Volume 35 Numéro 18 Le 25 mai 2018

La FERCA, portrait d’une ferme laitière biologique


A la FERCA, beaucoup d'attention est portée à la gestion des pâturages. Les limites temporaires sont déplacées deux fois par jour. Ainsi les vaches ont accès à une nouvelle parcelle pour chaque jour et pour chaque nuit.

Par Chantal Quirion


La  production laitière sous régie biologique est implantée de longue date au campus d’Alfred. La transition avait été amorcée en 2006  alors que l’Université de Guelph était à la tête du Campus d’Alfred.

Lorsque le troupeau a été racheté par la Ferme d’éducation et de recherche du campus d’Alfred (FERCA) en 2015, la gérance de la ferme a été confiée à Mathieu Leduc  qui enseignait alors aux étudiants du programme  Techniques agricoles sur le campus et qui travaillait déjà à la ferme pendant la saison estivale.

Rappelons que la FERCA a été fondée par l’Union des cultivateurs franco-ontariens dans le but de conserver le troupeau à Alfred après le départ de l’Université de Guelph.

Sur la voie du succès

La FERCA se classait  au 2e rang des 52 troupeaux laitiers ontariens de régie biologique pour ses performances en 2016 et prenait la tête avec le premier rang pour 2017. Ceci, selon le sommaire du pointage de gestion de CanWest DHI.

En ces occasions, le directeur général de la FERCA Simon Durand en a invariablement attribué  tout le mérite à son gérant : «  Mathieu a une grande expertise en alimentation et en gestion de troupeau, le crédit lui revient. 

M. Leduc a étudié en Technique de production laitière au Collège Macdonald pour ensuite compléter un baccalauréat en Sciences animales à l’Université McGill. Initialement, il a développé ses connaissances sur la ferme familiale une entreprise fort réputée pour sa génétique laitière. Il mentionne par exemple que certaines des meilleures productrices produisaient plus de 20 000 kg par lactation.

Familier avec le secteur, il ne l’était pas toutefois avec la régie biologique. Aujourd’hui, la FERCA, affiche une production moyenne de 10 ,000 kg de lait par vache, ce qui est une bonne moyenne, dit-il. Cela confirme entre autres que la gestion des pâturages est efficiente et c’est là le plus gros défi, dit-il.

Gestion des pâturages

« Il y a d’excellents livres sur le sujet, mais la réalité est toute autre. Je pense que le plus gros défi en production biologique c’est de gérer les pâturages. C’est de l’apprentissage et du temps. Un stagiaire qui commence ne pourrait pas le faire », mentionne M. Leduc.

Dans un champ, les limites des pâturages sont déplacées deux fois par jour.  Ainsi les vaches ont accès à une nouvelle parcelle pour chaque jour et pour chaque nuit. Il s’agit de ne pas en laisser trop grand pour éviter le gaspillage, la vache ne mangera pas là où elle s’est couchée.  Il faut aussi en laisser suffisamment pour que l’alimentation de l’animal soit maximisée. Le foin représente 60 % de la ration. Il faut qu’elle en mange suffisamment et de la meilleure qualité possible. Il faut aussi faire la rotation des champs, en tenant compte des conditions météo, le foin ne doit être ni trop long, sinon les vaches n’en veulent pas, il doit contenir leurs plantes préférées, le trèfle par exemple, mais pas en trop grande quantité pour éviter les ballonnements! Bref c’est une logistique assez sophistiquée et il faut y consacrer le temps nécessaire si l’on veut un bon rendement côté production.   

M. Durand convient pour sa part que ce type de gestion s’impose d’autant que le prix des terres agricoles est élevé et qu’il faut maximiser l’espace.

Les clôtures électriques sont faites de rubans temporaires. Les champs sont tous approvisionnés de plusieurs entrées d’eau pour que les vaches puissent boire à satiété, sans avoir à marcher sur de trop longues distances, encore une fois, pour maximiser le bien-être et par conséquent la production.

Le quota de la FERCA s’élève maintenant à 57 kg, quota prêté par le Dairy Farmers of Ontario (DFO) à des fins d’éducation. Depuis ses débuts, la FERCA possède un petit salon de traite de six unités seulement. Le troupeau compte entre 47 et 48 vaches en lactation et l’étable à stabulation libre est remplie au maximum de sa capacité.  M.M. Durand et Leduc sont bien d’accord, la demande en lait biologique est si élevée qu’ils n’arrivent pas à remplir toutes les journées additionnelles de production et celles-ci n’ont pas cessé contrairement à la production conventionnelle.

