Volume 30 Numéro 11 Le 8 février 2013

La fromagerie St-Albert renaîtra de ses cendres


Photo courtoisie Karine Millette

Par Pascale Castonguay, APF


Un jour à peine après que la fromagerie St-Albert ait été la proie des flammes en matinée le 3 février, l’administration de la coopérative a déjà élaboré un plan d’action afin d’assurer la reprise des activités dans les plus brefs délais.

 

Si les causes de l’incendie sont encore inconnues au moment de mettre sous presse, il ne fait aucun doute que l’entreprise ira de l’avant. « On a déjà pris une décision et on va se retrousser les manches et rebâtir », confirme le directeur général de la Fromagerie Coopérative St-Albert, Réjean Ouimet. «C’est ici que nos ancêtres ont fondé l’entreprise, c’est ici que nous avons nos racines et c’est ici que nous allons rester», a-t-il annoncé.Confiant que les pompiers donneront sous peu leur aval à une reconstruction, M. Ouimet estime que les travaux devraient débuter en mars prochain et durer 8 mois.

 

Ayant fait l’acquisition en 2009 de la Fromagerie Mirabel située à Saint-Jérôme au Québec, la Fromagerie Coopérative St-Albert déplacera une partie de sa production de l’autre côté de la frontière afin de pouvoir approvisionner les marchés locaux. M. Ouimet a d’ailleurs confirmé par voie de communiqué que le fromage St-Albert serait de retour sur les tablettes au cours de la semaine du 11 février.

 

Mentionnons que les camions de livraison n’ont heureusement pas été touchés par l’incendie, ce qui permettra à l’entreprise d’honorer la majorité de ses contrats et de satisfaire ses clients.

 

Rappelons que l’incendie s’est déclaré vers 10 h dimanche matin, soit une trentaine de minutes après l’ouverture du commerce. Si les flammes ont entraîné des pertes évaluées à 25 millions$, on rapporte que personne n’a été blessé. Devant la force du brasier qui a ravagé l’entreprise située dans la municipalité de La Nation, dans l’Est ontarien, les pompiers des villages avoisinants, tels que Casselman, St-Isidore, Limoges, Plantagenet et Embrun, ont été dépêchés sur les lieux.

 

Considérée comme « un excellent citoyen corporatif » par les Comtés unis de Prescott et Russell, la fromagerie St-Albert figure sur la liste des 10 plus grands employeurs en importance dans la région. En effet, l’entreprise employait 120 personnes. Au moment de mettre sous presse, l’administration de la fromagerie rencontrait l’ensemble des employés le 6 février en après-midi pour les informer de ce qui les attendait. Un fonds de solidarité pour les employés affectés par cette tragédie devait aussi être annoncé cette même journée.

 

Les Producteurs laitiers de l’Ontario (DFO), responsables de la gestion de l’offre et de la distribution du lait entre les producteurs et les transformateurs, ont assuré que le lait qui était livré à la fromagerie sera réacheminé vers d’autres transformateurs de la région d’Ottawa. Aucun volume de lait ne sera donc gaspillé et les producteurs concernés ne devraient subir de préjudices financiers.

 

Fondée en 1894, la coopérative appartient à une cinquantaine de producteurs. Au fil des ans, l’entreprise s’est taillé une place de choix dans l’industrie. Plusieurs des fromages produits par l’entreprise ont d’ailleurs remporté des prix ou ont été finalistes notamment à la Toronto Winter Fair, à la Spencerville Fair, au British Empire Cheese Show, ainsi qu’au Grand prix canadien.

 

Appréciée non seulement pour la qualité de ses produits, les réactions de la communauté franco-ontarienne ne se sont pas fait attendre à la suite de cette triste nouvelle.


« Depuis ses tout débuts en 1929, l’UCFO a toujours pu compter sur l’appui de la Fromagerie St-Albert pour mener à bien ses projets. Nous sommes fiers de pouvoir s’associer à des individus dégageant d’aussi belles valeurs de détermination et de coopération», indique le président de l’Union des cultivateurs franco-ontariens, Marc Laflèche.

 

De son côté, M. Ouimet se dit surpris, mais encouragé de voir la réaction des gens.


« L’industrie laitière est comme une grande famille, même si dans le fond on est en compétition les uns avec les autres», souligne-t-il. Ce dernier souligne que certains producteurs se sont même portés volontaires pour produire le fromage St-Albert.

