Volume 23 Numéro 18 Le 15 mai 2006

Incertitudes par rapport au 1,5 milliard annoncé dans le budget fédéral


Malgré l’investissement considérable dans le secteur agricole que prévoit le budget présenté mardi dernier, la Fédération canadienne de l’agriculture (FCA) craint que les secteurs qui sont le plus en besoin (les grains et les fruits et légumes) risquent de ne recevoir que trop peu. Le problème viendrait du mécanisme d’attribution des fonds, prévu par le gouvernement.

Dans le budget fédéral, le gouvernement a annoncé l’attribution de 1,5 milliard de dollars en 2006, soit 500 millions de dollars qui seront consacrés au soutien agricole et un investissement unique de 1 milliard de dollars « pour aider les agriculteurs à faire la transition à des programmes plus efficaces de stabilisation du revenu agricole et d’aide en cas de catastrophe », selon le gouvernement.
Réévaluation des inventaires déclarés au PCSRA
Les 500 millions de dollars serviront à apporter des changements très nécessaires au Programme canadien de stabilisation du revenu agricole (PCSRA). Or, ces changements ne profiteront aux agriculteurs qu’à long terme, puisque « les 500 millions de dollars seront alloués à des programmes », soutient le FCA. Les agriculteurs ne les recevront donc pas directement.

Quant à la somme d’un milliard, le fédéral a indiqué qu’elle serait principalement distribuée par le biais du PCSRA suite à une « évaluation ou à des ajustements rétroactifs des inventaires », et cela pour plusieurs années antérieures.

« Cette méthode soulève des inquiétudes en ce sens qu’elle répondra uniquement à la forte baisse annuelle des prix et n’aidera pas les secteurs les plus nécessiteux, à savoir ceux des céréales et des oléagineux et des fruits et légumes », analyse la FCA.

« Les agriculteurs ont été très clairs ? ils ont besoin d’une aide immédiate. Les marges de crédit sont en voie d’être coupées pour un grand nombre d’entre eux », a déclaré M. Bob Friesen, président de la Fédération canadienne de l’agriculture. « Il faudra des mois pour administrer cette méthode [d’ajustements rétroactifs des inventaires]. On n’offre donc aucune garantie ni quoi que ce soit que les agriculteurs peuvent soumettre aux institutions financières. »

La Voix unifiée de l’Ontario, un regroupement de base de producteurs de céréales et d’oléagineux, craint que la majeure partie des fonds du milliard aillent dans les poches des parcs d’engraissement de bovins, avec l’Alberta empochant la plus grande part. Car ce serait ce genre d’exploitation agricole où une réévaluation des méthodes d’inventaires serait la plus avantageuse. Les producteurs de grains et d’oléagineux ne « recevraient qu’une petite portion ».

Le secteur des céréales et des oléagineux fait face à des baisses plus lentes et à long terme des prix et par conséquent cette méthode risque de ne pas lui accorder un soutien qui l’aidera vraiment. De même, le secteur des fruits et légumes, qui ne reporte pas d’inventaire d’une année culturale à une autre, ne profitera pas non plus de l’utilisation des évaluations d’inventaire.

Le mécanisme d’attribution des fonds est également discriminatoire sur le plan géographique ? les agriculteurs au Québec ne recevront pas de fonds en vertu de cette méthode d’évaluation rétroactive des inventaires, à cause de différences dans les systèmes de comptabilité.

« L’annonce [du budget 2006] ne fournit aucune aide immédiate pour faciliter la transition de l’industrie afin de lui permettre de se préparer à l’avenir », a ajouté M. Friesen. « C’est vrai que 1,5 milliard de dollars est une grosse somme, mais si cet argent n’est pas versé rapidement aux agriculteurs et aux bons endroits, tout l’argent dans le monde ne permettra pas de régler le problème. »

Transition vers un nouveau PCSRA
En plus des modifications à la méthode d’évaluation des stocks, on parle aussi « d’élargir la protection contre les marges négatives ». Ce sont « des mesures qui se traduiront par une augmentation considérable des paiements versés aux agriculteurs », déclare le fédéral qui les voient comme une transition vers un meilleur régime de stabilisation des revenus.

« Ces rajustements représentent un versement initial envers un nouveau programme de stabilisation du revenu qui remplacera le PCSRA. Le nouveau programme sera plus simple, mieux adapté aux besoins des agriculteurs et plus conforme à la pratique bancaire », a commenté le ministre Strahl.

L’Ontario participera au financement agricole
Le gouvernement de l’Ontario a indiqué sa volonté de faire sa part à jumeler les nouvelles aides financières qui ont été promises par le fédéral dans son récent budget.

La ministre de l’Agriculture, de l’Alimentation et des Affaires rurales, Leona Dombrowsky, a demandé une rencontre avec son homologue fédéral, le ministre Chuck Strahl, afin d’examiner les détails de l’aide fédérale aux agriculteurs annoncée dans le budget de cette semaine.

« Je suis heureuse que le gouvernement fédéral reconnaisse les défis auxquels font face les agriculteurs ontariens. Le gouvernement de l’Ontario veut participer à ce nouveau financement et pour ce faire, nous devons en connaître les détails le plus rapidement possible, a déclaré Madame Dombrowsky. Nous devons nous assurer que les agriculteurs ontariens reçoivent leur juste part de cette aide financière et qu’elle est versée d’une façon qui répond à leurs besoins. »

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