Importance de la prévention

Côté santé, en régie biologique, le mot d’ordre est prévention.

« Si on administre un médicament, la période de retrait est doublée et le minimum de temps pour un retrait est de 30 jours, même si par exemple il s’agissait d’un retrait de 4 jours en conventionnel.  On est plus dans le préventif que dans le thérapeutique. C’est un modèle de ferme différent », explique M. Leduc.

La paie de lait en prend un coup, lorsque le lait doit être retiré pendant un mois. De plus, une vache qui serait traitée à deux reprises dans l’espace de 12 mois perdrait son statut de biologique et serait fort probablement réformée, autre perte à considérer.

Si l’usage des médicaments traditionnels est limité et soumis à des contraintes strictes,  ce n’est pas le cas des vaccins et les vaches de la FERCA sont vaccinées régulièrement contre la mammite. Elles reçoivent aussi de la vitamine A et de la vitamine E.

« En général on a des frais plus élevé en vaccins, mais on ne paie rien pour les hormones. On met beaucoup de temps pour la prévention. On n’a pas eu de fièvre de lait depuis deux ans. »

Beaucoup d’importance est accordée à la qualité du colostrum et une banque a été constituée pour s’assurer que les veaux en reçoivent suffisamment. Et la qualité fait une grande différence, ont-ils observé.

Avantages

Il y a différentes contraintes en régie biologique, mais il y a aussi des avantages. Le coût des grains est plus cher, mais la prime de lait est plus élevée. Et, la quantité maximale de grains de la ration étant de 40 % au maximum, on maximise les profits avec le foin qui ne coûte pas plus cher et qui constitue la majeure partie de l’alimentation.

« La prime est d’environ 20 %. Ça tourne aux environs de 110 $ l’hectolitre quand le prix de référence est dans les 80 $. On a déjà eu 117 $ l’hectolitre $ » rapporte, M. Leduc.

 Selon les pointages du DHI (Dairy Herd Improvment) la FERCA a obtenu la note maximale pour la valeur du lait chez les Holstein avec une valeur de 10 098 $ comparativement à la médiane nationale de 7 223 $ en 2017.

Côté gras, le troupeau donne en moyenne 4 % l’été et 4 et demi % l’hiver. « Le pâturage fait descendre le taux de gras, mais on se rattrape sur la quantité de lait.

Père de jeunes enfants, Mathieu Leduc tient à rester en santé. Il se dit heureux d’aller au champ en sachant  qu’il ne s’expose pas aux effets secondaires de produits qui pourraient être néfastes pour sa condition.

« Moi j’ai de jeunes enfants et je suis bien heureux de travailler dans un environnement sans pesticide. »

Pour l’équipe composée de six employés, dont M. Leduc, la routine est bien implantée et la communication est bien rôdée. Aussi, à cause du type de production, tout doit être bien documenté et le respect du cahier de charge est essentiel. Une fois par année, il faut se soumettre à l’audit pour se qualifier à nouveau pour la certification.

À la FERCA le troupeau est jeune, c’est pourquoi il est dans la logique des choses de penser que la productivité ira en augmentant. Il faut un certain temps avant que la morphologie de la vache atteigne son plein potentiel.  À la FERCA par ailleurs certains sujets ont atteint un âge très  vénérable, soit une dizaine d’années, et n’ont rien à envier côté production.

Parmi les points à améliorer, les efforts seront concentrés sur la santé du pis. L’âge au premier vêlage et l’intervalle entre les vêlages sont quant à eux des critères sur lesquels les producteurs biologiques ont peu de contrôle.

« On n’a droit à aucune hormone pour la reproduction. Il faut toujours attendre le cycle naturel. La reproduction, ça va rester un gros défi. » Il y aura toutefois possibilité d’installer un système de détection des chaleurs.

Depuis le début de  ses activités en août 2015, la FERCA a acquis de nouvelles bêtes pour suivre le rythme des augmentations de quota, dont une augmentation initiale substantielle faisant passer la production de 36 kg à 50 kg. Depuis, les hausses se sont succédé pour atteindre 57 kg. Le troupeau avec une moyenne de 10 150 kg/vache, compte maintenant près de 50 vaches en lactation.

 

 

 

 

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