Volume 29 Numéro 01 Le 17 août 2011

L’agroalimentaire à l’élémentaire

Par Isabelle Lessard, journaliste
redaction@journalagricom.ca


Plusieurs intervenants du milieu agroalimentaire prônent la sensibilisation des jeunes au sujet de la provenance des aliments qu’ils consomment. D’ailleurs, quelques projets ont déjà été mis sur pied pour les éduquer davantage sur cet aspect de leur vie quotidienne. Mais qu’en est-il des classes qui n’ont pas la chance de participer à ce type d’activités? Le Centre franco-ontarien de ressources pédagogiques et l’Université de Guelph-Campus d’Alfred (UGCA) ont peut-être trouvé la solution miracle : des cours agroalimentaires à l’élémentaire.

De fait, en poussant la réflexion plus loin, les deux institutions ont identifié les enseignants des écoles élémentaires comme pouvant être de bons véhicules d’information. Mais encore faut-il que ceux-ci aient une connaissance de base de la matière afin de la transmettre correctement à leurs élèves. Or, la majorité d’entre eux n’ont ni la notion, ni les outils pédagogiques nécessaires pour accomplir une telle tâche.

C’est pourquoi une dizaine de professeurs francophones de partout en province ont suivi une formation de trois jours en milieu rural. Ils ont participé à un camp en sciences et technologie agroalimentaire au Campus d’Alfred du 10 au 12 août derniers.

Les formations données par des experts leur ont permis de se salir les mains en remuant le sol et en multipliant des plantes, ainsi que de découvrir les aspects plus techniques de la fabrication de produits locaux.


Un véritable succès

Les trois jours de formation ont été un succès aux dires des participants qui se réjouissaient déjà de repartir avec de nombreux outils pédagogiques en mains et des idées pleine la tête.

Pour Wai Chi Tsui, une jeune enseignante de 3e année de Toronto, il est difficile pour elle et ses confrères de parler d’agriculture s’ils n’ont pas baigné dans le milieu pendant quelque temps. « Mes étudiants et moi habitons en ville, donc les vaches, les agneaux et les autres animaux, nous n’en trouvons pas juste à côté de chez nous », confie-t-elle. « Je ne connais pas d’agriculteur, je n’ai pas accès à des fermes et je n’ai pas de connaissances dans ce domaine-là », rajoute Shona Black, enseignante à London.

Mais cette dernière confirme que cette expérience fut très enrichissante. « Je donne rarement des exemples agricoles dans mes cours de science et bien que je le veuille, je n’ai pas les connaissances. Mais maintenant, j’ai beaucoup plus confiance. On a vécu tellement de choses ici que je crois pouvoir donner plein d’exemples dans la salle de classe », explique la jeune femme.

 « Même si je viens d’un milieu agricole, c’était enrichissant pour moi dans la mesure où j’ai appris à utiliser le bon vocabulaire », raconte Carol Hupé, un enseignant retraité de Limoges qui offre des formations à enseignants des écoles élémentaires de la région de l’Est ontarien.

Selon lui, les termes plus techniques pourraient faire reculer certains professeurs, mais grâce à sa participation au camp en science et technologie agroalimentaire, ces termes spécifiques n’ont plus de secret pour lui. « Nous aurons la possibilité d’éduquer nos jeunes dans un bain de langage caractéristique [à l’agriculture]. Et ils [les formateurs] ont vulgarisé tout ça », rajoute-t-il en s’emballant déjà à l’idée de pouvoir transmettre ses nouvelles connaissances à d’autres collègues. Il suggère même qu’une telle formation devienne obligatoire pour tous les enseignants de l’Ontario.

Valorisation du métier

Diane Lefebvre, technicienne agricole et responsable du service de placement à l’UGCA, fait observer que plus on parle d’agriculture avec les enfants, moins ils auront de préjugés envers les agriculteurs et l’industrie en général. « Souvent, les étudiants qui viennent d’un milieu agricole sont gênés de le dire et ils ne disent pas que c’est la carrière qu’ils veulent faire, donc peut-être que ça [l’enseignement en salle de classe] aidera à valoriser l’agriculture. »

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