Volume 30 Numéro 01 Le 24 août 2012

Hausse du prix du panier d’épicerie


Par Koralie Boyer
kboyer@journalagricom.ca


La sécheresse qui sévit depuis le début de l’été aura des effets jusque dans nos assiettes, si on en croit les économistes qui prédisent que le prix de certains aliments sera en hausse au cours des prochains mois.

« Les conditions de sécheresse que nous avons vues récemment aux États-Unis sont les pires depuis 1988 », raconte Jean-Philippe Gervais, économiste agricole principal chez Financement agricole Canada. « La situation était déjà problématique avant la sécheresse, car il y avait très peu de cultures disponibles sur le marché, donc peu de réserves pour les agriculteurs », explique-t-il.

Ces conditions entraînent, selon M. Gervais, une augmentation des prix d’une valeur de 1,5 % supérieure à l’augmentation habituelle des prix pour le maïs et le soya, et ce, durant les prochains mois. Selon l’économiste, l’augmentation sera progressive. « Ça prend du temps pour mettre en place les nouvelles grilles de prix », explique-t-il. Si la tendance se maintient, le prix du maïs augmentera de 3,5 % à 4 % en 2013, selon l’économiste agricole.

On remarque aussi une augmentation de la demande de céréales telles que l’orge et le canola, qui agissent comme produits substituts dans l’alimentation des animaux. « La situation a un effet positif aux producteurs de céréales, qui peuvent vendre leur produit sans difficulté », soutient M. Gervais. « Les cultures telles que le mais servent à la préparation d’aliments, l’alimentation du bétail et la production de biogaz. Les agriculteurs de l’Ontario qui ont réussi à esquiver le pire de cette sécheresse obtiendront des prix plus élevés pour leurs récoltes, car ils seront en pénurie. Des prix plus élevés pour les matières premières ainsi qu’une bonne récolte sont de bonnes nouvelles pour les communautés rurales et pour les milliers d’emplois dérivés qui s’appuient sur le secteur ontarien de l’agriculture primaire », commente quant à elle la vice-présidente de la Fédération de l’Agriculture de l’Ontario, Debra Pretty-Straathof.

Production animale plus affectée
La situation est cependant toute autre pour les producteurs de bétails qui vivent la situation inverse. « Certains producteurs songent à liquider leurs animaux pour se faire un peu d’argent. Ils ont une marge de profits plus basse en raison de la hausse du prix des céréales », dépeint-il.

Ce sont les producteurs porcins qui sont le plus touchés par les conséquences économiques de la sécheresse.

Marie Goubeau, une productrice de boeuf et propriétaire de la Ferme Gantoise, a confié à Agricom avoir déboursé plus d’argent qu’habituellement pour nourrir ses animaux. Selon elle, la hausse des prix des aliments doit être une responsabilité partagée. « Tout le monde doit payer, puisque tout le monde doit manger. Tout le monde va payer un jour ou l’autre », déclare-t-elle. Pour sa part, Mme Pretty-Straathof n’est pas insensible à la cause. « Pour ce qui est des agriculteurs qui ont perdu une récolte et un important revenu suite à la sécheresse, La Fédération de l’Agriculture de l’Ontario continuera d’intervenir en leur faveur ainsi que de travailler avec le gouvernement pour fournir l’assistance financière bien nécessaire afin d’encourager les agriculteurs à continuer », affirme-t-elle.

Prix des aliments
Les répercussions sont aussi larges pour les consommateurs, qui devront s’attendre à une hausse des prix des aliments transformés, des produits frais, ainsi que de la viande. « Cette hausse de prix affectera surtout les familles à faible revenu, qui consacrent la majeure partie de leur budget à leur alimentation », commente Jean-Philippe Gervais.

Malgré les répercussions de la sécheresse sur le prix des aliments, la vice-présidente de la Fédération de l’Agriculture de l’Ontario, Debra Pretty-Straathof, ne semble pas s’inquiéter de la situation. « En moyenne, dit-elle, les consommateurs canadiens profitent des prix les plus bas au monde sur les aliments, dépensant moins de 12 % de leur revenu total pour la nourriture ».

Dans le domaine de la restauration, la hausse des prix se fait déjà sentir alors que la chaîne Tim Hortons a augmenté le prix de ses muffins de 5 cents et de 10 cents pour ces sandwiches. Il s’agit d’une légère augmentation, selon la directrice des relations publiques de Tim Hortons, Michelle Robichaud. « Heureusement, nous avons de loyaux clients. Nous espérons que cette hausse n’affectera pas leurs habitudes de consommation », déclare-t-elle.

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