Économie et politique

L’entreprise « Au Grenier de la Nature »  Récolter des herbes sans les cultiver, est-ce profitable?

Par Charles de Maisonneuve, professeur d'horticulture, Collège d'Alfred
info.agricom@atreide.net


En agriculture traditionnelle et même biologique, une partie importante des activités consiste à préparer le sol et à cultiver les plantes avant d’en faire la récolte. Si l’on ne pouvait que prélever la récolte, ceci serait idéal. Et bien, c’est possible! « Au Grenier de la Nature » 

C’est au nord de Buckingham, à L’Ange Gardien dans la province du Québec, que j’ai rencontré l’herboriste Leïla Lessard. Sur sa ferme, je n’ai pas vu de champs sarclés mais plutôt des prairies de « mauvaises herbes »  qui sont sélectivement récoltées. Elle récolte au-delà de 100 espèces de plantes médicinales, aromatiques et autres. La technique de culture de l’entreprise de Mme Lessard est basée sur des traditions amérindiennes. Selon ces traditions, toutes les plantes ont une valeur. La présence de ces plantes est en équilibre avec l’environnement.

Bref, Leïla, comme ses clients l’appellent, « récolte »  ce qu’il y a, et elle cueille seulement ce dont elle a besoin. Cette technique exige peu d’interventions. Évidemment, les rendements ne sont pas comparables à des cultures sarclées, car les plantes sont dispersées ou localisées à certains endroits. Madame Lessard contourne cet inconvénient par la diversification.

Ainsi, cette année l’ortie a été attaquée par des insectes anneleurs et elle ne pourra pas être récoltée. Elle peut se rabattre cependant sur les autres plantes telles que les graines à chapelets (succédané du café) et la prêle (fongicide). Récoltes et techniques Les procédures sont très simples. Il faut d’abord identifier les plantes; ensuite connaître leurs utilisations.

Puis, on récolte les parties recommandées et enfin, s’il le faut, on effectue la transformation en les séchant ou en faisant des onguents, par exemple. On retrouve souvent les plantes en association avec d’autres et généralement, il y a plusieurs spécimens.

Toute la surface du terrain est utilisée. Par exemple, Mme Lessard cueille le plantain sur le chemin de gravier. Sur les sols pauvres, il y a la molène vulgaire et dans le boisé, on retrouve du gingembre sauvage. Il faut faire attention où l’on place les pieds sur sa terre! Le type d’environnement peut favoriser la croissance de certaines plantes.

Ainsi le gaillet piquant, aux effets antispasmodiques, se retrouve dans les sols humides et les sites de plein soleil à mi-ombragés. Si on a besoin de trouver cette plante, il faut regarder aux bons endroits.

Rajeunir la « culture » 
Dans ce système de production, les graminées d’un champ peuvent devenir des mauvaises herbes parce qu’elles sont compétitives. Il faut alors bouleverser le sol avec un motoculteur aux 4 à 5 ans pour permettre aux autres plantes de se rétablir.

Enfin, selon Leïla Lessard, plusieurs des plantes utiles en herboristerie se cultivent mal au champ. Ainsi, la graine de pissenlit a un faible taux de germination, laissant des rangs avec des manques. En ce qui a trait à la molène vulgaire, elle est très difficile à mécaniser, car il faut récolter les fleurs et sectionner les feuilles.

C’est une raison pour laquelle elle préfère les laisser pousser naturellement. La mise en marché D’après les experts, il y a un fort potentiel pour les plantes médicinales et aromatiques. Les importations canadiennes annuelles de 49 millions de dollars sont un indice du marché intérieur potentiel. Les exportations se chiffrent quant à elles à 43,9 $ millions.

Or, la production n’est pas un domaine des plus rentable puisque les excédents nets (revenu brut moins frais variables, n’incluant pas la main d’oeuvre ni le travail du sol) sont de 3752 $ par acre en moyenne pour les plantes médicinales étudiées par le Centre de recherche et de développement technologique agricole de l’Outaouais. En d’autres termes, le producteur devrait cultiver une dizaine d’acres pour en retirer un revenu raisonnable.

D’autre part, Leïla Lessard indiquait que quatre personnes peuvent vivre avec seulement 4 acres de terrain, si on y fait de la transformation. Cette « valeur ajoutée »  est finalement très importante, car elle permet de rentabiliser l’entreprise avec des surfaces de terre réduites.

Par exemple, le cèdre en gelée sert à aromatiser la crème glacée à la vanille et il se vend 7,19 $ pour 375 mL. Cinquante biscuits faits avec de la farine de quenouille se détaillent 7 $. L’emballage est fait pour bien représenter les produits naturels et mettre en évidence l’entreprise. L’entreprise « Au Grenier de la Nature »  ne se limite pas qu’aux produits.

Elle favorise les rencontres avec les clients potentiels en aménageant le site pour différentes activités. Ainsi, pour recevoir les écoliers ils ont une volière et un arbre magique qui suscitent beaucoup d’intérêts chez les enfants et même chez les adultes. Il y a également des cours de remise en forme, des visites familiales sur les différentes utilisations des plantes, de la formation, etc.

De plus les produits de l’entreprise servent à faire des levées de fonds pour différents organismes. Les secrets de la réussite L’entreprise n’a débuté ses opérations que depuis quelques années et il y a déjà une très forte demande pour ses produits.

Sa réussite est venue à force de travail mais comme le mentionne Mme Lessard « il faut croire en la valeur des plantes, avoir un bon sens de l’observation de la nature, être honnête avec les clients et vouloir les aider, avoir des nouvelles idées de produits et de mise en marché et enfin voir les autres herboristes comme des collaborateurs et non des compétiteurs » .

En effet le marché a tellement de potentiel et il y a si peu d’information qu’elle préfère l’entraide même si parfois des collaborateurs utilisent ses idées. L’herboristerie, telle qu’elle est pratiquée par Leïla Lessard, est un domaine à fort potentiel très intéressant. Cependant, la philosophie de gestion est différente de l’agriculture traditionnelle. On cultive selon une méthode biologique, puisque l’on ne cultive pas les plantes en rangs.

Il faut donc, avant de se lancer dans ce type d’entreprise, avoir ce petit côté « granola »  et avoir un sens aigu du marketing. Pour plus de renseignements concernant l’entreprise « Au Grenier de la Nature »  vous pouvez consulter le site Internet : www.grenier-nature.com.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *