Vie rurale

Jovan Dozet : portrait d’un producteur d’ail engagé


Jovan Dozet s'est beaucoup impliqué dans la lutte pour le sauvetage du Campus d’Alfred. -Photo ILessard

Isabelle Lessard

Par Isabelle Lessard
Rédactrice en chef
redaction@journalagricom.ca


N’étant pas issu d’une famille de cultivateurs, rien ne prédestinait Jovan Dozet au métier d’agriculteur. Ce jeune homme de 24 ans, fraîchement diplômé du Campus d’Alfred, se dirigeait pourtant en science politique lorsqu’il a entrepris un virage à 180 degrés. Ses acquis lui ont cependant été fort utiles dans sa lutte pour éviter la fermeture du Campus d’Alfred.

Le producteur d’ail de l’Est ontarien est sans doute l’étudiant le plus engagé dans cette cause qu’ait connu l’établissement d’enseignement depuis de nombreuses années. Ce dernier soutient qu’il ne se sentait pas la force de rester les bras croisés. C’était plus fort que lui, il devait s’impliquer au nom de ses collègues de classe et des générations futures.

« Pour moi l’éducation, la francophonie et encore plus l’agriculture, sont des choses qui me tiennent énormément à cœur, explique-t-il. C’était un événement qui mettait en péril ces trois éléments, donc je ne pouvais pas simplement m’asseoir [et attendre que la crise se règle d’elle-même]. »

Il avoue aussi avoir senti une pression de ses pairs en raison de sa compréhension de la politique. « Je connaissais les acteurs et le fonctionnement, ce qui m’a permis de m’impliquer davantage que ce qui aurait été possible pour la majorité des étudiants », avoue-t-il candidement.
Un engagement sans retenue
À peine quelques heures après que la rumeur se soit répandue, le diplômé du Campus d’Alfred n’a pas hésité à défendre les intérêts des étudiants et à sauter aux barricades pour sauver le seul collège agricole francophone de l’Ontario. Lui et d’autres collègues du conseil étudiant ont écrit quelques communiqués de presse pour faire valoir leurs revendications. Ils ont de plus rédigé une lettre à l’association Dairy Farmers of Ontario pour demander à ce que le quota de recherche de la ferme laitière demeure à Alfred.

Sa fougue et sa détermination lui ont valu lourde tâche de siéger sur le comité de mise en œuvre, communément appelé le comité de relance du Collège d’Alfred. Jovan s’est aussi fait élire coprésident du Regroupement des étudiants franco-ontariens auprès duquel il pourra continuer à militer pour la cause, maintenant qu’il est gradué.

D’étudiant impliqué à producteur agricole
Conseiller végétal à La Coop AgriEst, Jovan Dozet est aussi producteur d’ail à temps perdu. Il entame sa deuxième année de production, bien qu’il soit encore au stade expérimental. Il a planté à l’automne dernier près de 5 000 gousses d’ail d’une vingtaine de variétés différentes sur une superficie de 300 mètres carrés.

Il  déclare avoir démarré cette production en vue de son « projet de ferme », un laborieux travail théorique que doivent compléter avec succès tous les étudiants du Campus d’Alfred pour obtenir leur diplôme.

Bien qu’il ait basé son travail théorique sur une superficie de 70 acres pour l’exercice, Jovan a l’intention de n’en cultiver qu’un à deux acres, tout au plus. « On the side », comme il dit.

« C’était très rentable sur papier, mais mon but est de rester petit, confie-t-il. Je ne planifie pas mécaniser parce que j’aime avoir les mains [dans la terre]. »

« Ça m’a vraiment ouvert les yeux [sur les affaires], ajoute-t-il. Il ne s’agit pas simplement de faire pousser de l’ail. Il y a une partie de gestion qui vient avec. Alors maintenant je suis prêt à cultiver un acre et d’en faire un business. »

Son exercice lui a même permis de trouver assez facilement des acheteurs pour son produit. Une épicerie locale qui compte cinq succursales et un autre producteur d’ail se sont montrés intéressés à acheter sa production complète. Le marché de la restauration aussi pourrait être un bon débouché, à son avis.

« Si je le voulais, je pourrais vendre tout mon ail cette année et je n’en aurais pas assez », déclare-t-il fièrement. Il a cependant l’intention de ne vendre que les bulbes qui ont moins bien poussé et de réinvestir les profits dans l’achat de variétés dont il aura constaté le meilleur rendement.

« Il n’y a pas de compétition [entre les producteurs] parce que la demande est trop forte à l’heure actuelle. On peut difficilement trouver de l’ail canadien à ce temps-ci de l’année », fait-il remarquer. La région de Glengarry-Prescott-Russel ne compte d’ailleurs que très peu de producteurs d’ail. La plus forte concentration se trouve dans le sud-ouest de la province.

Défenseur des droits des étudiants franco-ontariens, agriculteur averti et buisnessman en apprentissage, Jovan Dozet a maintenant tout en main pour cultiver son avenir grâce à son passage au Campus d’Alfred.

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