Le 3 septembre 2003

L’Ontario prend la relève pour soulager la crise de la vache folle

Par Pierre-Alain Blais


Suivant l’exemple de l’Alberta, l’Ontario a décidé de continuer d’offrir seule le programme d’aide financière au secteur bovin de la province, affecté par la crise de la vache folle, au-delà de la date butoir du 5 septembre à laquelle le programme Canada-Ontario doit se terminer, à moins d’annonce de toute dernière minute.

Helen Johns, ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation de l’Ontario, a annoncé le 30 août dernier que son gouvernement « lancera la troisième phase de sa stratégie visant à aider le secteur de l’élevage bovin de l’Ontario à demeurer concurrentiel pendant que cette industrie est toujours aux prises avec les retombées de la découverte d’un seul cas de maladie de la vache folle (ESB) en Alberta ».

L’aide destinée aux éleveurs de bétail de l’Ontario prendra vraisemblablement la forme d’une compensation monétaire pouvant atteindre un maximum de 250 $ par animal, a précisé Mme Johns. L’animal devra avoir été nourri en Ontario et vendu pour l’abattage.

La ministre de l’Agriculture espère que cette nouvelle phase d’aide servira plusieurs fins: « Nous allons accroître les ventes, augmenter les retours monétaires à nos éleveurs et maintenir notre position concurrentielle au sein de l’industrie canadienne ».

L’Ontario aurait préféré que le fédéral garde l’initiative dans cette question d’intérêt national, mais « le manque de leadership du gouvernement fédéral a poussé l’Alberta à prendre de façon unilatérale des mesures qui pourraient gravement nuire au secteur de l’élevage bovin ontarien », explique Helen Johns. « Je ne permettrai pas que pareille chose se produise ».
« Je demande instamment au gouvernement fédéral de faire sa part et de fournir 60% du financement pour les deuxième et troisième phases de ce projet de relance de l’Ontario », a plaidé Mme Johns. « L’insistance d’Ottawa à faire signer les provinces pour le Cadre stratégique pour l’agriculture afin d’être admissibles à de nouveaux programmes à frais partagés, prive les fermiers de l’Ontario de plus de 71 millions », affirme-t-elle.

Aux dernières nouvelles, l’Ontario n’avait pas encore signé le CSA, comme l’ont fait notamment le Québec, la Colombie-Britannique et l’Alberta, ayant des objections sur la conception de certains des nouveaux programmes de soutien du revenu.

La phase 3 du Programme de relance de l’Ontario suite à l’ESB comprendra également un paiement anticipé destiné aux autres éleveurs de bovins, notamment aux éleveurs-naisseurs (producteurs vache-veau), annonce un communiqué du gouvernement ontarien. « Ceci réduira la pression sur les fermes et les communautés rurales alors que le surplus de bétail augmentera au cours des prochains mois », y dit-on.

Selon les chiffres du gouvernement Eves, l’Ontario aurait jusqu’à date engagé 35 millions $ pour le Programme Canada-Ontario de relance suite à l’ESB à frais partagés, en plus d’une somme de 17,5 millions $ pour le Programme de relance de l’Ontario suite à l’ESB. On prévoit que cette troisième phase du projet de relance se traduira par une assistance supplémentaire de 30 millions pour le secteur de l’élevage de bovins et de ruminants de l’Ontario.

L’Alberta prolonge unilatéralement son programme d’aide

La province de l’Alberta a annoncé qu’elle prolongerait le programme d’aide aux éleveurs de bovins de boucherie de la province à compter du 25 août, prenant unilatéralement la relève du programme Canada-Alberta.

Le nouveau programme de la province devrait ressembler beaucoup à son prédécesseur à frais partagés, sauf qu’il ne permettra plus aux éleveurs de garder en réserve une partie des bêtes du cheptel arrivées à maturité: « Cette fois-ci, tous les bovins devront entrer dans le marché concurrentiel », a averti Shirley McClellan, ministre de l’Agriculture et vice Première ministre de la province de l’Alberta.

L’importance financière et la date de fin de programme n’ont pas été révélés publiquement, « afin de ne pas fausser les règles de marché » (?to allow marketplace conditions to prevail’), ajoute la ministre. On se borne à dire que l’Alberta entend soutenir le programme jusqu’à ce que l’embargo sur l’exportation des bovins aux États-Unis soit suffisamment levé « pour permettre que le marché canadiens de bovins recommence à fonctionner normalement » (?near-normal market conditions are restored’).

Ainsi, les éleveurs qui envoient leurs bovins à l’abattage recevront une indemnisation selon une échelle progressive fondée sur un prix de référence. Le taux de paiement couvrira, comme dans l’ancien programme, 90% de la différence entre le prix hebdomadaire moyen américain et le prix de vente des bovins comparables au Canada, et cela jusqu’à concurrence de 45% de la valeur du marché américain. En d’autres mots, les éleveurs continuent à assumer seuls les manques à gagner de la portion des prix inférieurs à 50% du prix de référence.

La ministre McClellan dit avoir dû prendre cette mesure unilatérale exceptionnelle, parce que dans la troisième semaine du mois d’août, alors que les fonds fédéraux avaient été complètement engagés, si peu de bovins auraient été envoyés aux abattoirs de la province que les marchés se sont littéralement arrêtés.

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