Volume 34 Numéro 22 Le 11 août 2017

La ferme familiale tchèque, une rareté


La ferme Hola près de Prague en république tchèque est l'une des rares exploitations à avoir conservé le modèle familiale.

Par Evelyn Levac


 En République tchèque, à cause du passé communiste du pays, la plupart des fermes existent en société par actions avec souvent plus d’une centaine d’actionnaires.

La plupart sont d’une grosseur considérable en comparaison avec les autres pays d’Europe avec une moyenne de 255 vaches en lactation. En plus de la production laitière, la plupart ont des productions diverses comme la grande culture, la viande, la transformation de produits et le biogaz afin de compenser pour le prix du lait extrêmement bas. En moyenne, les Tchèques ont reçu 24 centimes (ou environ 35 sous canadiens) par litre de lait en 2016 ce qui, dans la majorité des cas, ne couvre pas leur coût de production. En général, on rentabilise des bâtiments plus âgés lorsqu’il est possible de le faire, car le capital se fait difficilement.

Malgré les circonstances qui ont modelé l’industrie laitière moderne de cette république, certains agriculteurs ont tout de même réussi à conserver un modèle de ferme familiale.  La ferme Hola, gérée par Oldřich Poláček et sa famille, située à quelques kilomètres au nord de Prague, la capitale, est l’une de ces rares fermes.

Une exception à la règle

Les ancêtres des Poláček se sont établis sur le site actuel de la ferme durant le 17e siècle. Au cours des années 1950, lors de l’instauration du régime communiste dans le pays, les terres de la famille ont été réquisitionnées par le gouvernement afin de créer des propriétés coopératives. C’est seulement à la tombée du communisme en 1989 que les 35 hectares de la ferme originale ont été restitués. C’est donc le jeune Oldřich Poláček qui devient propriétaire de la ferme familiale.

En 1992, il se lance en production laitière. Il bâtit une vacherie et importe un troupeau de 80 vaches de race holstein en provenance d’Allemagne, attribuant déjà beaucoup d’importance à la génétique. À travers les années, la ferme Hola a évolué avec l’objectif d’optimiser la production laitière à moindres coûts. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’Oldřich a pris la décision de bâtir une nouvelle étable en 2012 misant sur le confort animal, la gestion du fumier et des technologies qui améliorent l’efficacité énergétique et globale de l’entreprise.

                En 2013, il fait installer un biodigesteur de 500 kW. «Grâce à l’implantation d’un biodigesteur sur notre ferme, nous jouissons d’une meilleure stabilité économique», dit-il. Les biodigesteurs sont subventionnés par le gouvernement tchèque pour alimenter les besoins énergétiques du pays. D’ailleurs, toutes les fermes que j’ai visitées lors du congrès en avaient un. 

                Aujourd’hui, la ferme comprend 185 vaches en lactation produisant en moyenne 10 067 kg par lactation à 3.88 % de gras et 3.32 % de protéine. Elles sont traites deux fois par jour dans un salon double douze. Présentement, la ferme cultive 382 hectares de terrain dont 48 % est loué avec 25 contrats de location différents, conséquence des nombreux propriétaires terriens au pays découlant de l’ancien régime communiste. Pour cette raison, l’expansion est pratiquement impossible de ce côté, surtout qu’il y a plusieurs autres fermes aux environs pour leur faire compétition.

                Afin de mieux se positionner sur le marché laitier et jouir d’un meilleur revenu, la ferme Hola a comme projet futur de transformer ses propres produits laitiers. En ce moment, elle a quatre distributeurs de lait automatiques situés à travers la ville de Prague, qu’elle approvisionne en lait quotidiennement. Par contre, depuis quelques années, cette mode diminue en popularité. Il faudra trouver d’autres moyens de se rapprocher du consommateur.

                Au cours des dernières années, l’agriculteur a investi constamment dans sa ferme dans le but de transférer une entreprise durable à la prochaine génération, sa fille. Les investissements se font dans la mesure du possible et à mesure que les subventions se présentent. Pour l’instant, l’entreprise familiale survit et  Oldřich  et sa famille en sont extrêmement fiers.

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