Le 20 octobre 2004

L’agriculture dans la brousse malienne

Par Sarah Kroetsch, collaboration spéciale


Salimata Togola, Aminata Coulibaly et Sarah Kroetsch à la maison. Photo courtoisie.

L’été dernier, j’ai eu la chance de participer à un stage en agriculture et développement communautaire au Mali. Ce stage spécialisé, offert dans le cadre du programme Québec Sans Frontières, était d’une durée de dix semaines.

Lors de notre stage, nous avons collaboré avec un organisme non-gouvernemental malien nommé Kilabo. Depuis 1984, Kilabo travaille auprès des populations rurales dans les zones de Koulikoro et de Ségou dans le but de renforcer l’émergence d’une société civile forte en soutenant, à la fois techniquement et financièrement, les initiatives des paysans.

Notre stage s’est déroulé dans ce qu’on appelle au Mali la brousse (c’est-à-dire dans une zone rurale) dans le village de Dougoulakoro. Dougoulakoro est un village situé à environ 35 km de la capitale Bamako. Le village compte plus de 1300 habitants dont la majorité sont Bamanas mais on y retrouve aussi d’autres ethnies dont les Peuls et les Songhaï. La plupart des villageois sont musulmans et fréquentent la Mosquée dans le village.

Il n’y a ni eau courante ni électricité dans le village, cependant presque toutes les maisons sont pourvues d’un puits dans la cour intérieure et il y a un forage accessible à toute la communauté. À Dougoulakoro, il y a un magasin agricole d’entreposage, un marché (actif une fois par semaine), une école gouvernementale (de la 1ière à la 6ième année), la madrasa (l’école coranique), une maternité, une infirmerie et un centre d’alphabétisation pour adulte.

Le village est situé à proximité d’un canal d’irrigation et du fleuve Niger ce qui permet, en autre, la production de riz, de maïs, de mil, de bananes, de papayes et d’autres cultures maraîchères dans la contre-saison. Autour du village, on retrouve des manguiers et un jardin communautaire. Le village est dirigé par le dougoutigi (le chef du village) et il existe plusieurs associations actives à différents niveaux dont l’association villageoise, l’association des femmes et l’association des jeunes.

Lors du stage dans le village, chacun des sept stagiaires a été placé dans une famille d’accueil. Pour moi, partager la vie quotidienne avec les membres de ma famille a été l’aspect le plus spécial et le plus enrichissant de mon séjour au Mali, sans oublier l’accueil inouï des villageois de Dougoulakoro. J’ai beaucoup appris avec les membres de ma famille, surtout auprès des femmes de la maisonnée qui ne parlent que le bambara. Je crois que ce fût pour tous les stagiaires un échange culturel très riche: autant au niveau des coutumes, de la langue, des jeux, des plaisanteries que durant les tâches ménagères et les travaux dans les champs.

Au niveau du travail, nous avons appuyé et réalisé plusieurs activités en collaboration avec les différentes associations villageoises dont l’achat d’un moulin, la construction du bâtiment pour le moulin, la rénovation et le nettoyage de la maternité, la sensibilisation alimentaire avec les sessions culinaires, l’achat de semences et la gestion des jardins communautaires.

L’agriculture à Dougoulakoro

Le village de Dougoulakoro est avant tout une communauté qui subsiste d’agriculture. La majorité de ses habitants sont des agriculteurs. Les hommes, comme les femmes, sont les propriétaires de plusieurs parcelles de terre. La grandeur des parcelles est généralement de 3 hectares. Les parcelles situées à proximité du canal sont d’une grande valeur et conséquemment coûtent plus cher. Ce sont sur ces terres que les villageois cultivent principalement le mil, le riz, les bananes, les mangues et une variété de cultures maraîchères telle le concombre.

Un peu plus loin dans les périmètres non-irrigués du village, il y a les champs d’arachides et de maïs ainsi que les arbres de karité. Les arbres de karité produisent un petit fruit comestible dont le noyau est utilisé dans la fabrication d’une matière riche et onctueuse appelée le beurre de karité.
La cueillette du karité (ou shi en bambara) est assez particulière. Ce sont les femmes et les petites filles qui vont récolter les fruits des arbres de karité avant le lever du soleil. Les arbres sont répandus un peu partout dans les champs, ce qui signifie que la distance entre les arbres de karité peut être assez grande. Les petits fruits de karité, lorsqu’ils sont mûrs, tombent sur le sol et ce sont ces fruits que les femmes ramassent. La cueillette peut durer de 2 à 3 heures. Les femmes vont ensuite apporter les karités à la maison où ils seront entreposés jusqu’à ce qu’ils soient prêts pour la transformation en beurre.

