Le 7 avril 2005

Guy Charbonneau: un modèle inspirant pour la relève!

Par Chantal Quirion


On entend souvent parler de la techno-efficacité qui consiste à maximiser le rendement des investissements et des opérations d’une entreprise. Avec M. Guy Charbonneau comme conférencier, ce terme qui parfois peut sembler théorique devient tout à fait concret. Invité lors de l’assemblée générale de l’Union des cultivateurs franco-ontariens, le 31 mars dernier, le producteur laitier en a étonné plus d’un en présentant le profil de son entreprise, la ferme Vachalê de Sainte-Anne-des-Plaines au Québec.

La famille Charbonneau, propriétaire de la ferme Vachalê, dont monsieur Guy Charbonneau est l’un des quatre copropriétaires, s’est méritée en 2004 le titre de Famille agricole de l’année, un titre décerné par la Fondation de la famille terrienne.

En entendant M. Charbonneau affirmer que l’entreprise fait vivre six et parfois sept familles, on s’interroge tout de suite sur la taille de l’entreprise et on s’imagine que le nombre de têtes doit être phénoménal. Or, il n’en est rien. La ferme compte quelque 200 têtes dont 97 vaches en lactation avec un quota de 105 kg par jour. Cependant, le troupeau Holstein pur-sang se situe depuis plus de vingt ans parmi les vingt meilleurs au Québec et sa production moyenne par vache lui permet de remporter régulièrement des prix aux expositions du Québec, du Canada et des États-Unis.

« On travaille sur les composantes du lait, dit-il. Ça fait longtemps que l’on sait que nous sommes aux prises avec un surplus structurel, dit-il. Chez nous, on a pas attendu d’être obligé de se conformer à un ratio pour modifier nos composantes et c’est très payant ». Ainsi, il estime que sa paie de lait qui représente plus de 60% des revenus est d’environ 13% supérieure à la moyenne considérant le nombre de têtes. « Refuseriez-vous une augmentation de salaire de douze à treize pour cent?, a-t-il demandé à l’assistance. Eh bien, moi non plus! Ce qui est important, c’est de retirer le plus possible de ce que nous possédons. C’est de toujours regarder la petite ligne en bas, dit-il, celle du profit. Il faut toujours essayer d’être dans le peloton de tête en ce qui a trait à ce rapport entre les investissements et les résultats. »

Cette philosophie, qu’il nomme celle du « gros bon sens », l’amène à toujours vouloir faire mieux et plus avec ce qu’il a en main. « Agrandissez à l’intérieur des clôtures avant de penser à prendre de l’expansion, conseille-t-il. C’est ce que je dis toujours à mes neveux et à ma nièce avec qui on est en processus de transfert. »

Ces derniers qui représentent la douzième génération consécutive d’agriculteurs depuis l’arrivée à Montréal de l’ancêtre Olivier en 1659, auront toutefois à se soumettre à certaines exigences avant que M. Charbonneau ne les juge prêts à tenir les rênes de l’entreprise. « Il est essentiel que les jeunes soient formés et qu’ils prennent de l’expérience à l’extérieur de la ferme familiale avant de prendre la relève, estime M. Charbonneau. Traire les vaches ce n’est pas bien difficile, dit-il mais gérer une exploitation agricole est une autre paire de manches et cela exige une formation adéquate. Il est essentiel d’être formé et informé, dit-il. C’est ce qui nous permet d’exercer le contrôle sur nos affaires et quand on est en contrôle on a pas peur ». Pour ce qui est d’aller voir comment cela se passe ailleurs, M. Charbonneau considère que cela est aussi très formateur puisque l’on revient à la ferme familiale avec des points de comparaison et souvent de bonnes idées prises ailleurs.

À la ferme Vachalê, on mise aussi beaucoup sur la génétique et les compétences de Guy Charbonneau en la matière sont irréfutables. Il a été président de Holstein Canada, administrateur du CIAQ et de Boviteq, et en tant que juge Holstein il a officié dans cinq provinces canadiennes, en Espagne, en Suisse, en Belgique, en France, au Brésil et au Japon. « La génétique, c’est une piqûre, dit-il. J’adore faire de l’exposition. Pas seulement pour remporter des prix mais parce que c’est stimulant et que cela nous permet de nous comparer et de nous situer, affirme-t-il. Un des plus beaux cadeaux que nous avons reçu est sûrement la reconnaissance de Maître éleveur par Holstein Canada en 2003, dit-il. Au minimum, cela prend seize ans pour accéder à ce titre. Nous, on y a mis trente ans. C’est l’oeuvre de toute une vie, estime-t-il. C’est un défi qui nous amène à nous surpasser jusqu’à l’atteinte de cet objectif, dit-il. Mais aussi, poursuit-il, posséder de la bonne génétique nous permet d’avoir du plaisir à travailler. C’est important d’avoir une vache plaisante à traire, qui a un beau pis et qui a un bon caractère. » En 1992, Guy Charbonneau a créé une société d’exportation Vachalê International qui a exporté du bétail dans au moins six pays.

Une autre clé de la réussite de la ferme Vachalê à lait réside dans le choix de cultures payantes. Trois cents acres de terrain sont ensemencés en luzerne, en maïs, en orge brassicole, en blé panifiable et en soya. Le prix élevé de certaines de ces cultures permet d’optimiser la rentabilité à l’acre. Hormis le régime servi lors de la période de transition, leurs vaches ne consomment à peu près pas de foin. M. Charbonneau possède ses propres recettes pour l’alimentation et elles fonctionnent à merveille, dit-il. Il porte aussi une grande attention aux vaches en période de transition, période pendant laquelle elles sont minutieusement suivies et dorlotées.

Guy Charbonneau ne s’est pas contenté de faire prospérer l’entreprise. À maintes reprises on a apprécié sa contribution à l’avancement du secteur agricole. Il a été président des Producteurs de lait des Laurentides, vice-président de l’UPA des Laurentides et vice-président fondateur d’un syndicat de gestion et président du Club conseil en agroenvironnement. « Il a probablement été président de toutes les organisations agricoles », disait justement le président de l’Union des cultivateurs franco-ontariens, Pierre Bercier en le présentant. On lui a aussi décerné de nombreux prix dont la Médaille d’Argent au concours de l’Ordre du mérite agricole du Québec en 1990 et le Premier prix au Concours Cérès en 1992.

Même avec un succès si grand soit-il, Guy Charbonneau se considère avant tout un homme heureux de son sort: un homme fier de sa terre qui dort à l’ombre du clocher, un homme qui après la traite du matin prend plaisir à contempler les reflets dansants du soleil sur les feuilles des érables non loin et qui prenant une grande bouffée de bonheur n’hésite pas à dire: « Je ne changerais de place avec personne. »

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