Les consommateurs se ruent vers les produits alimentaires biologiques. En effet, les ventes de produits biologiques certifiés à travers la planète ont augmenté de plus de 50 milliards $ depuis les deux dernières années, malgré le fait que ces produits sont parfois trois fois plus chers que les produits traditionnels. Bien que la production biologique contribue grandement à offrir aux consommateurs des produits liés à une image pittoresque de l’agriculture, plusieurs d’entre eux ont du mal à saisir les risques factuels liés à la consommation biologique d’aujourd’hui.

D’abord, selon certains sondages, plus de 95 % des consommateurs croient que les producteurs biologiques se tiennent loin des pesticides et fongicides. Or, même si la plupart des fermes biologiques n’utilisent pas de produits synthétiques, certaines normes permettent à de grandes productions d’utiliser des produits chimiques approuvés par des régulateurs nationaux. Ce qui prévaut dans le monde biologique c’est l’origine même des produits utilisés. Les pesticides et fongicides utilisés dérivent essentiellement de produits naturels, mais certaines études suggèrent que ces produits peuvent être parfois aussi toxiques que certains produits chimiques. Alors, en utilisant l’argumentaire des pesticides, il faut donc faire preuve de prudence, que les produits soient biologiques ou non.

En ce qui concerne la salubrité alimentaire, puisque les pratiques de production biologique augmentent la propagation d’agents pathogènes, une bonne partie des rappels et alertes alimentaires au Canada s’appliquent à des produits biologiques. Manifestement, le rappel majeur de graines germées qui avait secoué l’Allemagne, tuant ainsi 31 personnes, émanait d’une ferme biologique. Le rappel qui avait tué trois personnes aux États-Unis, dont un jeune garçon de deux ans, provenait aussi d’une ferme maraîchère biologique californienne. Plusieurs consommateurs croient que les produits biologiques sont plus salubres que d’autres produits. Or, plusieurs études démontrent, avec faits probants à l’appui, que c’est tout à fait le contraire.

Plusieurs affirment de même que les produits biologiques sont plus nutritifs que d’autres produits traditionnels. Néanmoins, une étude indépendante publiée récemment réfute l’argumentaire. L’étude recense plus de 160 études scientifiques qui comparent les produits biologiques aux produits courants, du jus d’orange, au maïs biologique, jusqu’à l’analyse de certaines viandes biologiques. Contrairement à ce que plusieurs pensent, l’étude conclut que la thèse des vertus nutritionnelles des produits biologiques reste à faire. 

Malgré ces mythes, alors pourquoi miser sur l’agriculture biologique ? Malgré toutes les fantaisies qui ont le potentiel de corrompre l’industrie à plus long terme, la production biologique s’inscrit indéniablement dans une stratégie de croissance économique pour notre agriculture. Les marges bénéficiaires dans le secteur sont énormes, et certains géants de l’alimentation le reconnaissent.

La production biologique répond essentiellement à une demande grandissante pour la recherche de quelque chose d’autre, quelque chose de différent. Il existe plus de 4000 fermes biologiques certifiées au Canada, et presque le quart de celles-ci se situent au Québec. Mieux encore, le Québec est un chef de file en transformation alimentaire biologique, là où la création de valeur réside véritablement. C’est une industrie qui prend de l’importance, une tendance qui a ses mérites. Surtout, cette filière grandissante est financièrement plus accessible pour les urbains et citoyens qui s’intéressent à l’agriculture. Démarrer une ferme biologique requiert en moyenne peu de capitaux comparativement à d’autres productions qui adoptent souvent un modèle plus industrialisé. La production biologique rejoint les valeurs agraires de citadins qui tentent de mieux comprendre le fonctionnement de nos systèmes agroalimentaires. 

L’enjeu le plus important pour l’industrie biologique est de sauvegarder la relation de confiance qu’elle a en ce moment auprès de ses adeptes, et de trouver de nouvelles façons pour augmenter leur part de marché de façon durable. La polarisation du débat qui émane des produits biologiques n’aide pas la cause de l’industrie. Une rationalisation du débat utilisant des faits scientifiques servira grandement la cause de l’industrie, ce qui permettra par conséquent aux consommateurs de mieux connaître ce qu’ils achètent. 

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