Le 3 juillet 2002

Inauguration du vaste projet de la Baie des Atocas de Canards Illimités Quand l’agriculture et l’écologie cohabitent en harmonie !

Par Pierre-Alain Blais


Un marais particulièrement bien restauré où se trouve une bonne proportion de végétation et d’eau libre pour la sauvagine.

Grande inauguration le 13 juin dernier d’un projet unique de conservation de milieux humides en zone agricole dans la petite municipalité rurale de Lefaivre, dans l’extrême Est ontarien.

Dans une zone de pâturages comptant plus de 240 petits marécages et baissières sur une surface de 1600 acres, l’organisation environnementale Canards Illimités (CI) en aurait restauré plus de 90 %, recréant ainsi un milieu propice non seulement pour la sauvagine, mais aussi pour la protection des ressources en eau. Une grande surface ondulée et parsemée de petits marécages entrelacés qui ressemblerait à s’y méprendre, selon les gens de CI, à certaines zones marécageuses restaurées de la Saskatchewan (les ?Potholes’).

«Quand nous sommes arrivés ici l’an dernier, il n’y avait guère de réserves d’eau pour abreuver le troupeau de la place», se rappelle Erling Armson, chef de programme pour la région chez Canards Illimités. La majeure partie des dépressions et des petits marécages que contenait originellement le vaste domaine avaient été drainés pour tenter de pratiquer une agriculture de type plus ?moderne? dans les années 1970. «Historiquement, les marécages et dépressions humides occupaient près de la moitié du terrain. De nos jours, près de 90 % de ceux-ci sont maintenant disparus», précise M. Armson.

En fait, précise Rodney Maclaren, l’actuel occupant de la terre dont la famille avait acquis la propriété durant l’ère ARDA en 1975, «on ne pouvait y faire rien d’autre que du pâturage et faire paître du bétail, tellement il y avait de trous et de bosses sur celle-ci».

Première intervention dans l’extrême Est ontarien

Le tout a commencé au printemps de l’année 2001, alors que Canards Illimités Canada est devenu intéressé à protéger et à restaurer des habitats humides dans le canton d’Alfred, là où l’organisation environnementale n’avait jamais pu réaliser de projets auparavant. Déjà, CI aménageait d’ambitieux projets sur les berges québécoises de la rivière des Outaouais, en fait presqu’en face de la Baie des Atocas.

L’organisation recherchait alors une occasion de démontrer son expertise à réaliser des projets de réhabilitation du milieu humide tout en travaillant harmonieusement avec le monde agricole. L’ancienne propriété de la forestière Avenor ? acquise depuis par la papetière Bowater ? était à vendre depuis quelques années, surtout depuis qu’elle avait abandonné l’idée d’y planter des arbres à croissance rapide pour fournir son usine de papier de Thurso.

La propriété fut rachetée au printemps dernier, avec l’aide de financements privé et public, notamment d’Environnement Canada et du ministère des Richesses naturelles de l’Ontario. Canards Illimités en est maintenant le gestionnaire, et c’était à son tour de démontrer son expertise en restauration et gestion des milieux humides sur le site qui reçu le nom de Projet de la Baie des Atocas.

Un habitat précieux unique

Après un été 2001 des plus secs, qui aura vu la plupart des baissières s’assécher désastreusement, les travaux de restauration ont débuté à l’automne dernier.

Canards Illimités, qui se dit «la compagnie de conservation du Canada», se considère privilégié d’avoir acquis une propriété avec autant de potentiel écologique que celle-ci. En effet, cette portion de territoire agricole contiendrait un vaste complexe de plus de 240 baissières et bassins, «qui représente l’essentiel des habitats de ce type encore intacts dans la région», de déclarer Erling Armson. «À l’origine, la moitié des terres était constituée de divers types de milieux humides (marais, marécages et tourbières), mais près de 90 % de ces milieux humides ont été perdus aujourd’hui», soutient M. Armson.

Les terres humides maintenant sous la protection de Canards Illimités étaient menacées par le développement de l’agriculture dans le secteur (particulièrement l’industrie porcine portait un intérêt envers l’ex-propriété de Bowater), et par la pression de l’étalement urbain. CI n’avait pas le choix : «il fallait protéger les milieux humides précieux qui se trouvent dans le secteur, et les restaurer au plus vite», dit Erling Armson.

Restauration rapide des milieux humides

CI dit avoir remis en état plus de 150 des baissières des quelque 240 dépressions qui peuplent le site de la baie des Atocas. Il en restait apparemment moins d’une dizaine qui présentait encore un semblant de vie aquatique au moment de l’acquisition de la propriété, il y a plus d’un an, explique Rose-Marie Chrétien, une spécialiste des habitats fauniques pour Canards illimités très impliquée au site des Atocas.

«Un milieu humide adéquat pour maintenir un écosystème en santé doit contenir une proportion idéale d’étangs ouverts, soit en moyenne 50 %, le restant étant occupé par la végétation», explique Mme Chrétien. «La végétation de quenouilles fournit des sites protégés pour les oiseaux nicheurs».

Des digues de terre ont donc dû être érigées en aval de quelque 150 baissières asséchées, là où on avait creusé des fossés de drainage, afin de retenir un volume d’eau plus important et maintenir des réseaux d’étangs et de marécages. Au bas d’un réseau particulièrement imposant de baissières interconnectées, on a même obtenu la permission d’ériger un petit barrage, avec des panneaux amovibles de contrôle du niveau de l’eau.

Une fois les marais restaurés à des niveaux d’eau adéquats, la nature a repris ses droits avec une rapidité surprenante. Les marais ont maintenant une apparence naturelle. «D’ailleurs, les comptages de sauvagines fréquentant le site des Atocas ont été multipliés par un facteur de 2,5 en un an», révélait Erling Armson avec un plaisir évident. De nouvelles espèces absentes l’an dernier auraient même été aperçues.

Un court sentier d’interprétation aménagé sur les lieux permet de voir les aménagements effectués autour d’un système de marais particulièrement bien restauré. Un dépliant autoguidé présente aux visiteurs les caractéristiques des lieux. Des visites de groupes pour explorer plus avant la co-habitation agriculture-faune sont toujours possibles au site. Prière de contacter Erling Armson, chef de programme de conservation chez Canards Illimités Canada au (613) 389-0418.

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