Volume 29 Numéro 01 Le 17 août 2011

L’agrile du frêne menace P-R : des propriétaires pris de panique rasent tout

Par Isabelle Lessard, journaliste
redaction@journalagricom.ca


Certains propriétaires de boisés dans l’Est ontarien ont pris peur le 9 août dernier après que l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) ait révélé la présence d’agrile du frêne. Tant et si bien que quelques-uns d’entre eux auraient déjà débuté la coupe de cette essence d’arbres sur leur terrain afin de ne subir aucune perte à la revente.

 

Jean Claude Havard, secrétaire de l’association Boisées Est, trouve cette intervention prématurée, compte tenu du temps que prendra la bestiole pour atteindre tous les frênes. « Ça me paraît être une surréaction parce qu’on ne sait pas si l’agrile attaquera tous les frênes. L’agrile se propage surtout le long des routes, ce qui n’est pas une coïncidence puisque ce sont les gens qui les transportent. Mais laissée à elle-même, elle se déplace d’environ quelques kilomètres par an, alors ça pourrait prendre beaucoup de temps pour que ça se rende jusqu’aux forêts éloignées. »

 

Mario Bourdon, technicien forestier et propriétaire de la compagnie Tree Top Services, abonde dans le même sens. Il conseille aux propriétaires d’attendre le plus longtemps possible afin de voir si leurs arbres seront affectés ou non.

 

L’insecte d’âge adulte aurait été découvert dans un piège installé à Wendover, dans une halte routière sur la route 417, en Ontario. D’autres pièges ont aussi été placés dans le cadre de l’enquête dans les régions présentant un risque élevé, dans l’Est et le Nord de l’Ontario.

 

Le comté en quarantaine

La région des Comtés unis de Prescott-Russell a été mise en quarantaine depuis l’inquiétante capture. Des interdictions de déplacement ont donc été mises en vigueur. L’ACIA a informé les propriétaires que le déplacement de tous les produits du frêne, tels que les billes, les branches et les copeaux, ainsi que toutes les essences de bois de chauffage provenant du lieu touché est dorénavant interdit jusqu’à nouvel ordre. D’autres mesures réglementaires seront envisagées dès que les enquêtes de dépistage réalisées au cours de l’année seront terminées.

 

Jean-Claude Havard soutien qu’il n’a pas lieu de s’alarmer tout de suite, mais met toutefois en garde les propriétaires de terrains boisés. Ce dernier croit qu’il faut sans contredit agir de façon préventive, mais en toute connaissance de cause. Il suggère d’abord d’observer les frênes afin de détecter la présence de l’insecte.

 

Mesurant entre 8,5  et 13,5 mm de long, l’agrile du frêne adulte est un insecte au corps allongé de couleur vert métallique. Il a une tête composée de courtes antennes et ses yeux recouvrent une bonne partie de la surface.

Celui-ci cause surtout des dommages en pondant des œufs sous l’écorce. Les larves qui se développeront formeront de multiples galeries afin de se nourrir de cambium, une couche cellulaire délimitant le bois et l’écorce.

 

La présence de l’agrile du frêne a maintenant été confirmée dans 24 comtés de l’Ontario. Bien que l’agrile ne présente pas de risque pour la santé humaine, il s’agit d’un ravageur très destructeur. Il a déjà causé la mort de millions de frênes en Ontario et dans le nord-est des États-Unis, et présente une menace économique importante pour les régions urbaines et forestières de l’Amérique du Nord.

 

 « Si on en détecte, il est préférable de récolter l’arbre tout de suite », affirme Jean-Claude Havard. Il mentionne cependant qu’il existe un « vaccin » insecticide que l’on peut injecter dans l’arbre pour éviter que l’insecte ne s’en empare. Il n’est cependant pas homologué au Canada, ce qui n’aide en rien à la cause.

 

Mentionnons que l’agrile du frêne peut se répandre rapidement lorsque des personnes déplacent du bois infesté.  À ce sujet, le président de Boisées Est, de même que l’ACIA sont tous d’accord pour dire que la prévention demeure la meilleure solution pour contrer l’invasion de l’agrile. On suggère d’éviter de déplacer des produits de frêne potentiellement infestés, ainsi que toute essence de bois de chauffage, dans des régions non infectées. Cette mesure préventive prend tout son sens alors que de nombreux villégiateurs profitent de la saison estivale pour camper dans plusieurs parcs nationaux.

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