Le 15 janvier 2003

Jean-Pierre Lavigne: un jeune qui a l’agriculture dans le sang

Par Étienne Alary


Jean-Pierre Lavigne, de Ste-Anne-de-Prescott dans l’extrême Est ontarien, jeune agriculteur de la relève. Photo É.Alary.

Ils sont de moins en moins nombreux mais il y en a toujours: des jeunes intéressés à prendre la relève de la ferme familiale. Agricom profite de la semaine de la gestion agricole pour rencontrer un d’entre eux: Jean-Pierre Lavigne, un jeune homme de 24 ans qui, depuis le printemps 2002 est devenu partenaire avec son père, Alain Lavigne, dans la ferme familiale, la Ferme Lavigne inc. de Ste-Anne-de-Prescott.

«Aussi loin que je puisse me souvenir, j’ai toujours voulu devenir agriculteur. Je suis né et j’ai grandi avec cela dans le sang. Depuis le printemps dernier, alors que mon oncle (Rémi Lavigne) a décidé de vendre ses parts de l’entreprise, c’est un rêve qui s’est concrétisé», s’est exclamé Jean-Pierre Lavigne.

Diplômé en 1998 du programme de Technologie agricole du Collège d’Alfred, Jean-Pierre Lavigne a trouvé la dernière année plutôt difficile. «Tout le dossier du transfert de ferme est quelque chose de complexe. Heureusement que nous avions l’expertise de Luc (Luc Gagné, conseiller au Groupement de gestion agricole de Prescott) pour nous guider», indique Jean-Pierre Lavigne.

L’apport de Luc Gagné aura été bénéfique au niveau de la comptabilité de l’entreprise. «C’est mon oncle qui se chargeait des livres de la ferme. Lorsqu’il a quitté, c’est ma conjointe Shana qui a hérité de cette facette de l’entreprise. Étant donné qu’elle ne connaissait pas tous les petits détails, le soutien de notre conseiller a été plus que bienvenu», mentionne Jean-Pierre Lavigne.
Le transfert maintenant complété, le père et le fils possèdent 50% de l’entremise, qui compte 185 animaux pur-sang, dont 80 vaches en lactation, 500 acres de terrain et une érablière de 1100 entailles. «L’entreprise ne compte que mon père, ma conjointe Shana et moi comme employés. À nous trois, nous nous partageons le travail quotidien à l’étable», indique Jean-Pierre.

Président du GGAP

En plus du travail à la ferme, Jean-Pierre a accepté lors de l’Assemblée générale annuelle du Groupement de gestion agricole de Prescott (GGAP), la présidence de l’organisme. «J’étais sur le conseil d’administration lors de la dernière année à titre de vice-président et nous savions que Benoît Lachaîne voulait céder sa place. Le poste de président n’est jamais un poste qui est très convoité par les membres mais puisque le conseil d’administration compte quelques membres avec plusieurs années d’expérience, j’ai accepté de relever le défi», explique celui qui entame une 5e année comme administrateur au sein du GGAP.

Comme le fait remarquer Jean-Pierre Lavigne, la composition du nouveau conseil d’administration est intéressante. «Nous avons des gens qui sont en place depuis plusieurs années, comme Johanne Lafrance qui est en poste depuis 12 ans, mais avec moi, nous sommes trois jeunes de moins de 30 ans alors nous apportons un vent nouveau», énonce Jean-Pierre Lavigne en faisant allusion à René Deslauriers de Clarence Creek et Mario Dicaire de St-Eugène.

Jean-Pierre Lavigne estime que l’année 2003 sera déterminante pour le mouvement des groupements de gestion agricole en Ontario. «Depuis quelque temps, les groupements de gestion agricole au Québec se transforment. À titre d’exemple, le nom de la fédération a été modifié l’an dernier. Au cours des prochains mois, d’autres changements devraient être apportés, surtout au niveau du conseil d’administration où la formule sera changée», présente Jean-Pierre Lavigne. «Je crois qu’en Ontario, il va falloir suivre le pas. Nous devons évoluer si nous voulons demeurer forts», ajoute le jeune producteur laitier de Ste-Anne de Prescott.
Aux dires du nouveau président du GGAP, le processus d’évolution a été déclenché en janvier 2002, lors de la signature du contrat de services liant les trois groupements de gestion agricole de l’Ontario. «Par le passé, il y a souvent eu des tiraillements entre les groupements de gestion mais les choses ont changé et le fait d’avoir deux conseillers desservant les membres des trois régions était un pas dans la bonne direction», soutient Jean-Pierre Lavigne.

