Cultures

Fruits et légumes imparfaits : un nouveau marché pour les producteurs?


François Carrier

Par François Carrier
Collaborateur
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Vendre aux consommateurs des fruits et légumes avec des imperfections et des difformités, voilà une idée qui à première vue pourrait permettre de vendre des produits qui auraient autrement été gaspillés. En réponse à la demande populaire, les supermarchés du Québec et de l’Ontario ont déjà commencé à rendre disponibles es fruits et légumes imparfaits.

La clé de cette initiative selon les chaînes de supermarchés, non seulement le goût reste le même, mais les clients pourront payer environ 30 % moins cher pour les produits imparfaits. Déjà des pommes de terre sont disponibles auprès de certaines chaînes en Ontario et au Québec.

Quoique l’idée apparaisse comme une solution pour diminuer les pertes chez les producteurs, certains émettent des réserves. « Après un certain temps, ça pourrait devenir intéressant, mais encore faut-il que ce ne soit pas seulement un projet à petite échelle pendant un an ou deux. Ça peut éviter le gaspillage, mais je ne sais pas si ça va augmenter nos revenus », s’interroge Shawn Couture, producteur maraîcher de la région de Renfrew.

Les épiceries devront convaincre le consommateur que l’apparence n’a pas d’importance, mais ce qu’on peut en extraire oui. Ce que les chaînes d’épicerie recherchent avec cette initiative, c’est que le goût soit le premier critère pour les acheteurs.

« Les légumes ne sont pas tous destinés aux restaurants de fine cuisine, souvent ils sont coupés, transformés, voire même broyés et personne ne peut vraiment savoir qu’au départ il s’agissait d’un légume difforme ou plus petit », affirme Glen Acton vice-président chez Maxi.

« C’est une bonne idée, c’est certain, renchérit Shawn Couture. Parce que souvent lorsqu’on effectue la sélection, on voit plusieurs produits rejetés sous prétexte qu’ils ne sont pas assez gros, trop gros ou ne correspondent pas à la forme [désirée] de l’aliment, mais le produit demeure de qualité. »

Une idée copiée de la France
D’ailleurs, que ce soit chez Loblaw, Real Canadian Superstore ou No-Frills, l’objectif souhaité est de reproduire le succès qu’a remporté le projet en France dans les derniers mois.

« Les consommateurs ont semblé ravis d’avoir des fruits et légumes différents et de contribuer à lutter contre le gaspillage », explique Glen Acton. Certains spécialistes de l’alimentation rappellent que le contexte en France s’y prêtait bien puisque le concept est arrivé en magasin en même temps que l’année européenne de la lutte contre le gaspillage alimentaire.

En Europe, les stratégies de mise en marché et la curiosité médiatique semblent avoir été un des facteurs qui ont mené à l’engouement des clients.

« C’est principalement la crainte que j’ai ici. Il faut que les consommateurs puissent être au courant que ça existe et qu’ils ne soient pas surpris en ouvrant leur sac de patates. On pourrait vendre le concept comme des légumes du marché parce que ces produits rejetés se retrouvent parfois dans les marchés », suggère monsieur Couture.

Simon Durand, directeur général de l’UCFO, affirme également que certains producteurs lui ont fait part de leurs craintes. « Tant qu’on valorise un produit déclassé et qu’on combatte le gaspillage, c’est parfait, mais il ne faudrait pas que cette initiative fasse baisser le prix des catégories 1 ou que les acheteurs essaient de faire déclasser une production », dit-il. Ce côté de médaille, s’il devait se réaliser, ferait baisser les revenus des producteurs maraîchers.

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