Volume 30 Numéro 01 Le 24 août 2012

La flambée du prix des grains, déjà chose du passé?

Par Jean-Philippe Boucher, Spécialiste mise en marché de grains
redaction@journalagricom.ca


Les prix des grains ont atteint de nouveaux sommets historiques à la bourse, pour le maïs à 8,43 $ US/boisseau le 10 août dernier et pour le soya à 17,77 $ US/boisseau le 20 juillet dernier. Depuis, difficile de dire la direction qu’ils vont prendre.

D’un côté, il ne fait toujours aucun doute qu’il y aura beaucoup… beaucoup moins de maïs de disponible au cours des prochains mois en sol américain. Et le soya n’est pas en reste, car même s’il aura été moins affecté par la sécheresse, il n’en reste pas moins que les rendements attendus ne seront pas à la hauteur de ceux qui étaient initialement prévus en début de saison. C’est ce qu’aura d’ailleurs bien mis en évidence le dernier rapport mensuel du USDA du 10 août dernier qui a réajusté à la baisse les prévisions de récoltes américaines, celle du maïs ayant fondu de 27 % depuis le 1er rapport mensuel du USDA de mai dernier pour s’établir à 273 millions de tonnes, celle du soya de 16 % à 73,27 millions de tonnes.

Par contre, le retour de conditions surtout plus fraîches, mais également plus humides dans le Midwest américain laisse poindre la possibilité d’une « amélioration » des rendements. C’est bien entendu particulièrement le cas du soya, mais certains estiment également que le maïs profiterait déjà aussi de ce retour à la « normale ». Cependant, malgré cette possibilité de meilleurs rendements, les récoltes attendues seront encore loin de combler les besoins toujours importants des consommateurs.

Certes, dans ce rapport, le USDA aura réalisé aussi d’importantes coupures dans ses prévisions de consommation et d’exportation de maïs et soya, conséquence directe de la flambée des prix des 2 derniers mois. On fait état d’un repli de l’ordre de 16 et 32 % de baisse de consommation et exportation de maïs depuis le mois de mai. Quant au soya, c’est un recul de respectivement 8 et 26 %.

Ces révisions sont très importantes. Elles ont permis également au département d’agriculture américain d’éviter une nouvelle vague d’inquiétude d’une possible pénurie de grains l’an prochain en établissant les inventaires de fin d’année à des niveaux toujours positifs, soit 16,5 millions de tonnes pour le maïs et 3,13 millions de tonnes dans le soya. C’est serré, mais convenable.

Par contre, plusieurs spécialistes auront eu tôt fait de rappeler suivant la publication de ce rapport que ces coupures restent pour l’instant des prévisions, et non des faits. Autrement dit, la partie n’est pas gagnée d’avance et il ne faudrait pas que les prix des grains chutent de manière trop importante… au risque de voir les consommateurs ne pas se serrer la ceinture assez comme l’aura anticipé le USDA.

Si aux yeux de plusieurs il ne fait donc aucun doute que de nouveaux sommets ont été atteints en juillet dernier, il est difficile pour l’instant de dire que les prix pourraient vraiment chuter comme ils l’ont fait par exemple l’an dernier, ou encore en 2008. Par contre, le vent semble avoir bel et bien tourné, spécialement du côté des spéculateurs qui parviennent de plus en plus difficilement à trouver de nouveaux motifs assez sérieux pour alimenter une hausse des prix qui, jusqu’à dernièrement, aura été sans précédent.

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