Le 18 mai 2005

FranCoeur : un exploit quatre fois renouvelé!

Par Chantal Quirion


Depuis son apparition au petit écran, la télésérie FranCoeur a fait couler beaucoup d’encre. De saison en saison sa survie n’a jamais été assurée et chaque série est le fruit d’une bataille répétée pour que la seule dramatique de langue française en Ontario survive.

Dès sa première diffusion, FranCoeur a conquis son public et en très peu de temps ses personnages attachants sont devenus des intimes. Les amours de Luc Francoeur ont défrayé bien des conversations et les frasques de Sophie lors de ses débuts à la campagne n’ont laissé personne indifférent. Toutes intrigues confondues, les principaux enjeux qui tissent la trame du milieu agricole contemporain ont été si habilement intégrés au scénario, que la population se l’est appropriée avec fierté comme partie prenante de son histoire.

Il n’est donc pas étonnant que les comédiens de FranCoeur soient convoités comme porte-parole pour les événements franco-ontariens et que le producteur Robert Charbonneau et les membres de son équipe soient fréquemment invités aux festivités agricoles. Sans exagération, on peut parler d’une série culte et par conséquent, l’annonce d’une quatrième saison de douze épisodes, figure au rang des bonnes nouvelles.

Financement difficile

Touchons du bois! Il reste encore un apport de Téléfilm Canada à confirmer pour que le projet se concrétise. Ce qui, d’après Robert Charbonneau, ne devrait pas poser de problème. S’il se réjouit à l’idée de tourner cette quatrième série, la situation de TFO cependant, l’inquiète sérieusement. Le carnet de diffusion de TFO est si peu garni que la chaîne de télévision ontarienne a dû passer au plan de diffuseur secondaire pour FranCoeur 4. C’est la Société Radio-Canada qui prend la relève et qui en sera le diffuseur principal: « Un véritable revirement», allègue Robert Charbonneau.

« TFO n’avait pas d’argent, maintenant elle n’en a pas plus, constate Robert Charbonneau. Cette situation est déplorable et je trouve inacceptable que le gouvernement de l’Ontario ne prenne pas ses responsabilités dans ce dossier. Les crédits d’impôts accordés par le ministère de la Culture de l’Ontario nous ont donné un bon coup de pouce, précise-t-il, mais Patrimoine Canada en cessant d’allouer à TFO des fonds pour un contenu autre qu’éducatif, met notre télévision en péril. C’est la première fois en dix ans que cela arrive. »

Selon le producteur d’expérience, la situation de TFO est plus que précaire et la population franco-ontarienne doit se rendre compte qu’elle est sur le point de perdre sa télévision: « Si le public veut d’une programmation divertissante après 6 heures, une télé qui s’adresse aux adolescents et aux adultes, il va falloir qu’il l’exige, qu’il fasse pression auprès des politiciens provinciaux et fédéraux ».

Robert Charbonneau apprécie l’appui des maires des municipalités de l’Est de l’Ontario qui se sont adressé à Patrimoine Canada pour exiger des changements. « Présentement, estime-t-il, TFO ne reçoit que cinquante pour cent de son dû, considérant l’enveloppe pour les productions francophones hors-Québec et la portion des deniers publics qui émanent de l’Ontario. Tout ce que l’on veut, c’est notre juste part! »

Pour lui, une dramatique est en quelque sorte une signature, un trait que l’on associe à une culture et qui la renforce dans son identité. « Il n’y a pas que les productions R. Charbonneau, dit-il. Il y a d’excellents auteurs dans l’Est et dans l’Ouest de la province qui pourraient nous alimenter et nous divertir. Il y a aussi nos comédiens et les jeunes qui sortent des universités et des collèges à qui il faut penser. La télévision leur permet de travailler et de se faire connaître. En fait, dit-il, je demeure optimiste mais je suis très inquiet.»

