Le 4 septembre 2002

La ferme Sanglier Rôdeur à Pointe-Fortune

Par Étienne Alary


Puisque le sanglier n’a pas de glandes qui lui permettent de suer, lorsqu’il fait très chaud, on doit leur créer des marres de boue pour leur permettre de se rafraîchir.

Dans le cadre du «Festival Art et Nature» de Pointe-Fortune, qui s’est déroulé du 1er au 4 août dernier, les participants ont eu l’occasion de visiter une ferme qui élève du sanglier. Agricom a eu la chance de rencontrer le propriétaire, Pierre Archambault.

«Même si nous sommes en pleine rénovation, lorsque les organisateurs m’ont approché pour me demander si je voulais être une des fermes à visiter pendant le festival, je ne pouvais pas refuser», a indiqué Pierre Archambault en ajoutant que cette porte ouverte de la ferme était de la bonne publicité pour l’entreprise qui prendra de l’expansion au cours des prochains mois.

C’est en janvier 1999 que Pierre Archambault, en compagnie de sa conjointe Kathleen Burman, achète la ferme et la terre d’une centaine d’acres situées sur le chemin des Outaouais à Pointe-Fortune. «Cette ferme était abandonnée depuis une trentaine d’années. Étant donné que nous voulions faire l’élevage du sanglier dans la région, celle-ci répondait très bien à nos besoins», se souvient-il.

Au cours des mois qui ont suivi cet achat, Pierre Archambault a dû procéder à l’aménagement de la ferme pour qu’elle puisse accueillir les sangliers. «Ce n’est pas juste pour le plaisir si les clôtures entourant mes enclos à sangliers mesurent six pieds et demi de haut. Le sanglier est un animal très habile qui peut sauter plus haut qu’on le pense. C’est un animal qui aime aussi creuser, c’est pour cela que j’ai dû installer une clôture électrique au bas de mes clôtures», indique Pierre Archambault.

C’est dans ces enclos de quelques acres que les sangliers vivent à l’année. «Les sangliers peuvent passer l’année à l’extérieur. Il peut s’adapter à la chaleur et au froid. Puisque cet animal n’a pas de glandes qui lui permettent de suer, lorsqu’il fait très chaud, je dois leur créer des marres de boue pour leur permettre de se rafraîchir», explique le producteur de Pointe-Fortune. «Pour ce qui est de l’hiver, pourvu qu’il y ait un brise-vent et des balles de foin pour leur nid, c’est tout ce qu’ils ont besoin», ajoute-t-il.

Une viande de qualité

Ce dernier élève des sangliers depuis le début des années 1990. «Avant d’acheter cette propriété, nous avions un chalet et une terre à Notre-Dame-du-Laus. À temps partiel, je faisais l’élevage d’une cinquantaine de sangliers avec un ami, Louis Caron. Avec ce dernier, j’ai obtenu une bonne expérience. Les choses que j’ai apprises m’ont grandement aidé quand j’ai acheté la ferme ici à Pointe-Fortune», mentionne Pierre Archambault en précisant que cette région-ci était idéale. «C’est vraiment une région parfaite pour l’agrotourisme. Nous sommes plus près de notre marché (Montréal) ici que nous l’aurions été à Notre-Dame-du-Laus».

Pierre Archambault avoue s’être lancé dans l’élevage du sanglier pour la qualité de sa viande. «Je voulais avant tout produire de la bonne viande sans que cela ne me coûte trop cher. Du boeuf, cela fait des années que je n’en ai pas mangé. Nous voulions aussi faire un élevage qui nous permettrait de ne pas changer complètement notre rythme de vie», affirme le producteur de Pointe-Fortune.

Fait à remarquer, les sangliers de Pierre Archambault ne reçoivent que des produits naturels. «Tout ce que nous faisons est au plus naturel que possible. Nous ne sommes pas certifiés biologique mais presque», déclare-t-il. «En plus du foin, je nourris mes sangliers avec du maïs, du blé, de l’orge et de l’avoine», ajoute-t-il.

Augmentation de la production

Près de quatre ans après avoir acheté cette propriété de Pointe-Fortune, la ferme «Sanglier Rôdeur» compte une centaine de sangliers. «J’ai deux mâles reproducteurs et une vingtaine de femelles», présente Pierre Archambault. Étant donné que chacune de ses femelles lui a donné une moyenne de trois à cinq marcassins, M. Archambault pourra vendre près de 75 sangliers pour sa venaison. «Toute ma production de sangliers pour l’année est vendue. J’ai une bonne clientèle à Montréal. La promotion s’est faite de bouche-à-oreille. J’ai travaillé pendant 30 ans dans le domaine de la construction, surtout dans le West Island, alors j’ai beaucoup de contacts», explique Pierre Archambault en précisant qu’élever des sangliers n’était pas automatiquement synonyme de réussite. «Ce n’est pas tout d’avoir des sangliers, il faut aussi être bon vendeur».

Les premières livraisons se feront au début de décembre, alors que le reste se fera autour de Pâques. «Les mâles grossissent plus rapidement. Ils prendront donc le chemin de l’abattoir lors de la première semaine de décembre. Pour les femelles, c’est un peu plus long, il faut attendre au mois d’avril», fait remarquer Pierre Archambault.

Pour ce qui est des autres marcassins, ceux-ci serviront à grossir le troupeau. «Il faut entre 2 ans et 2 ans et demi à un sanglier pour atteindre sa taille adulte. Étant donné que j’aimerais bien augmenter ma production à 300 sangliers par année, je dois m’en garder à chaque année», lance Pierre Archambault en ajoutant que «je n’augmenterais pas ma production si je n’étais pas certain que la demande était là».

Par contre, cette augmentation ne se fera pas à n’importe quel prix. «Il y a trop de sangliers dit ?impurs’, c’est-à-dire qu’ils ont des gênes de porcs en eux. Moi, ce que je vise, c’est un élevage pur. Je veux que chacun de mes sangliers ait 36 chromosomes et non 37 comme c’est le cas des impurs», avertit le producteur de Pointe-Fortune.
Pierre Archambault préfère aussi augmenter son troupeau par lui-même plutôt que de faire l’achat de d’autres sangliers. «Depuis que j’ai commencé dans cette industrie, j’en ai visité des fermes. Je me suis rendu un peu partout au Québec, en Beauce et au Lac Saint-Jean par exemple. Il m’est arrivé à quelques occasions de me faire avoir alors je ne veux pas que cela se reproduise», mentionne le producteur.

Une table champêtre

En plus des sangliers, Pierre Archambault élève aussi des dindes sauvages américaines et des perdrix européennes (?chuker?). «Ces productions vont augmenter l’an prochain. Nous allons nous procurer des incubateurs», mentionne celui qui songe également à se procurer du bison prochainement.

Derrière toute cette expansion de production mijote un projet de table champêtre. «Nous avons eu l’approbation de la ville pour aller de l’avant avec ce projet. Nous pourrons donc aménager notre espace pour que ce projet prenne son élan dès l’année prochaine. Grâce à ce projet, nous pourrons faire déguster aux gens du sanglier, de la dinde sauvage et du bison», présente celui qui aime bien s’adonner à la cuisine.

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