Volume 33 Numéro 17 Le 06 mai 2016

La luzerne GM soulève les inquiétudes


Photo d'archives

Par Chantal Quirion
redaction@journalagricom.ca


L’introduction de la luzerne génétiquement modifiée (GM) annoncée par la compagnie Forage Genetics International pour l’Ontario et le Québec inquiète la communauté agricole canadienne.

Une quinzaine d’associations agricoles du pays se sont regroupées pour demander au ministre fédéral Lawrence MacAulay,  responsable de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire, d’imposer un moratoire sur la question.

Bien que les autorités canadiennes ont autorisé l’emploi de la luzerne GM Roundup Ready®en 2013, les groupes de pression avaient jusqu’ici réussi à en retarder l’implantation. Suite à l’annonce de l’entreprise qui indique qu’une quantité limitée sera disponible pour le printemps 2016 pour l’Est du Canada, les opposants redoublent d’ardeur.

Le regroupement demande au ministre de retirer les autorisations pour toutes les variétés de luzerne génétiquement modifiée jusqu’à ce qu’une étude complète des impacts économiques sur le secteur agricole ait été menée et que d’autre part, un protocole ait été établi pour analyser toutes les importations de semences de luzernes cultivées aux États-Unis, pour éviter l’importation de semences GM qui auraient pu être contaminées accidentellement.

Les producteurs biologiques s’inquiètent en raison du potentiel de contamination croisée, mais ils ne sont pas les seuls.

« Les gens du bio et plusieurs autres conventionnels ne sont pas d’accord avec le concept des OGM (Organismes modifiés génétiquement). Pour le maïs et le soya, il est trop tard, mais on peut encore stopper pour la luzerne. Le Canada est un exportateur important de foin et de luzerne et nous craignons que les agriculteurs canadiens soient bloqués. C’est arrivé pour le lin à cause d’une contamination, il y a quelques années », indique Tom Manley, PDG de l’entreprise ontarienne Homestead Organics.

Les principaux acheteurs de semences de fourrages dans le monde, incluant l’Europe, la Chine, le Japon et le Moyen-Orient, font preuve de tolérance zéro en matière de contenu GM. Cette politique s’applique à l’ensemble des acheteurs de produits biologiques, tant au Canada qu’à l’étranger. Une possible contamination aurait une incidence grave non seulement sur les producteurs de luzerne, mais sur tous les éleveurs dont les animaux auraient consommé ce produit.

« Les impacts sont donc potentiellement désastreux pour l’ensemble du secteur biologique canadien, alors que la demande pour les produits biologiques est en forte croissance sur tous les continents » faisait valoir pour sa part l’Union des producteurs agricoles du Québec (UPA) en commentant le cas de contamination relevé plus tôt en Alberta.

Des essais agronomiques réalisés avec cette luzerne possiblement contaminée dans l’Ouest canadien ont démontré que le taux de pollinisation croisée peut atteindre 22 % des plants dans un rayon d’un kilomètre.

Pour sa part, M. Manley indique qu’il fait la chasse au maïs et au soya GM dans ses champs et qu’il est capable de repérer les indésirables, mais que la situation risquerait d’être plus difficile avec la luzerne en raison de sa facilité à se propager avec le pollen.

En Ontario, des producteurs ont demandé l’appui du  ministre de l’Agriculture Jeff Leal, mais on leur a répondu qu’il s’agissait d’un dossier fédéral.

« Le besoin d’utiliser une luzerne capable de résister au Roundup est faible, mais l’impact est significatif sur le bio et le conventionnel. On se demande pourquoi cela a été accepté.  Au Canada  à mon avis, le lobby des intrants agricoles est très fort et ils ont eu la permission », conclut M. Manley.

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