Volume 26 Numéro 08 Le 3 décembre 2008

La Ferme Touzin dans le Témiskaming ontarien: « On a voulu que ça marche! »

Par Marc Dumont, collaborateur régional


Les trois frères Touzin exploitent la ferme ancestrale à Judge, près de New Liskeard au Témiskaming ontarien. Photo M.Dumont.

C’est en ces termes que Jacquelin Touzin de Judge, près de New Liskeard au Témiskaming, explique la réussite de la ferme laitière avec ses deux autres frères, Luc et Mario.

Et c’est un succès! Les trois frères ont obtenu la première place pour le « Heard Management Award » en 2005 et 2006. En 2007, ils se sont classés deuxième. Au dire de Jacquelin, c’est parce qu’environ 50% du troupeau laitier a été renouvelé et les autres producteurs n’ont qu’à bien se tenir. Il compte bien reprendre la reconnaissance sous peu!

La ferme

Les trois frères Touzin exploitent la ferme ancestrale ; ils sont la quatrième génération. Présentement, elle compte 650 acres, plus les 150 acres qui sont loués.

La traite se fait avec 90 vaches enregistrées avec un quota de 105 kg. Les vaches laitières sont en stabulation libre tandis que les génisses sont en stabulation entravée. Les vaches donnent en moyenne 30 kg de lait. Pas mal !

La relève

La prise de décision pour Jacquelin, Luc et Mario de se lancer en affaires ne s’est pas faite comme on pourrait le croire. Seul Luc était resté sur la ferme paternelle depuis son adolescence. Mario et Jacquelin étaient allés travailler à l’extérieur pour plusieurs années.

Ils étaient revenus mais avec la ferme intention de travailler pour eux-mêmes, question de se lancer dans l’aventure de la vie sans toujours se faire dire quoi faire. Pour Jacquelin: « C’était le temps de laisser la ferme à la relève [les trois frères]! »

Les transactions pour l’achat de la ferme se sont faites en 1992. La mère des garçons assurait la transition en continuant de s’occuper de la comptabilité et le père assurait le financement.

Gérer à trois

Il en faut un pour la gestion des champs: c’est Luc. Il dirige les travaux des champs, les labours, le hersage, l’épandage du fumier, le choix et la quantité des semences et les récoltes.

Par exemple, l’été prochain il reprendra la culture de la féverole. Cette fève ne perd pas ses propriétés et permettra des économies sur le concentré. Dans l’étable, il s’occupe des génisses

Quant à Mario, il gère le troupeau, s’occupe de la reproduction, de la nutrition et de la traite du troupeau. De plus, il voit à l’entretien des machines et aux projets de construction. Enfin Mario, passe la moitié de son temps dans le domaine agricole et l’autre dans le domaine laitier.

Être trois en affaires exige le consentement de deux membres de la triade. C’est parfois source de tension. Acheter une vache de 7000 $ intrigue celui dont les regards sont surtout tournés vers les champs.

En contrepartie, l’achat d’un nouveau tracteur peut faire sourciller celui qui comprend que c’est le lait qui est fait rentrer l’argent à la ferme. Alors, les trois doivent avoir le même sentiment de ce qui est bon pour la ferme et la conviction que chacun a cette volonté de voir à ce que ça marche. Comme dirait l’un: « Il fait apprendre à se fermer la boîte et on voit à nos affaires! »

Du temps libre?

Un des avantages importants de travailler à trois est que les frères Touzin n’ont pas à compter sur de l’aide extérieure. Puis il y a la possibilité de prendre une fin de semaine sur trois. Mais la fin de semaine libre ne s’est pas avéré une formule satisfaisante. Ce système implique que deux fins de semaine sur trois, deux des trois frères devaient accomplir des tâches qui ne relevaient pas de leur expertise et qui n’étaient donc pas plus motivantes qu’il faut.

Et puis, si souvent la fin de semaine libre était gâtée par le temps ou c’est une autre fin de semaine qui aurait convenu. Alors dernièrement la décision a été prise que chacun continue à accomplir ses tâches de tous les jours et que les samedis et les dimanches sont des jours où il ne s’effectue pas d’autres travaux.

On le sait, tant que le père vit, un fils se demande toujours s’il a quelque chose à redire. Les frères Touzin ont eu une belle preuve de la confiance que leur père leur témoigne quand en 1998, il n’a pas hésité à être cosignataire pour garantir un important emprunt bancaire en vue d’acheter du quota de lait.

Et l’avenir?

La possibilité de vendre la ferme n’est pas à l’horizon. Mario, Luc et Jacquelin en deviendront les propriétaires en 2012. Ils aimeraient bien continuer mais cela pourra dépendre de la santé. Après tout, ils sont maintenant bien équipés et ça va bien.

Malgré cela: « L’avenir me fait un peu peur », de confier Jacquelin. « Comment veux-tu que les jeunes prennent la relève? D’ici 10 ans, ça risque de faire dure! Les petites terres familiales disparaissent ».

Puis y a-t-il à l’horizon l’orage de la perte du quota? En attendant, Luc, Mario et Jacquelin Touzin continuent à avoir un des meilleurs troupeaux laitiers du Témiskaming et à exercer leur métier avec bonheur.

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