La prochaine étape sera de trouver une façon de réduire le nombre d’administrateurs élus à chaque année. «De moins en moins de membres se montrent intéressés à siéger sur le conseil. Alléger la structure est donc une piste qu’il faudra regarder. Cependant, avant d’en arriver là, il faudra regarder le portrait des trois groupements dans son ensemble», indique Jean-Pierre Lavigne.

Développer sa région

Un autre dossier dans lequel Jean-Pierre Lavigne est plongé depuis un certain temps est celui du développement économique de la région de Ste-Anne de Prescott. «Ste-Anne est l’un des premiers villages au Canada à aller de l’avant avec un projet de la sorte», mentionne Jean-Pierre qui n’a pas hésité longtemps avant d’accepter d’embarquer dans ce projet.

«Il faut trouver un moyen de garder les jeunes de mon âge ici et aussi de stimuler l’économie de la région, que ce soit par l’agriculture alternative, le développement d’un réseau de gîtes du passant ou autres», informe Jean-Pierre Lavigne. «La beauté du projet est que ce sont les résidants eux-mêmes qui présentent les pistes à explorer car ils ont tous été sondés», ajoute-t-il.

Les jeunes de la région de Ste-Anne ont même été invités à une session le 3 janvier dernier. «Ce n’est pas facile de faire sortir les jeunes de 15 à 25 ans de chez eux mais nous étions tout de même près d’une quinzaine», fait remarquer Jean-Pierre Lavigne. Cette session était la première de huit organisées par les membres du comité de Développement économique de Ste-Anne de Prescott.
L’avenir à la ferme?.

Comme la plupart des agriculteurs, les Lavigne espèrent que l’année 2003 saura leur sourire. «C’est certain que nous souhaitons obtenir une meilleure année au niveau des récoltes car l’année 2002 a été une année très très moyenne. Même au niveau des fourrages, nous avons assez de foin sec mais au niveau de l’ensilage, c’est à peine si nous en avons assez pour se rendre au printemps», souhaite Jean-Pierre Lavigne.

Étant donné que l’étable des Lavigne fonctionne déjà à pleine capacité, le jeune producteur laitier mijote le projet de passer, éventuellement, à trois traites par jour. «Je pense que cela est inévitable. Pour certaines vaches, dont leur potentiel de production est limité, faire la traite deux fois par jour convient parfaitement. Par contre, nous avons des vaches qui produisent de plus en plus et celles-ci pourraient facilement faire la transition à trois traites par jour. Selon moi, passer à trois traites par jour, signifie, une meilleure santé de l’animal, par exemple, on réduirait considérablement les problèmes de mammite», explique Jean-Pierre Lavigne. «Une meilleure santé de la vache ferait également en sorte que cette dernière vivrait plus longtemps», précise-t-il.

Cependant, pas question de surtaxer les partenaires. «À trois, nous fonctionnons déjà à plein régime alors si jamais nous passons un jour à trois traites par jour, nous embaucherons un employé», déclare le producteur laitier de Ste-Anne de Prescott.

Il n’est pas question aussi de s’endetter davantage. «En passant à trois traites par jour, il faudrait acheter du quota et le prix du quota a encore augmenté ce mois-ci. Acheter du quota à 25 350 $, c’est un pensez-y bien», affirme Jean-Pierre Lavigne.

Ce dernier suit aussi de près ce qui se passe au niveau de la gestion de l’offre. «Mon père était à Ottawa lors de la manifestation du 18 décembre dernier. En temps qu’agriculteur, il était de notre devoir d’y être car il faut démontrer que le contrôle des importations n’est pas ce qu’il devrait être et que la hausse du prix du litre de lait qui sera effective le 1er février prochain est insuffisante», avance Jean-Pierre Lavigne.

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