Volume 25 Numéro 18 Le 21 mai 2008

La crise alimentaire et la hausse du prix des céréales: À qui la faute?

Par Simon Durand, directeur général, L'Union des cultivateurs franco-ontariens.


La crise alimentaire et la hausse du prix des céréales, à qui donc la faute? La rumeur qui circule dit que c’est l’éthanol!

C’est un peu simpliste, mais tellement facile pour les grands médias à expliquer et à faire comprendre: « L’éthanol, c’est du maïs qu’on met dans le gaz au lieu de le manger, donc il en reste moins à manger et ça coûte donc plus cher ».

La réalité est cependant un peu plus complexe et plus difficile à imaginer, mais je pense qu’elle mérite d’être expliquée.

Alors, voici cinq grandes causes qui peuvent expliquer la situation actuelle:
1. L’augmentation de la population et de la classe moyenne
2. La spéculation
3. Des réserves mondiales basses
4. L’augmentation des besoins et des usages non-alimentaires
5. L’augmentation du prix du pétrole

Premièrement, la planète a une superficie cultivable limitée et il y a de plus en plus de bouches à nourrir. De plus, il y a de plus en plus de gens, principalement en Asie et en Inde qui atteignent un revenu de 2$ par jour. Cette nouvelle classe de population consomme plus et demande plus de protéines animales, ce qu’elle n’avait pas les moyens de s’offrir auparavant. Et il faut tout simplement plus de ressources pour produire de la protéine animale que de la protéine végétale.

Deuxièmement, les denrées agricoles, principalement le maïs, le blé et le riz sont sujettes à la spéculation. Elles sont devenues, au même titre que l’or ou le pétrole, des produits d’investissements refuges.

Parallèlement à ce phénomène, la crise du papier commercial et l’effondrement du marché immobilier américain ont amené de très nombreux investisseurs et fonds d’investissements (des milliards de dollars) à se sont tourner vers d’autres types de placements, notamment les denrées agricoles et le pétrole.

Troisièmement, selon le Programme alimentaire mondial, un organisme de l’ONU, les réserves alimentaires sont à leur plus bas niveau depuis 30 ans dans le monde. Tout simplement un jeu d’offre et de demande. Quand la demande est plus grande que l’offre, les prix montent et les réserves sont à ce point basses que chaque petit risque de mauvaise récolte entraîne une hausse de prix significative.

Quatrièmement, l’augmentation des besoins et des usages non-alimentaires. Eh oui, l’éthanol prend tout de même une partie du blâme. Certains médias ont même qualifié la production massive de biocarburants comme « un crime contre l’humanité », dans la mesure où elle tend à se substituer aux cultures alimentaires et encourage la rareté, et par conséquent la hausse du prix des céréales.

Mais qu’en est-il de tous les autres usages’ La production d’alcool, l’industrie du vêtement (production de coton), l’alimentation des animaux domestiques (chat, chien, chevaux de course, etc.), l’étalement urbain (asphaltage des terres agricoles), etc. Tous ces usages se substituent aux cultures alimentaires et ont le même effet de création de rareté que la production des biocarburants.

Cinquièmement, l’augmentation du prix du pétrole. Le prix du baril a dépassé les 125$ (un record) et le président de l’OPEP entrevoit des prix aux environs de 200$ le baril. Quand on connaît l’importance des produits dérivés du pétrole dans la production agricole et alimentaire, cet élément a sans aucun doute un impact majeur.

En effet, le pétrole et ses dérivés sont essentiels au fonctionnement des tracteurs, aux transports des grains et des aliments à travers la planète et ils sont à la base des engrais. Le conditionnement et la transformation alimentaire requiert également beaucoup d’énergie. À cause de ses multiples usages dans la production et la distribution d’aliments, une hausse du prix de l’énergie a nécessairement un impact à la hausse sur le prix des aliments.

C’est encore un peu simple, mais un peu plus complet. Ces causes ne sont pas en ordre d’importance et aucune d’entre elles ne peut individuellement expliquer de façon satisfaisante la situation d’inflation et de crise que nous vivons actuellement.

Sauf pour le prix de l’essence à la pompe, le consommateur canadien n’a encore ressenti que très peu d’effet de cette crise. Cependant, la Banque mondiale estime que 33 pays seraient actuellement menacés de troubles politiques et de désordres sociaux en raison de l’explosion des prix de la nourriture et des carburants.

De plus, selon de récentes données de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), au moins 37 pays, dont la Chine, connaissent actuellement des pénuries alimentaires ou doivent avoir recours à une assistance extérieure pour nourrir leur population.

Le ministre français de l’agriculture a d’ailleurs averti qu’il faudrait « doubler la production agricole mondiale d’ici à 2050 pour nourrir 9 milliards d’habitants sur la planète ». Rien pour calmer la situation.

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