Vie rurale

Kapuskasing a sa ferme


Kapuskasing voit la lumière au bout du tunel dans la saga de la ferme expérimentale.

Marc Dumont

Par Marc Dumont
Correspondant – Nord de l'Ontario
info@journalagricom.ca


La saga de la ferme expérimentale de Kapuskasing commence un autre chapitre avec son achat par la municipalité. Depuis l’annonce de sa fermeture en 2012, Kapuskasing avait indiqué de l’intérêt à s’en porter acquéreur. Mais la ferme, qui appartient au gouvernement fédéral, devait être offerte aux autres ministères fédéraux, aux Autochtones avant d’être offerte à la municipalité. De plus, puisque la ferme a plus de 100 ans, il fallait l’arpenter. Tout le processus est maintenant terminé et Kapuskasing vient de payer 600 000 $ pour les 935 acres, 19 bâtiments, l’équipement agricole (tracteurs et accessoires aratoires) et tout l’équipement spécialisé pour la recherche. « C’est un poids enlevé sur nos épaules. Maintenant, nous avons la certitude que la ferme est à nous », affirme André Robichaud, coordinateur de projets au développement économique de Kapuskasing.

Si en 2012, l’idéal avait été de maintenir la vocation de recherche de la ferme, ce n’était pas réaliste : les subventions pour la recherche en agriculture se font de plus en plus rares. La vision a donc dû être modifiée : la ferme devient un outil de développement régional et s’inscrit dans la stratégie de revitalisation de l’agriculture dans la grande enclave argileuse du nord-est de l’Ontario. Il y aura donc des ententes stratégiques avec des entreprises. La ferme conservera sa vocation agricole et ne risquera pas de tomber à l’abandon.

La première entente de location en négociation est avec un cultivateur du sud de l’Ontario. Il va louer 90 % du terrain et la plupart des édifices. Son projet pour la ferme a trois volets. Il y aura un troupeau de moutons pour la production d’agneaux et du lait de brebis. Puis un troupeau de bovins provenant du sud de la province y sera mis au pâturage. Enfin, il y aura la production de veaux de lait. Ce premier projet est prometteur puisque l’Association des producteurs de bœufs de l’Ontario, dans son rapport annuel, note qu’il y a 16 millions d’acres inutilisés qui pourraient servir à la production de vaches veaux dans la grande enclave argileuse. À la même latitude du côté québécois en Abitibi, la production bovine est importante. Le bœuf ne souffre pas du froid. Il lui faut cependant un abri contre le vent. Certains producteurs ont identifié une vallée boisée sur leur terre où le troupeau passe l’hiver. Puis certaines herbes comme le mil sont de qualité supérieure dans le Nord.

L’autre projet à l’étude est des analyses en parcelle de grains, de canola ou de culture maraîchère. Ces recherches se feraient avec une perspective de grandes cultures et Laurier Guillemette y prêterait son secours. M. Guillemette  a été un employé de la ferme expérimentale à Kapuskasing pendant 35 ans. Son expertise n’est pas à contester, il est la référence locale en agriculture. « À la prochaine conférence du Réseau des communautés du nord-est, on va avoir quelque chose à présenter aux producteurs. Il y a des limitations à cultiver le sol du nord-est de l’Ontario et on ne peut pas importer les perspectives du Sud. Pour ceux qui veulent fonctionner à l’intérieur de la période de pousse dans le Nord; certaines cultures comme l’avoine, l’orge et le blé ont de meilleurs rendements et sont de meilleures qualités trois années sur cinq dans les sites nordiques comparativement aux régions bien plus au sud », explique M. Guillemette.

Pour André Robichaud, de Kapuskasing : « C’est un début; c’est positif et on mesurera les résultats dans 5 à 10 ans. » En somme, Kapuskasing espère que la ferme réussira à créer des emplois, mais surtout qu’elle deviendra un outil de développement agricole dans la revitalisation de la grande enclave argileuse de Matheson à Hearst.

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