Dans les environs du village, il y a des familles Peules qui se sont installées et font l’élevage de bovins laitiers. Ce sont ces familles qui fournissent le lait aux villageois de Dougoulakoro. La traite des vaches s’effectue deux fois par jour et les rendements sont d’environ de 3 à 6 litres par jour. Dans le village, plusieurs familles élèvent des poules, des chèvres et des moutons. La plupart des familles ont également des ânes qui sont utilisés surtout pour le transport de marchandises.

La majorité des travaux agricoles sont effectués manuellement. La préparation des sols, par exemple, peut être réalisée manuellement quoique les villageois préfèrent utiliser des boeufs qui tireront la charrue. Puisque le coût des boeufs est très élevé, les villageois qui n’ont pas la chance de posséder des boeufs, peuvent en louer pour la journée.

L’ensemencement est fait manuellement avec l’aide de la daba, l’outil agricole malien par excellence. La daba est une sorte de pioche qui est non-seulement un outil mais est aussi un symbole identitaire important chez les agriculteurs Bamanas. Les apports d’engrais, l’épandage de pesticides (s’il y a lieu) et la récolte sont ensuite tous réalisés manuellement.

Les agriculteurs peuvent travailler seuls dans leurs champs, mais ils sont le plus souvent accompagnés par les membres de la famille ou par des travailleurs engagés pour la journée. Certaines machineries sont cependant utilisées dans le village. Par exemple, on a souvent recours à des machines pour battre et décortiquer le riz.
Les rendements des récoltes varient énormément d’une année à l’autre. Les produits sont généralement écoulés dans les marchés locaux ou sont vendus aux marchands de Bamako. Seule une petite fraction des produits est destinée à la consommation personnelle.

Héré doron! (tout va bien, la paix est là!)
En somme, je me considère une personne privilégiée d’avoir pu connaître la réalité des villageois maliens. Les habitants de Dougoulakoro sont des gens forts et d’une grande générosité.

De retour au Canada, je rapporte avec moi une nouvelle appréciation de la vie. À l’instant même, je prépare une série de projets d’éducation et de sensibilisation sur le Mali pour les gens de ma communauté. Même si mon stage au Mali est terminé, j’ai l’impression que mon expérience malienne continue. En effet, un villageois de Dougoulakoro, Monsieur Lassana Diarra, vient d’arriver au Canada pour un stage de dix semaines. Lassana Diarra demeurera à Victoriaville où il s’impliquera au niveau des jardins biologiques. Il sera dans l’Outaouais au mois de novembre et visitera les exploitations agricoles de la région. À suivre…
Sarah Kroetsch est diplômée du Collège d’Alfred comme technicienne agricole en 2001 et commence présentement sa maîtrise en service social à l’Université d’Ottawa.

Le Mali:
· La république du Mali est le plus grand pays de l’Afrique de l’Ouest, entouré du Sénégal, de la Côte d’Ivoire, du Burkina Faso, de la Mauritanie, de l’Algérie, de la Guinée et du Niger.

· La langue officielle du Mali est le français quoiqu’il existe en réalité plusieurs autres langues dont la plus répandue est le Bambara.

· Le Mali compte plus de 12 millions d’habitants répandus dans les huit régions administratives du pays qui sont Tombouctou, Kidal, Gao, Mopti, Ségou, Kayes, Koulikoro et Sikasso.

· Plus de 65% du territoire malien est occupé par le désert.

· Les cultures principales du Mali sont le coton, le sucre, le riz, le maïs, l’arachide, le mil ainsi que les activités maraîchères et l’élevage.

· Le Mali compte plusieurs ethnies (Bambara, Peul, Sénoufo, Dogon, Touareg, Bozo, Soninké, Songhaï, Malinké et autres) dont la majorité ont pour religion l’Islam.

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