FranCoeur 4
Malgré la fragilité du contexte, les Productions R. Charbonneau vont de l’avant et le calendrier de tournage est déjà fixé. Au cours de l’été, on pourra voir les équipes à l’oeuvre de la mi-juin à la mi-juillet alors qu’un dernier volet sera tourné dans la dernière semaine d’octobre. Pour la première fois, des épisodes de FranCoeur nous livreront une atmosphère automnale. Des lieux de tournage ont été repérés dans les comtés de Prescott et Russell exclusivement, soit à Alfred, dans le canton de Champlain, à l’Orignal à Treadwell et à Hawkesbury.

Avec le recul, Robert Charbonneau estime que le fait d’avoir produit seulement une douzaine d’épisodes par année les a bien servis. « Cela nous a donné le temps de réfléchir et d’enligner nos flûtes entre les séries, dit-il. Nos comédiens ont pu mûrir leur personnage en même temps que nous avons eu l’opportunité d’amener les sujets d’actualité. Ainsi, dans FranCoeur 4, la crise de la vache folle reviendra inévitablement sur le tapis », dit-il.

Sans affirmer que cela sera la dernière, le producteur avoue que dans cette quatrième série, les intrigues permettront aux personnages de se placer et que nous assisterons à d’importantes prises de décision. On peut donc entrevoir FranCoeur 4 comme un dénouement, où bien des questions demeurées en suspens dans les séries précédentes trouveront enfin réponses. Probablement saurons-nous enfin avec qui et vers quoi s’enligne Luc Francoeur.

« Ça va être une très belle série, très sensible, affirme Robert Charbonneau. J’en suis très fier. D’ailleurs, nous avons déniché Richard Riel qui collabore aux scénarios avec notre auteur Guy Boutin et cela donne des résultats merveilleux. Je suis certain qu’elle [la série] va augmenter nos chances de pouvoir continuer dans la dramatique. »

« À travers ces quarante-quatre épisodes, on a poussé bien des dossiers, conclut Robert Charbonneau. L’homosexualité en est un exemple. Nous y sommes arrivés en peignant un tableau très près d’une réalité qui existe. Je dois dire que nous avons d’excellents comédiens. D’ailleurs, FranCoeur a contribué à les faire aimer alors qu’ils étaient, sauf Guy Mignault, très peu connus au Québec. J’en suis très heureux. »

Queue de poisson, une nouvelle dramatique
Robert Charbonneau développe en ce moment d’autres projets dont un pour lequel TFO serait intéressée, dit-il. Avec Queue de Poisson, on risque fort de voir encore des équipes de tournage dans la région. Prévue dans le triangle, Ottawa, L’Orignal et Vankleek Hill avec possiblement quelques incursions dans la Baie Georgienne, cette dramatique « semi-lourde », comme il la qualifie, comportera beaucoup de personnages. Il est fort possible qu’on y retrouve des comédiens de FranCoeur, mais il y en aura beaucoup d’autres, avance-t-il, ainsi que de nombreux rôles de figuration.

« Dans un premier temps, nous voulons produire un pilote de deux heures, qui serait diffusé en deux parties. Par la suite, nous aimerions produire sept ou huit épisodes mais pour cela, il faudra que des changements draconiens surviennent dans la façon de financer », admet M. Charbonneau.

Dans cette dramatique qui se déroule dans un village fictif contemporain, le téléspectateur sera appelé à pénétrer l’univers d’un auteur dans la quarantaine. On le suivra dans son village natal, où, pour une raison encore inconnue, il est obligé de revenir. On ne sait pas encore s’il s’agit d’un écrivain, d’un philosophe ou d’un professeur de français, mais chose certaine, il jouit d’une grande popularité auprès de ses lecteurs, « monsieur et madame tout le monde ».

Au cours de ce périple, il sera amené à constater une ressemblance frappante entre les villageois et les personnages qu’il a lui-même créés. Il en naîtra des juxtapositions fertiles en commentaires sociaux. Signé du même auteur que la série Francoeur, Guy Boutin, Queue de poisson promet d’être à la fois captivante et « bourrée d’intrigues », affirme Robert Charbonneau.

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