pourquoi ce nom, St-Malo?

« On me le demande tout le temps. C’est l’idée de mon grand-père (Jean-Rhéal Séguin) parce qu’il avait un cousin qui avait une ferme.  Donc, il y avait déjà une Ferme Séguin. Comme dans la famille on est très portés sur la généalogie, notre ferme a donc été nommée St-Malo en mémoire des premiers Séguin d’Amérique qui sont arrivés de St-Malo », explique Étienne.

Comme le mentionne ce dernier, la Ferme St-Malo c’est une histoire de famille dont il est le fier représentant de la quatrième génération. Bien que son père et sa mère, Jean-Marie et Lucie Séguin leur aient (à lui et Shannon) transféré l’entreprise, ils donnent encore un bon coup de main. À tous les égards d’ailleurs, ils ont été des modèles très importants pour Étienne qui a hérité de leur curiosité professionnelle, de leur sens de l’engagement, tant familiale que communautaire ainsi que d’une fierté non dissimulée à l’égard de la culture franco-ontarienne. Ils habitent juste en face, à côté de l’étable où ils se rencontrent quotidiennement.

Miser sur la génétique

C’est dans cette étable à stabulation entravée, que soir et matin on fait la traite du troupeau holstein qui comprend en moyenne 65 vaches en lactation, dont certaines descendantes de familles illustres, comme la dernière acquisition, Calbrette Manoman Loni de la famille Lila Z, entre autres. Les familles Spottie et Laurie Sheik y sont aussi représentées. Le quota est de 91 kg.

« On a investi beaucoup dans la génétique et on a vu une grande amélioration du troupeau. Mon grand-père avait commencé avec l’insémination artificielle, mais il ne venait pas à bout d’améliorer le type. En allant chercher ces trois ou quatre nouvelles familles qui avaient un bon bagage génétique, on a vu un changement. Ça nous permet aussi d’obtenir un meilleur prix pour nos vaches », précise Étienne en indiquant que la vente d’embryons compte aussi au nombre des activités de l’entreprise.

Rendements supérieurs

En termes de rendement, le troupeau produit en moyenne 11 500 kg de lait par vache par année et le pourcentage de gras est plus élevé que la moyenne avec des taux de l’ordre de 4,2 %, sans compter une qualité exemplaire.  « On produit généralement plus d’un kilo de gras par jour ce qui est très bon. On s’efforce aussi de produire un lait de qualité. Ça fait deux années de suite qu’on reçoit un certificat or de DFO (Dairy Farmers of Ontario) et on a obtenu la 2e place dans le Comté de Russell pour le taux le plus bas de cellules somatiques.

Facteurs du succès

« Le succès, je pense que ça vient de l’attention que tu portes aux petits détails », commente Étienne.

« Le confort des animaux est très important », souligne pour sa part, Shannon.

À ce titre, l’étable est dotée d’un système de ventilation tunnel et de loges spacieuses. Non loin, dans l’étable à taures, une soixantaine de sujets profitent des installations avec stabulation libre. Mais dans une étable comme dans l’autre, une prémisse est de rigueur : l’alimentation est de première qualité. C’est là toute l’importance du travail au champ.

Les grandes cultures

À la Ferme St-Malo on cultive 500 acres de terrain drainé : maïs, soya, blé et foin, dont une partie sert à l’alimentation du troupeau et l’autre partie est vendue.

« La qualité du fourrage a un impact direct sur ta production de lait. Si le fourrage est de qualité, ça engendre moins de coûts supplémentaires », mentionne le couple en indiquant que la gestion des champs, incluant la rotation des cultures ainsi que certaines pratiques leur permettent d’optimiser leur rendement. Par exemple, on ne fait que trois coupes de foin pour permettre à la plante de maximiser ses réserves avant l’hiver. On procède méticuleusement à des échantillonnages de sol et l’on s’entoure régulièrement des précieux conseils de Marc Lemoyne, leur fournisseur en semences et service d’arrosage qui est un puits de connaissances à leur avis. Naturellement, Dame nature a toujours son mot à dire c’est pourquoi le couple souscrit à l’assurance récolte.

Bien s’outiller

Étienne possède une formation en agriculture qu’il a commencée au Collège McDonald de l’Université McGill pour ensuite transféré au Collège d’Alfred dont il a obtenu son diplôme. Shannon quant à elle est détentrice d’un baccalauréat en agroéconomie de l’Université Mc Gill. Avant son congé de maternité, elle occupait le poste de représentante pour le service aux membres de Guy Gay Lea Foods Co-Operative Ltd pour l’Est et le Nord de l’Ontario, ce qui ne l’a jamais empêché de contribuer à la bonne marche de l’entreprise familiale. Elle et sa belle-mère, Lucie, s’occupent de la gestion, mais d’ici janvier elle prendra le dossier en totalité, car ses beaux-parents vont bel et bien s’accorder une vraie retraite. Un employé à temps complet vient donc d’intégrer les rangs, Francis St-Onge et une étudiante, Mariele Lamarche, vient les aider pour la traite du soir.

Un transfert réussi

Au nombre des clés du succès, la planification du transfert de même que sa mise en œuvre graduelle qui s’est échelonnée sur près de quinze ans, en sont d’importance. Les deux générations ont suivi ensemble des ateliers sur le sujet pour les aider à mieux cerner l’entreprise, ses forces et ses faiblesses ainsi que pour dresser la liste des étapes à suivre et les objectifs à atteindre.

« On a une bonne entente avec mes parents et Luc Gagné du Groupe de gestion nous a beaucoup aidés avec ses conseils », convient Étienne. Le couple a pris officiellement les rênes de la Ferme St-Malo il y a deux ans, mais Étienne avait été incorporé à titre de partenaire avec 33 % des parts, dès l’âge de 23 ans.

Et une cinquième génération

Avec l’arrivée d’une petite poupoune, le couple savoure son nouveau bonheur et Étienne se demande s’il ne se remettra pas à entailler dans l’érablière afin que Chloé puisse connaître à son tour le plaisir du temps des sucres en famille. C’est là un autre bel aspect de la vie agricole qui est cultivé par les générations de Séguin.

 

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