Volume 29 Numéro 12 Le 17 février 2012

L’abattoir de Monkland menacé de fermeture


Le producteur avicole et propriétaire de Ferme Avicole Laplante Ltée, Robert Laplante, pourrait être contraint de fermer son abattoir s'il n'obtient pas de statut particulier lui permettant d'obtenir des quotas d'abattage. Photo : I Lessard

Par Isabelle Lessard, journaliste
redaction@journalagricom.ca


Le producteur avicole Robert Laplante a vu ses espoirs fondre comme neige au soleil le 8 février lorsqu’il a appris que la nouvelle entente entre le Chickens Farmers of Ontario (CFO) et les Éleveurs de volailles du Québec avait été entérinée par la Régie des marchés agricoles et alimentaires du Québec.  Ses craintes se sont confirmées : s’il n’obtient pas un statut particulier, il sera dans l’obligation de mettre la clé sous la porte de son abattoir situé à Monkland, puisqu’il ne pourra plus s’approvisionner au Québec sans détenir de quota d’abattage.

M. Laplante est aux prises avec un sérieux mal de tête depuis que les deux entités ont signé une nouvelle convention le 26 janvier 2011 pour restreindre l’approvisionnement de volailles entre ces deux provinces. 

Les 500 000 poulets à chair qu’il produit chaque année à sa ferme de Sarsfield ne peuvent être abattus à son abattoir puisque son établissement ne possède pas de «calculated base», l’équivalent ontarien du quota d’abattage.

Les 6 000 à 10 000 volailles qu’accueille chaque semaine l’abattoir Ferme avicole Laplante Ltée, le seul abattoir commercial à l’Est de Toronto, proviennent donc du Québec puisqu’un tel transfert de poulets ne nécessite pas de quota d’abattage. Or, les acheteurs, qui comme Robert Laplante s’approvisionnaient dans la province voisine, ne pourront plus le faire sans détenir du «calculated base».

C’est que le Québec et l’Ontario sont actuellement considérés comme deux entités différentes aux yeux de la loi, mais à compter du 9 septembre prochain, les deux provinces formeront une seule et même zone, le secteur du « Canada central ». L’achat de volailles d’une province à l’autre nécessitera des quotas d’abattage lors de l’entrée en vigueur de la nouvelle entente, ce qui n’est pas le cas à l’heure actuelle.

Selon le producteur, il se transige annuellement environ 65 millions kg de poulet d’une province à l’autre, mais il se dit le seul acheteur pris dans une telle situation.

Or, non seulement il ne pourra plus s’approvisionner au Québec, mais il s’inquiète également de ne plus être capable de faire abattre ses propres volailles de l’autre côté de la frontière provinciale, une inquiétude ressentie par une grande majorité des producteurs de volailles de l’Est ontarien.  Le cas échéant, tous les producteurs visés seront donc dans l’obligation de faire abattre leurs poulets à Toronto, une longue distance qui augmente les risques de décès chez les volailles et qui est très peu écologique.

 Il réclame donc une dérogation de la part de CFO.

«J’ai une référence au Québec, mais ils ne veulent pas me la reconnaître parce que je n’ai pas de calculated base », dénonce le producteur. Il réclame donc un statut particulier afin que l’Ontario lui reconnaisse le même volume de référence auquel il a droit présentement.

Et le temps presse. S’il ne réussit pas à conclure une entente satisfaisante avec CFO d’ici le 11 mai, il n’aura plus de poulets à abattre pour la période commençant le 9 septembre, les ententes d’abattage étant signées à l’avance.

« Je vais être obligé de fermer l’abattoir », se désole Robert Laplante. « Si ça reste de même, moi je mets la clé dans la porte le 9 septembre ».

M. Laplante soutient qu’à la suite de la signature de l’entente, il a tenté à plusieurs reprises de rencontrer des représentants de CFO et de l’Association of Ontario Chicken Processors, l’organisme représentant les gros abattoirs ontariens, pour leur exposer sa situation et les répercussions qu’aurait une telle convention interprovinciale, mais sans succès. Il n’a même reçu aucun accusé réception de leur part.

« Mon statut que j’avais pour acheter au Québec va être brimé par ma propre province. C’est [l’Ontario], en ne me reconnaissant pas, qui va faire en sorte que je serai obligé de fermer mes portes. C’est grave », clame-t-il.

Robert Laplante ne comprend pas pourquoi le Québec et l’Ontario s’obstinent à émettre de telles restrictions puisque ce sont les deux seules provinces canadiennes à conserver de telles réglementations, selon lui. D’autres provinces, telles que la Colombie-Britannique, auraient éliminé ce système de gestion de l’approvisionnement.

Pertes d’emplois
Lors de l’acquisition de l’abattoir de Monkland en décembre 2009, celui-ci ne fonctionnait qu’à un seul employé. Depuis la restructuration de l’entreprise et un agrandissement, il emploie 20 personnes. « J’ai des employés que ça faisait 2 ans qu’ils n’avaient pas d’emploi avant que je les engage », soutient le propriétaire. Or, le projet d’expansion majeur sur lequel il travaillait depuis quelque temps allait lui permettre d’embaucher une cinquantaine d’employés.

Ces pertes d’emploi pourraient durement affecter la population du petit village de Monkland et des environs.

Depuis le début de ses démarches, M. Laplante a reçu de nombreux appuis, dont celui du député et adjoint parlementaire à l’Agriculture, Grant Crack, les députés Jim McDonell et Pierre Lemieux, la ministre déléguée aux Affaires francophones de l’Ontario Madeleine Meilleur, les Comtés unis de Stormont, Dundas & Glengarry ainsi que plusieurs municipalités, marchés et producteurs.

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