Volume 37 Numéro 11 - Le 5 juin 2020

Histoire d’un insecte : la punaise terne !



Par : Simon Lachance, Ph.D.
Chercheur en lutte intégrée
Ridgetown Campus University of Guelph

et

par : François Dumont, Ph.D. Biologie
Chercheur en entomologie
Centre de recherche agroalimentaire de Mirabel (CRAM)

Plusieurs d’entre vous sont familiers avec la punaise terne (producteurs de fraises, de pommes, et de légumes tels céleri, laitue, poivron, tomate), mais si la production de légumes et de petits fruits n’est pas votre passion, il y a bien des chances que vous n’ayez jamais remarqué cet insecte ! Et certains diraient que vous ne manquez pas grand-chose…, car la punaise terne n’est pas un insecte coloré, attirant ou possédant la beauté des papillons et coccinelles de ce monde. Mais puisque nous vous en parlons, c’est qu’il y a bien quelques points importants à mentionner sur cet insecte très commun !

En figure 1 et figure 2, vous pouvez voir à quoi ressemblent l’immature (nymphe) et l’adulte de cet insecte de l’ordre des Hémiptères. C’est un insecte très polyphage, qui s’alimente sur plus de 350 plantes variées, surtout sur les parties en croissance active (bourgeons, fleurs et fruits en développement, plantules en croissance). Pour ce faire, il injecte avec son proboscis (son bec) une généreuse quantité d’enzymes salivaires à l’intérieur des tissus de la plante, tout en piquant à répétition les tissus pour les briser. Ces enzymes liquéfient les cellules tout autour, et la punaise n’a donc qu’à aspirer le fluide nourrissant pour s’alimenter. Gros problème cependant pour une feuille, une fleur ou un fruit en formation : des déformations en résultent, et la plante se retrouve avec des tissus noircis et anormaux, des fleurs qui tombent ou des fruits déformés. Tous les stades de la punaise, immatures et adultes, peuvent causer ces dégâts. Pour plus de renseignements sur les dommages causés aux légumes, consultez http://www.omafra.gov.on.ca/french/crops/facts/98-026.htm.

Figure 1 : La punaise terne nymphe au stade 5.
Photo : Simon Lachance

Pas facile de s’en débarrasser non plus, pour deux raisons principales. L’adulte est extrêmement mobile, passant d’une plante, d’une rangée, d’un champ à un autre pour se nourrir ou pondre des œufs, et l’insecte est présent en grand nombre sur de nombreuses espèces de plantes. Si on s’en débarrasse sur une parcelle, il revient vite ! Après la première coupe de luzerne, les adultes qui y étaient présents migrent souvent vers d’autres champs à proximité, y causant ultérieurement de graves dégâts. Les adultes entrent aussi souvent dans les serres, et causent parfois des dommages aux poivrons, chrysanthèmes et gerbera. Pour d’autres informations sur les dommages en serres, référez-vous à http://www.omafra.gov.on.ca/french/crops/facts/12-016.htm.

Quelques espèces de petites guêpes parasites pondent leurs œufs à l’intérieur des jeunes nymphes de punaise terne, leurs larves se nourrissant des organes internes de la punaise une fois éclos, mais leur effet sur les populations de punaises est plutôt limité (quoique vraiment intéressant à étudier). On peut exclure les adultes des jeunes plants de petits fruits et de légumes en utilisant des couvertures flottantes anti-insectes au printemps et au début de l’été, mais l’utilisation d’insecticides reste encore la méthode la plus commune pour leur contrôle.

Des recherches sont en cours pour développer des répulsifs, des attractifs et des insecticides naturels, et appliquer au champ des méthodes de lutte biologique utilisant des punaises prédatrices. Les résultats sont encourageants et semblent prévoir une diminution des populations de punaises ternes dans les agroécosystèmes. Comme pour plusieurs insectes nuisibles, des outils de contrôle variés et peu dommageables pour l’environnement sont nécessaires pour pratiquer une lutte intégrée efficace contre cet insecte ravageur !

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