Le 21 janvier 2004

La crise de la vache folle risque de se prolonger

Par Pierre-Alain Blais


Coup de théâtre le 24 décembre dernier, alors qu’on croyait bien mettre la désastreuse année 2003 derrière soi et envisager sérieusement la réouverture de la frontière américaine aux exportations de boeuf canadien, une autre vache porteuse d’ESB, fort probablement née au Canada, a été découverte cette fois-ci dans l’État de Washington.

Le nouveau ministre de l’Agriculture canadien Bob Speller, a entrepris à la mi-janvier une tournée des principaux acheteurs de boeuf canadien dans un effort pour les rassurer sur les mesures de salubrité que le Canada avaient prises et espérer accélérer la réouverture des frontières asiatiques à la viande rouge canadienne. Au moment de la publication du journal, il n’y a toujours pas de signe de reprise du commerce. Au contraire, des spécialistes Japonais, de retour de mission au Canada, disent considéré le boeuf canadien (autant que le boeuf étasunien, par ailleurs) pas assez sécuritaire à leur goût, puisqu’il n’est pas soumis à un dépistage exhaustif, comme au Japon apparemment.

La première vache américaine atteinte d’ESB est née au Canada

Les analyses d’ADN effectuées sur la vache atteinte de l’encéphalopathie spongiforme bovine (ESB) découverte dans l’État du Washington peu avant Noël serait née sur une exploitation agricole de l’Alberta, ont confirmé les autorités canadiennes et américaines. Les conséquences de cette information, ce qui en fait le second animal porteur de l’ESB découvert au Canada depuis le 20 mai dernier, pourrait être lourdes pour l’industrie bovine canadienne qui espérait bien se remettre de la crise de la vache folle avec l’arrivée de la nouvelle année.

Le vétérinaire en chef du département de l’Agriculture des États-Unis (USDA), sur la base de tests d’ADN pratiqués sur la vache américaine atteinte d’encéphalopathie spongiforme bovine, a dit mardi passé être convaincu « avec un haut degré de certitude » que l’animal provenait bien du Canada, plus précisément d’une ferme laitière au sud d’Edmonton en Alberta. Une information qui a été corroborée du côté canadien par le vétérinaire en chef de l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA), Brian Evans.

La question demeure toutefois entière à savoir comment cet animal a pu contracter la maladie et le moment de l’infection, puisque qu’à un certain moment de sa vie, cette vache laitière a été exportée aux États-Unis, pour y finir ses jours.

Le résultat est cependant désastreux pour l’industrie bovine au Canada. Selon les observateurs de l’industrie, il risque d’entraîner la prolongation de l’embargo américain et une possible mise au ban des produits bovins canadiens sur les marchés internationaux. La confiance des consommateurs canadiens envers les produits carnés produits au pays pourrait aussi commencer à s’effriter, selon certains analystes.

Rouvrir la frontière toujours prioritaire
Le ministre a réitéré que l’objectif de ces nouvelles mesures était « d’assurer la sécurité des consommateurs, au Canada et à l’étranger ». Le gouvernement fédéral consultera les provinces et les intervenants en ce qui a trait à la mise en oeuvre de ces changements.

Malgré la mauvaise nouvelle qui s’est abattue sur l’industrie, Robert Speller a dit vouloir continuer d’exercer toutes les pressions nécessaires auprès des autorités américaines et celles d’extrême Orient, pour faire lever l’embargo qui frappe l’exportation des bovins et autres ruminants vivants vers les États-Unis. « Je continue de faire valoir les arguments du Canada concernant la réouverture de la frontière américaine suivant des motifs scientifiques et objectifs », a-t-il précisé en conférence de presse. Le projet de règlement à ce sujet, que certains groupes de pression américains voudraient voir tabletté, semblerait continuer son cheminement, malgré les perceptions négatives depuis le 23 décembre dernier.

Depuis le début des années 1990, le Canada et les États-Unis ont pris des mesures énergiques pour réduire le plus possible le risque d’introduction de l’ESB, affirme l’ACIA. « En fait, toutes les évaluations scientifiques effectuées à ce jour montrent que ce risque est extrêmement faible et pratiquement identique dans les deux pays, affirme le vétérinaire du Canada, Brian Evans. Le groupe d’experts internationaux qui a examiné l’enquête du Canada sur le cas d’ESB de mai dernier l’a d’ailleurs confirmé au même titre que l’Harvard Risk Assessment et les évaluations antérieures de l’Union européenne et du Canada.

Au cours des cinq dernières années, 7,3 millions de bovins vivants ont traversé la frontière entre le Canada et les États-Unis, selon les chiffres du gouvernement fédéral. Les exportations canadiennes de bovins vivants aux États-Unis ont totalisé 6,3 millions de sujets et un million de bêtes sont entrées au Canada à partir des États-Unis. En outre, les échanges d’aliments du bétail entre les deux pays seraient considérables.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *