Volume 27 Numéro 07 Le 18 novembre 2009

L’ingrédient secret de Jost Vineyards: Voyage au coeur du plus célèbre vignoble de la N-É

Par Christine Rieux, collaboration spéciale


Le climat tempéré du Détroit de Northumberland permet un mûrissement tardif des raisins offrant des vins fruités se mariant parfaitement au terroir des maritimes. Photo Audrey Roy.

Un vignoble titillant le plus fin des palais est niché dans le Détroit de Northumberland au nord-ouest de la Nouvelle-Écosse. Le plus grand producteur de vin de la province, détenteur de centaines de prix canadiens et internationaux à son actif, fierté et sentiment d’appartenance s’étendant au-delà de l’entreprise, ne font qu’effleurer la clef du succès de Jost Vineyards.

Derrière ces devants sied un homme, Hans Christian Jost. Le propriétaire du clos notoire dévoilera-t-il pourquoi à bon vin, il n’y a pas d’enseigne ?

« Mon père a bâti ce vignoble en 1983 lorsqu’il a compris que personne ne m’embaucherait », révèle avec candeur Hans Christian Jost. Non que Jost fils fut inemployable. Du haut de sa vingtaine, ses couleurs d’entrepreneur faisaient déjà surface.

La famille Jost quitte l’Allemagne en 1970 pour s’établir en contrée néo-écossaise. Ils laissent derrière eux trois siècles de savoir-faire viticole avec l’intention de balayer l’ardoise. L’agriculture comporte plusieurs facettes. L’élevage bovin offrait de nouveaux horizons.

Chassez le naturel et il revient au galop
À l’instar du docteur Craig du centre de recherche de Kentville, Erna Jost implante quelques 400 vignes dans le potager en 1979. « Ma mère avait la modeste ambition subvenir à la consommation familiale. Trois ans et 4000 vignes plus tard, mes parents se sont rendus à l’évidence qu’ils ne pouvaient pas boire tout le vin produit », confie Hans Christian à travers un sourire en coin.

Le Détroit de Northumberland est doté d’un climat tempéré modelé par la dénivellation du territoire, la proximité des eaux chaudes et l’absence de brouillard. La conjugaison de ces attributs permet un mûrissement tardif des raisins. Résultat : des vins au corps fruité se mariant parfaitement au terroir des maritimes.

Quand le vin est tiré, il faut le boire
Aujourd’hui, Jost Vineyards se déploie sur 45 acres à Malagash près de la Sunrise Trail. S’y ajoute 130 acres cultivées sous contrats dans l’ensemble de la province. « Imaginez un restaurant qui préparerait ces plats pour l’année en trois semaines. Voilà la cadence des vendages », explique M. Jost.

Le propriétaire n’est pas seul à faire rouler l’entreprise. « Nos employés doivent être polyvalents. Tout le monde met la main à la pâte lors des corvées », soutient l’homme à plusieurs chapeaux, dont celui de président de la Winery Association of Nova Scotia (WANS). Il renchérit: « J’aime donner de la latitude à mes collègues. S’ils me convainquent qu’un investissement est valable, j’embarque à plein régime. »

Encourager la compétition
L’illustre vigneron souhaite persuader le consommateur que les vins canadiens sont de taille. « Je veux voir le nombre de compétiteurs doubler dans la province. Plus ils vendront de vins, plus nous en vendrons. Jadis, les gens de l’Atlantique consommaient des spiritueux et des plats nappés de sauce brune », explique Hans Christian. Ce dernier rêvait de voir les habitudes alimentaires de ses concitoyens se transformer au moment où il a pris les rennes de l’entreprise.

En 2009, les coutumes ont bel et bien mué. Si bien le gouvernement néo-écossais a diminué la taxe de vente sur les vins néo-écossais vendus au Nova Scotia Liquor Commission à la suite du lobby du WANS.

« Les hautes instances l’ont compris. Le vin est une partie inhérente de notre identité. Cette politique mousse la vente des vins d’ici, mais aussi celle des vins d’ailleurs dans le monde », soutient M. Jost. À prix égaux, les Néo-Écossais ont maintenant le loisir de comparer les cépages de diverses provenances.

Diversifier la palette
Hans Christian Jost a plus d’un tour dans son sac: « J’éprouve un grand plaisir à contempler la palette de couleurs agroalimentaires trouvées en Nouvelle-Écosse. De mon côté, je préfère miser sur nos actifs ». Son nouveau cheval de bataille est la distillation.

Deux tiers du succès de cette opération repose sur une fermentation réussie. On peut supposer que l’entreprise possède une longueur d’avance. À quand le prochain grappa jostien’

Produire mieux pour produire plus
La filière viticole a évolué depuis l’implantation des premières vignes en Nouvelle-Écosse il y a cent ans. La résistance au froid étant acquise, le défi actuel réside dans l’augmentation de la production.

« Il faut réussir à produire deux fois plus avec les mêmes variétés », estime M. Jost. Le drainage des terrains représente un élément clef. En plus de diminuer l’incidence des maladies fongiques, un sol égoutté augmente la productivité des vignes.

« Nous en sommes à éduquer les agriculteurs. Un vignoble drainé de 6 acres peut produire autant de raisins qu’un vignoble de 10 acres à drainage inadéquat », soutient le producteur.

Les viticulteurs biologiques ont fait avancer l’industrie au cours des dernières années. Outre le développement de variétés résistantes au mildiou, ils ont démontré qu’un espacement plus large entre les rangs (8-10 pieds) offrait une meilleure aération.

« C’est logique. Un enfant ayant plus d’espace pour grandir a une longueur d’avance. Il en va de même pour les vignes », soulève M. Jost.

Hans Christian croit que l’innovation bénéficie à l’ensemble de l’industrie, et ce, peu importe la doctrine des pratiques culturales. Il est un ardent promoteur de la mécanisation agricole.

« La minutie des tâches accomplies à la main est incontestable. Cependant, la machinerie permet de faire un travail imparfait au moment opportun. À mon avis, cela surpasse un travail parfait effectué à un moment inopportun ».

C’est pourquoi M. Jost importe et modifie de l’équipement spécialisé d’Europe et partage ses découvertes avec ses homologues.

Les déchets des uns font le bonheur des autres
Un jour, on a proposé à Hans Christian d’épandre des résidus de l’industrie maritime dans le vignoble. Les sous-produits fourniraient à la fois éléments nutritifs et calcium.

« A priori, l’idée était géniale. Une fois épandu, des effluves douteux étaient omniprésents dans le vignoble. On s’est alors questionné sur les bienfaits des résidus ».

Peu de temps après l’odeur estompée, le vigneron a constaté la valeur du sous-produit. L’amendement pélagique se décompose lentement et fournit un apport étalé en nutriments. À preuve, des vestiges de carapace de homards sont toujours visibles après quelques années.

« Me voilà convaincu! L’océan est la meilleure source de nutriments de la planète », affirme M. Jost tout appuyant son pied sur une pelle ayant servi à déranger une escouade de lombrics affairés.

Entre trois coupes
Le baptême néo-écossais de deux bachelières en agronomie se passa entre trois coupes de Trilogy et un visionnaire généreux de son temps. Certes, Audrey et moi en connaissions davantage sur Jost Vineyards. Les puristes de vins français peuvent d’ailleurs se raviser.

Toutefois, l’ingrédient secret du succès de M. Jost demeure toujours un mystère. À vous de le déceler?

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