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L’étiquetage obligatoire des aliments OGM risque de devenir loi

Par Isabelle Joncas, agronome, collaboration spéciale
info.agricom@atreide.net


Un projet de loi fédéral, le C-287, rendant obligatoire l’étiquetage des aliments génétiquement modifiés (ou qui en contiennent) a récemment été soumis Parlement canadien.

Le projet de loi privé déposé par le député libéral M. Charles Caccia sera prochainement soumis au vote en Chambre. Certains députés ont publiquement appuyé la loi. Même le ministre canadien de la santé, M. Allan Rock s’est lui aussi rangé aux côtés de Caccia en déclarant: «Les consommateurs veulent avoir l’information, ils veulent pouvoir faire un choix et comprendre ce qu’ils mangent».

À l’heure actuelle au Canada, la loi prescrit un étiquetage volontaire. Ceci signifie que les compagnies sont libres d’inscrire ou non si leurs produits contiennent des ingrédients provenant de cultures génétiquement modifiées. Une étiquette doit être apposée seulement si l’aliment comporte un risque d’allergie ou si la composition nutritionnelle n’est plus la même que l’aliment non modifié.

Et ailleurs’
Environ 35 pays ont déjà ou prévoient sous peu adopter une loi rendant obligatoire l’étiquetage des organismes génétiquement modifiés (OGM). En Australie et en Nouvelle-Zélande, cette loi entrait en vigueur en septembre dernier. En Europe, les standards se développent depuis 1997, et au Japon, fabricants et importateurs modifiaient leurs étiquettes en avril dernier pour se conformer à la nouvelle réglementation nationale. Aux États-Unis, c’est l’étiquetage volontaire qui prévaut.

Un choix difficile
Les agriculteurs trouvent certains avantages à cultiver ces plantes auxquelles on aura introduit un gène permettant à la plante de résister à un herbicide ou à un insecte. Donc, les plantes génétiquement modifiées peuvent s’avérer, au champ, des outils facilitant le contrôle des mauvaises herbes et des insectes. Pour certains, ceci peut se traduire par l’amélioration de l’efficacité et de la rentabilité à la ferme et la diminution de l’utilisation des pesticides.

Parallèlement à cela, plus de huit agriculteurs québécois sur dix se disaient en faveur de l’étiquetage obligatoire en mai 2001 lorsque questionnés par la firme Everest.

Plusieurs sondages démontrent que les consommateurs aimeraient pouvoir exercer leur droit de choisir. Selon celui réalisé en septembre 2001 par la firme Décima, 95 % des consommateurs canadiens estiment que ce droit leur revient et 73 % sont fortement en faveur du projet de loi C-287. Certains évoquent des raisons ayant trait à la santé : ces aliments sont-ils adéquatement testés pour leurs effets à long terme ? D’autres encore évoquent des raisons environnementales : la dissémination de pollen de plantes génétiquement modifiés aura-t-elle des effets sur les plantes de la même famille non transgéniques ou sur la biodiversité ?

Du champ à l’assiette
Le débat autour de l’étiquetage obligatoire soulève des questions d’ordre pratique. Concrètement, pour que les aliments génétiquement modifiés puissent être identifiés comme tel, les cultures devront être séparées à la ferme. Par exemple, sera-t-il nécessaire d’avoir un silo pour le maïs Bt (celui qui est modifié pour une résistance à la pyrale) et un silo pour le conventionnel ? Le transport devra-t-il se faire séparément ? Ce qui nous amène à soulever l’épineuse question des coûts, qui les assumera?

Un appui mitigé
Dépendamment des milieux ou des regroupements, les opinions varient. Plusieurs craignent qu’une étiquette obligatoire ne signifie une mise en garde pour le consommateur et une invitation à fuir ces produits.
La Fédération canadienne de l’agriculture estime qu’une loi imposant l’étiquetage des OGM aurait des effets négatifs pour le secteur. «Les agriculteurs canadiens perdraient ainsi leur marché intérieur» a signalé Bob Friesen, le président de la FCA. Ils soutiennent également que les prix au détail de ces aliments pourraient subir une hausse se situant autour de 10 %.

Un groupe d’experts de la Société Royale du Canada chargé de produire un rapport sur l’avenir de la biotechnologie alimentaire dit qu’il n’est pas essentiel de traiter ces aliments de manière différente des autres aliments au niveau de l’étiquetage, vu le «niveau de connaissance actuel au sujet des risques associés aux aliments OGM». Toutefois, il reconnaît que les aliments génétiquement modifiés visaient tout au départ à générer des profits pour l’industrie alimentaire et que le gouvernement doit faire preuve de plus de transparence.

De son côté, le National Farmers Union (NFU) réclame l’étiquetage obligatoire ainsi que plus de recherche. Les producteurs biologiques et l’organisation Canadian Organic Growers (COG) demandent un moratoire sur toute nouvelle approbation de plantes OGM, et l’étiquetage obligatoire.
En fin de compte, le débat qui s’articule autour de l’étiquetage obligatoire des OGM soulève plusieurs questionnements tant chez les gens en faveur de ces nouvelles technologies agricoles qu’auprès de ceux qui montrent de fortes réticences. Mettre en place au Canada un système d’étiquetage obligatoire n’est pas simple et risque de s’avérer coûteux et fastidieux. Mais en dépit de tous ces obstacles, une question demeure: Est-ce une raison pour que les consommateurs n’aient pas le droit de savoir et de choisir individuellement ce qu’ils mangent ?
Pour en savoir plus : www.parl.gc.ca (Parlement canadien), www.rsc.ca (Société royale du Canada) et www.nfu.ca (National Farmers Union).

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