Volume 33 Numéro 20 Le 17 juin 2016

La femme en agriculture : discrète, mais indispensable


Par Evelyn Levac
Chronique - Comme dans l'temps


Quand j’ai annoncé à mon père que je considérais sérieusement prendre la relève de la ferme familiale, il m’a dit : « Tsé Evelyn, même si t’es une fille, t’es capable de faire tout ce que je suis capable de faire. » Ça m’a fait du bien d’entendre ça. Même s’il est de plus en plus commun qu’une fille prenne la relève d’une ferme, traditionnellement, l’agriculture est perçue comme étant un métier de bras, bref, un métier d’homme. À cause des nouvelles technologies employées sur les fermes de nos jours, le bon fonctionnement d’une entreprise agricole est beaucoup plus axé sur la gestion que le travail physique. En conséquence, un travail dans le domaine agricole peut aussi bien convenir aux deux sexes.

Par contre, même si, jadis, les femmes n’étaient pas nécessairement en position de décision à la ferme, elles ont toujours discrètement pris une place indispensable dans le monde agricole. Afin de définir le rôle qu’a eu la femme en agriculture dans le passé, j’ai rendu visite à ma grand-mère, Gertrude Levac, née Vallée.  Fille d’agriculteur et, par la suite, épouse d’agriculteur, elle a passé sa vie sur une ferme. « On se mariait pour avoir des enfants. Les moyens de contraception n’existaient pas tellement dans ce temps-là alors, des enfants, Dieu sait qu’on en avait! Alors, les femmes travaillaient beaucoup. Élever les enfants, les habiller, semer le jardin et bien souvent, il faillait participer aux travaux de la ferme. Surtout pour traire les vaches à la main. Je me souviens que ma mère allait traire les vaches, soir et matin. Les hommes n’avaient pas le temps de s’occuper des travaux de la maison donc c’était les femmes qui allaient aider aux hommes », m’a raconté grand-maman. Dans ce temps-là, l’agriculture était réellement un mode de vie ou même, un mode de survie pour les familles des communautés rurales.

« Les histoires qui me viennent sont celles que j’ai vécues sur la ferme de mon père à Lemieux. Quand j’avais autour de huit ans, puisque j’étais l’aînée de la famille, une tâche qui m’était donnée était de conduire les chevaux pour faire des voyages de foin du champ à la grange. On m’installait dans les échelettes dans le devant du wagon et de là, je conduisais les chevaux.  Puis un homme par terre lançait le foin sur le wagon et un autre le plaçait. Rendu à la grange on déchargeait le foin lousse avec la grande fourche et les chevaux tiraient sur un câble pour la faire monter dans le faîte de la grange. Je devais conduire les chevaux pour faire ça et m’assurer qu’ils ne se mêlent pas dans les courroies. Je détestais cette tâche parce que j’avais peur des chevaux. Ils étaient tellement gros et moi, si petite ». J’étais étonnée d’apprendre qu’une telle tâche soit confiée à une enfant, mais j’imagine que quand venait le temps des récoltes, garçons ou filles, petits ou grands, tout le monde devait mettre la main à la pâte. Il n’y avait aucune discrimination à cet égard. »

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