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Le 17 août 2011 Volume 29 Numéro 1
Le Silo Vinette à Orléans a été ajouté au registre du patrimoine de la Ville d'Ottawa afin de le préserver d'une éventuelle démolition. Nicole Fortier, présidente de la SFOPHO est accompagnée de Jean-Claude et Aline Dutrisac, les derniers agriculteurs à avoir entreposé du grain dans le silo Vinette en 1975. Ils souhaitent que celui-ci soit conservé puisqu'il rappelle le patrimoine agricole francophone de l'époque d'Orléans.
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Le Silo Vinette à Orléans a été ajouté au registre du patrimoine de la Ville d'Ottawa afin de le préserver d'une éventuelle démolition. Nicole Fortier, présidente de la SFOPHO est accompagnée de Jean-Claude et Aline Dutrisac, les derniers agriculteurs à avoir entreposé du grain dans le silo Vinette en 1975. Ils souhaitent que celui-ci soit conservé puisqu'il rappelle le patrimoine agricole francophone de l'époque d'Orléans.

Ne touchez pas à mon silo !

Par Isabelle Lessard, journaliste
redaction@journalagricom.ca

Un silo d’Orléans, situé en plein cœur d’un quartier résidentiel l’a échappé belle le 13 juillet dernier. Le conseil municipal d’Ottawa a ajouté le Silo Vinette, vieux de 66 ans, au registre du patrimoine de la Ville, à la demande de la Société franco-ontarienne du patrimoine et de l’histoire d’Orléans (SPOPHO) qui craignait une possible démolition du silo par le propriétaire du terrain sur lequel il a été bâti.

Depuis le début de l’année, la SFOPHO militait pour l’inscription du bâtiment au registre afin de le protéger d’une éventuelle disparition. C’est que la compagnie de développement Phoenix Homes, qui se portera acquéreur du terrain sur lequel est situé ledit silo, prévoit y construire des logements superposés en bande et un parc de stationnement.

La SFOPHO argumentait qu’il fallait à tout prix conserver la construction pour l’ajouter au patrimoine de la collectivité d’Orléans. « C’est l’un des derniers vestiges qui démontre notre patrimoine agricole francophone d’Orléans sur le boulevard St-Joseph », explique Nicole Fortier, présidente de la SFOPHO.

L’acceptation de la candidature du silo ne faisait pas l’unanimité puisque les bâtiments de ferme qui avoisinaient le silo ont tous été démolis, seules d’anciennes fondations témoignent aujourd’hui de leur existence à cette époque.

Malgré sa désignation patrimoniale, le silo n’est pas encore sorti d’affaires. S’il planifie démolir le bâtiment de ferme, le nouveau propriétaire devra informer la Ville d’Ottawa 60 jours avant afin que celle-ci trouve une solution pour le conserver. La SFOPHO, l’entrepreneur et le  conseiller municipal Bob Monette songent à la possibilité de déménager le silo dans un parc à proximité, mais il reste à savoir s’il pourra tenir le coup. « Notre premier choix serait qu’il reste à l’endroit où il a été bâti, mais nous ne voulons pas non plus nous montrer intransigeants », explique Mme Fortier.

Contexte historique

Érigé sur d’anciennes terres agricoles, le silo qui mesure 7 mètres de hauteur et 4,8 mètres de diamètre a été construit en 1945 sur la propriété d’Élidore Vinette et Almaïs Wolfe, l’une des familles pionnières d’Orléans. Après la mort de leur père, les deux fils du couple, Rhéo et Lionel, reprirent le travail de cultivateur et érigèrent à la main la structure d’entreposage pour y stocker du maïs pour le bétail.

Puisque le silo devait être bâti à partir de roches, de pierres des champs et de ciment de fabrication artisanale, les frères Vinette ont dû attendre la fin de la Seconde Guerre mondiale afin de se procurer une poudre spéciale pour la fabrication du ciment, laquelle était difficile à obtenir pendant la guerre.

D’ailleurs, les matériaux utilisés pour la construction rendent le silo intéressant aux yeux des protecteurs des biens historiques puisqu’ils dévoilent beaucoup d’informations quant à ce type de construction d’époque.

Quant à la technique de construction, le rapport Whitford, commandé en 2007 par la Ville d’Ottawa, révèle que les frères Vinette ont d’abord coulé le ciment pour former le plancher, puis ils ont fabriqué deux formes circulaires en fer et en bois pour y couler le béton. Une fois remplies, les formes de 30 pouces de hauteur par 10 pouces de largeur étaient retirées après une semaine de séchage. Les premiers 30 pouces complétés, ils procédaient ainsi jusqu’à l’obtention d’une hauteur de 7 mètres.

Qui plus est, les archéologues qui ont rédigé le rapport Whitford ont identifié des plantes domestiques typiquement représentatives de la fin du 19e siècle et du début du 20e siècle, telles que des vignes de raisins et des framboisiers à feuilles pourpres.

Racines agricoles francophones

Selon la présidente de l’organisme de défense du patrimoine, l’ajout du Silo Vinette au registre des biens à valeur ou à caractère patrimonial permettra de souligner sa valeur pour le patrimoine culturel comme représentation et rappel du patrimoine agricole de la collectivité d’Orléans. « Sur le boulevard Centrum, on retrouve le Centre des arts Shenkman qui démontre la modernité d’Orléans, fait observer la présidente. Donc ce serait bien que le silo reste à son emplacement d’origine afin qu’il nous rappelle, dans toute cette modernité, nos racines agricoles et francophones. »

Madame Fortier précise que la qualité de vie des résidents d’Orléans serait bonifiée s’ils connaissaient leurs origines. « Que nous soyons francophones ou anglophones, il semble important de savoir que nos nouvelles maisons sont bâties sur ce qui était autrefois des terres agricoles qui appartenaient à des fermiers francophones. 

Lors de la visite d’Agricom au Silo Vinette, nous avons rencontré Jean-Claude Dutrisac, le dernier fermier à avoir utilisé le bâtiment pour y entreposer ses récoltes. Pour lui qui a vécu de l’agriculture toute sa vie, cette simple construction de sept mètres de hauteur rappelle de bons souvenirs. Sa femme et lui, dont la maison n’est située qu’à quelques dizaines de mètres du silo, souhaitent que la Ville d’Ottawa ait un minimum de respect pour le patrimoine. “Il ne reste plus grand-chose qui rappelle que le paysage agricole était omniprésent à l’époque. Mais s’ils sont pour le développer [le champ derrière sa maison], qu’ils fassent quelque chose de bien avec”, s’indigne-t-il.

Eux dont le fils possède l’une des dernières fermes d’Orléans, la Ferme Prospère située sur la rue Trim, ont vu les gros édifices se construire autour de leur paysage bucolique d’autrefois. Les gens et les commerces s’y sont installés, apportant avec eux les promoteurs qui y ont flairé la bonne affaire. “On sait que ça s’en vient. On n’a pas été approchés encore, mais ça monte tout autour des anciennes terres agricoles”, s’inquiète l’agriculteur à la retraite.

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