Volume 29 Numéro 03 Le 21 septembre 2011

L’effet négatif de la récolte rattrapera-t-il les prix des grains ?


Par Jean-Philippe Boucher, Spécialiste mise en marché des grains


Si le printemps est la période de l’année où l’incertitude quant à la quantité de grains qui sera récoltée est la plus élevée, ce qui en gonfle les prix sur les marchés, la récolte en est à l’opposée. En effet, il n’y a pas de secret derrière ce phénomène saisonnier bien connu de tous. Que la récolte se doive d’être importante ou non, à l’automne, les acheteurs ont pratiquement toujours de quoi se mettre sous la dent, ce qui force les prix à la baisse comme le révèle la tendance des prix depuis 5 ans (voir graphique).

 

En fait, statistiquement, depuis 30 ans les prix des grains ont atteint leur valeur mensuelle moyenne la moins élevée à la récolte: 1 année sur 2 dans le maïs (septembre, octobre), 2 années sur 3 dans le soya (août, septembre) et 3 années sur 5 dans le blé (juillet, août).

 

Bref, difficile d’échapper à l’effet négatif qu’entraînent les récoltes sur les prix. Alors, cette année, malgré les mauvaises récoltes en vue, est-ce que se sera le cas aussi? Difficile à dire. Mais voici quelques pistes de réflexion :

 

  • À l’exception du blé, la dernière fois que les prix du maïs et du soya ont atteint leur valeur mensuelle la moins élevée remonte à la récolte de l’an dernier… il y a un an.
  • Le contexte du blé est très différent de celui du maïs et du soya, car sa disponibilité et le niveau des inventaires mondiaux et américains sont moins problématiques.
  • Malgré le dernier rapport mensuel du Département de l’Agriculture des États-Unis (USDA) qui a été mal digéré par les marchés, pour l’instant, tout indique que la disponibilité du maïs et du soya sera encore très restreinte l’an prochain.
  • La possibilité que le USDA révise les superficies cultivées cette année aux États-Unis demeure à l’ordre du jour. Son prochain rapport mensuel d’octobre devrait éclaircir cette interrogation.
  • Historiquement en 1995-96, année au cours de laquelle les récoltes américaines n’ont pas été au rendez-vous et que les inventaires de grains de fin d’année ont été très serrés, les prix ont tout de même connu un creux à la récolte. Ce creux aura été cependant très bref. Ce fut le cas également en 2007-08.

 

Si l’on se fit à ces quelques informations, il reste donc très possible que les prix subissent à nouveau les effets négatifs des récoltes. Par contre, ce recul devrait en principe être provisoire à moins que d’autres imprévus ne viennent changer la donne. Il faut cependant demeurer prudent. Comme le laisse entendre entre autres le USDA dans son dernier rapport mensuel, si les prix pouvaient être bel et bien plus élevés,  ce ne sera pas sans forcer éventuellement les consommateurs à ce rationner, ce qui pourrait tôt ou tard les faire plafonner.   

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