Le 3 décembre 2003

La « minorité » francophone

Par Commentaire de Félix Bussières*


Le bilinguisme canadien’ voilà un sujet qui est loin d’être nouveau, mais encore tellement d’actualité. C’est à croire qu’il le sera éternellement.

D’après la définition officielle, le bilinguisme veut dire « qui possède deux langues différentes », c’est-à-dire deux langues à part égale et non pas LA langue anglaise et une présence francophone.
Oui, le bilinguisme coûte cher comme nous le répète sans cesse le chef allianciste Stephen Harper, mais il en vaut la peine et le fédéral a le mandat de le respecter. Nous avons donc droit à une pleine reconnaissance avec des droits égaux malgré que nous soyons moins nombreux, surtout que nous pouvons dire que les francophones n’ont pas donné leur place quant à la construction et le développement du Canada, ce qui est encore le cas aujourd’hui.

Voilà une brève description de ce qui se « brasse » au niveau de la francophonie ontarienne. Après l’éducation, le patrimoine et la santé, voici qu’un nouveau cas de défense de la francophonie vient de voir le jour dans la région de la Huronie où une communauté francophone décide d’aller jusqu’au bout et d’amener Industrie Canada en Cour supérieure de l’Ontario pour une situation de non-respect de services francophones dans le domaine, cette fois-ci, du développement économique.

Cette nouvelle cause sera défendue par Me Ronald Caza, celui-là même qui a défendu la cause de l’hôpital Montfort. Depuis cinq ans, le Centre d’avancement et de leadership en développement économique communautaire de la Huronie (CALDECH), organisme sans but lucratif de la région de Simcoe, essaie désespérément de faire comprendre à Industrie Canada que ce dernier ne fournit pas aux francophones de la région de Simcoe les outils adéquats de développement économique communautaire.
Industrie Canada finance à travers le Canada un réseau de SADC (Sociétés d’aide au développement des collectivités) à raison de 250 000$ par année par SADC. Ces centres sont obligés, de par la loi, d’offrir des services de qualité égale dans les deux langues officielles. Ce serait loin d’être le cas au SADC de Simcoe, affirme le président-directeur général de CALDECH, Raymond Des Rochers.
Depuis la dernière plainte de l’organisme à la Commissaire aux langues officielles en 2000, Industrie Canada a, en effet, réussi à embaucher deux francophones à cette SADC (North Simcoe Community Futures). Mais, depuis ce temps, les deux francophones ne travaillent sur aucun projet dans la communauté francophone, ce qui fait donc croire que les ressources attribuées aux francophones desservent seulement les anglophones.

Mais desservir la communauté francophone ne veut pas seulement dire avoir un employé bilingue, mais bien d’avoir une institution qui puisse offrir des services en français, connaître les communautés francophones et aussi comprendre la culture francophone, explique Raymond Des Rochers.
La CALDECH offre ce type de service et gère 50 projets tant dans le secteur privé que public. Elle a donc fait ses preuves auprès de la communauté francophone et c’est pourquoi elle croit que lui offrir un financement stable pour offrir ce service en français serait beaucoup plus rentable pour le gouvernement que de le donner à la SADC qui, en effet, ne dessert pas la communauté francophone comme elle devrait le faire.

Cette communauté essaie de freiner l’assimilation et de préserver sa langue et sa culture. L’avocat de la CALDECH, Me Ronald Caza, affirme donc que dans la présente situation Industrie Canada a une obligation constitutionnelle de respecter et de protéger les minorités linguistiques, ce qu’il ne fait pas. La cause sera entendue dès le 13 janvier 2004 devant la Cour supérieure de l’Ontario.
La CALDECH fait présentement une campagne de financement avec un objectif de 100 000$ pour pouvoir poursuivre leur démarche. Si vous êtes intéressé à aider la cause communiquez à caldech@csolve.net. Bien sûr que ce n’est pas tout le monde qui peut soutenir la cause de façon monétaire, mais le plus beau moyen pour soutenir la défense des communautés francophones restera toujours de garder sa colonne verbale en parlant toujours en français et en s’affichant le plus possible en tant que francophone.

*Félix Bussières est agent de développement à l’Union des cultivateurs franco-ontariens.

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