Volume 28 Numéro 15 Le 6 avril 2011

L’agriculture ontarienne : On ne manque pas de vision!

Par Agricom
info.agricom@lavoieagricole.ca


Afin de mieux saisir les problématiques et les perspectives d’avenir de l’agriculture ontarienne, Agricom a rencontré pour vous l’une de ses grandes leaders, Madame Betty-Jean Crews, présidente de la Fédération d’ Agriculture de l’Ontario.  En novembre dernier Mme. Crews a été réélue pour un troisième mandat consécutif à cet organisme qui compte 38 000 membres.

 

Agricom : Madame Crews, en cette année d’élection provinciale, et aussi au niveau fédéral, quels sont les principaux enjeux pour l’agriculture ontarienne?

Betty-Jean Crews : Il y en a deux : un a court terme et un a long terme. A court terme nous devons convaincre les gouvernements de renforcer nos programmes de gestion du risque. Nous en avions trois : le Programme agristabilité pour l’ensemble de la ferme et aussi l’assurance récolte, mais nous avons perdu le programme qui nous protégeait des grandes fluctuations des prix et des désastres. Nous devons obtenir le rétablissement de ce troisième pilier de notre système de gestion du risque.

Agricom : Madame Crews, où est le blocage présentement, d’où vient le manque de volonté politique?

Betty-Jean Crews : Ça vient du gouvernement fédéral. On nous dit que ce dernier volet du programme pourrait être contraire aux ententes de commerce internationales et qu’il risquerait d’être contesté par d’autres pays, ce qui est contraire à l’analyse que nous en avons fait.

Agricom : Et le gouvernement de l’Ontario?

Betty-Jean Crews : Le gouvernement de l’Ontario est prêt à faire sa part pour rétablir ce volet du programme et, en fait, l’an dernier il a rétabli ce programme pour le secteur des grains et des oléagineux. La conjoncture économique a fait en sorte qu’il n’en a rien couté à la province puisque le prix des céréales a monté en flèche mais le principe est acquis et il semble que cette mesure pour parer aux grandes fluctuations des prix et aux catastrophes s’étendra bientôt aux secteurs des viandes rouge et des fruits et légumes puisqu’il a été annoncé dans le dernier budget de la province.

Agricom : Quelle est votre plus grande crainte à ce moment-ci au sujet des programmes de gestion du risque?

Betty Jean Crews : L’attitude du gouvernement fédéral m’inspire des craintes. J’ai peur qu’il veuille rétablir l’équilibre budgétaire du pays sur le dos des agriculteurs. J’ai entendu le ministre de l’agriculture dire récemment que les programmes de gestion du risque sont une responsabilité du gouvernement provincial à 100%. Or, depuis toujours, la contribution gouvernementale de ces programmes est défrayée à 60% par le fédéral et 40% par les provinces…et n’oublions pas que les agriculteurs défraient eux-mêmes le tiers des coûts. Or le retrait du gouvernement fédéral signifierait la fin de nos programmes de gestion du risque et ce serait une catastrophe pour l’agriculture ontarienne et canadienne.

Agricom : Quelles sont vos priorités à long terme?

Betty-Jean Crews : Notre plan à long terme est d’amener le pays à se donner une « stratégie alimentaire nationale », c’est-à-dire une stratégie globale à laquelle adhérerait nos gouvernements mais aussi tous les maillons de la chaine, c’est-à-dire les producteurs, les transformateurs, les détaillants ainsi que d’autres acteurs tel que les chercheurs et même les enseignants. Ça semble bien abstrait mais je vous donne un exemple : Imaginez que nous pourions concerter tous ces acteurs pour amener les consommateurs  canadien à avoir le réflexe de choisir d’abords des produits alimentaires canadiens. Présentement il n’est pas facile pour un consommateur canadien d’identifier des produits canadien dans des magasins à grandes surface. Il faut y mettre beaucoup de temps. C’est plus facile dans des marchés locaux en saison mais ce n’est pas suffisant. À la base c’est un immense travail d’éducation et tous les acteurs doivent y participer car c’est à l’avantage de tous, y compris des milieux d’affaires et des environnementalistes. Tous les canadiens doivent réaliser que l’agriculture et l’alimentation sont appelés à devenir l’un des plus importants moteurs de l’économie canadienne en ces temps ou on voit poindre des pénuries persistantes à l’échelle mondiale. De plus en plus, la souveraineté alimentaire devient presque aussi importante que la souveraineté politique.

Agricom : Comment est-ce que la « stratégie alimentaire nationale » pourrait aider à régler certain problèmes dans le secteur agricole et agroalimentaire canadien?

Betty-Jean Crews : Tout d’abord disons qu’une « stratégie alimentaire nationale » dont un des objectifs serait l’achat des produits alimentaire canadiens par les canadiens renforcerait notre position à long terme sur la question de la gestion de l’offre. Il y a aussi toute la question de la règlementation parfois superflue qui n’est pas basée sur des connaissances scientifiques récentes. Bien sur, nous avons besoins de lois et de règlements pour garantir la salubrité des aliments et la protection de l’environnement par exemple, mais le problème que nous avons présentement c’est qu’à peu près tous les ministères peuvent édicter de nombreux règlements sans en connaitre les effets sur la rentabilité de nos fermes et sur les autre maillons de la chaine de transformation et de distribution des aliments.

Une « stratégie alimentaire nationale » pourrait fournir un cadre pour identifier l’impact de la règlementation sur l’agriculture et l’agroalimentaire et faire en sorte que toute règlementation répondre aux trois critères suivants. 1) elle est basée sur des connaissances scientifiques récentes, 2) elle contribue au développement d’une industrie agricole viable et durable, 3) elle produit des résultats concrets et identifiables.

Agricom : On parle beaucoup du manque de relève agricole ces temps-ci et du vieillissement des agriculteurs actuels. Que fait la FAO  pour tenter d’améliorer cette situation?

Betty-Jean Crews : Sur le terrain nos fédérations régionales font beaucoup de petites choses pour encourager les jeunes et pour attiser leur passion pour l’agriculture mais ce n’est pas suffisant. En bout de ligne ce sont les profits qui comptent. Nos jeunes agriculteurs doivent pouvoir vivre honorablement de leur travail à la ferme et obtenir des résultats financiers qui se comparent à toute profession qui demande une formation et des habiletés équivalentes. Ces profits doivent provenir de la vente de leurs produits sur le marché. C’est notre but le plus important et c’est au cœur de la mission de la Fédération d’Agriculture de l’Ontario.

Agricom : Merci Madame Crews et vous avez notre appui.

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