Volume 35 Numéro 18 Le 25 mai 2018

Habiletés des bovins laitiers au pâturage


La capacité des bovins à brouter au champ est-elle apprise ou s’ils savent instinctivement comment procéder?

Par Mario S. Mongeon


La capacité des bovins à brouter au champ est-elle apprise ou s’ils savent instinctivement comment procéder?

 La question semble loufoque, mais elle fait tout de même beaucoup jaser dans les réunions de producteurs quand la discussion porte sur le pâturage et la capacité des vaches laitières à brouter efficacement au champ. Heureusement, la science peut nous éclairer un peu sur le sujet.

Il y a en effet une croyance qui dit que de lorsque de jeunes animaux sont exposés au pâturage en compagnie d’animaux plus vieux et expérimentés à brouter, l’expérience acquise par les plus jeunes leur sera bénéfique plus tard. Autrement dit, de jeunes animaux exposés au pâturage avec des vaches adultes seront plus efficaces à consommer de l’herbe que si ces animaux n’avaient jamais pâturé avant d’entrer en production. Des travaux de recherches laissent à penser qu’il y ait du vrai dans cette croyance.

En effet, il a été observé que des ruminants exposés au pâturage sont en mesure de se souvenir de l’expérience acquise. L’apprentissage de la sélection de certaines espèces de plantes au pâturage fait une saison permet aux animaux de sélectionner les mêmes plantes la saison suivante.

D’autres études réalisées durant les années 90 ont révélé que l’expérience acquise par de jeunes animaux (ovins et bovins) influence le choix de la ration, le comportement au pâturage et la productivité de ces animaux des mois voire des années plus tard lorsque réexposés au pâturage. De plus, ces études démontrent que les ruminants acquièrent leurs habiletés au pâturage à un jeune âge et sont plus efficaces au pâturage que des animaux qui n’auraient pas d’expérience préalable. Il faut toutefois noter que ces travaux ont été réalisés dans des systèmes de pâturage extensif non améliorés. Les animaux étant donc exposés à des plantes potentiellement toxiques, mais aussi à des pâturages avec des valeurs nutritives variables.

Sur nos fermes, les pâturages destinés aux bovins laitiers contiennent habituellement une population de graminées et de légumineuses de qualité. Les scientifiques ont donc établi qu’il serait souhaitable de vérifier si de telles conditions avaient une incidence sur le comportement des animaux et la production laitière des vaches.

Un projet d’une durée de trois ans a donc évalué l’influence de l’exposition au pâturage des génisses laitières sur leur productivité future durant leur première lactation. Quatre groupes d’animaux ont été créés :

1-Génisses sevrées, élevées au pâturage en encore au pâturage durant la deuxième année;

2-Génisses sevrées, élevées au pâturage, mais élevées à l’intérieur durant la deuxième année;

3- Génisses sevrées élevées à l’intérieur, mais élevées au pâturage durant la deuxième année;

4- Génisses sevrées élevées à l’intérieur et encore à l’intérieur la deuxième année.

Durant la troisième année, les animaux en lactation des quatre groupes ont eu accès au pâturage. Plusieurs paramètres ont été mesurés tels que: consommation de matière sèche, comportement animal et déplacements des animaux grâce à un système de géopositionnement.

Les résultats de cette expérience démontrent que les génisses qui avaient eu accès au pâturage à l’âge de quelques mois ont passé plus de temps à brouter que les génisses qui n’avaient jamais posé la patte dans un pâturage. De plus, les génisses inexpérimentées exprimaient des réticences à brouter durant le premier jour. Après quelques jours toutefois, les deux groupes se comportaient de façon similaire.

Au cours de la troisième année, les animaux étaient maintenant en lactation. Les vaches qui avaient préalablement expérimenté le pâturage, soit comme jeunes veaux ou taures ont passé plus de temps à brouter durant la première journée passée au champ que les vaches sans expérience. Par contre, encore une fois, après cinq jours au pâturage, les vaches sans expérience se comportaient comme les autres animaux.

En termes de production laitière, comme on peut l’imaginer, les vaches sans expérience de pâturage ont produit moins de lait durant les premiers jours au champ. Cet écart s’est dissipé dans les jours qui ont suivi.

Les résultats de cette étude démontrent donc qu’un effet de mémoire du pâturage demeure quand de jeunes bovins sont exposés au pâturage. L’absence d’expérience réduit la production laitière de vaches expérimentant le pâturage pour la première fois, mais seulement pour une très courte période de temps puisqu’elles s’adaptent rapidement. 

Mario S. Mongeon est spécialiste en production animale au Centre de Ressource d’Alfred du ministère de l’Agriculture, de l’Alimentation et des Affaires rurales de l’Ontario

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