Volume 26 Numéro 18 Le 20 mai 2009

La mondialisation et les mauvais changements

Par Denis F. Bourdeau, président, L'Union des cultivateurs franco-ontariens


L’éternel mouvement d’attaquer et de vouloir démanteler les institutions agricoles au nom de la mondialisation est en parfaite santé. Et il va bon train et pas juste en Amérique du Nord, mais partout au monde, comme en témoignait feuilleton « World Agriculture ».

Ça se passe en Australie, où les agriculteurs s’étaient doté d’une commission de mise en marché du blé ? Australian Wheat Board (AWB) ? afin de faire la mise en marché du blé dans au-delà de 124 pays, un peu comme notre Commission canadienne du blé.

C’est présentement la première année de mise en marché du blé depuis que l’AWB a été « scrappée », pour emprunter le jargon australien. L’AWB a été remplacée par un système compétitif de 22 exportateurs licenciés.

D’après moi, 22 nouveaux obstacles se sont interposés entre le consommateur et le producteur. Comme de raison, ces 22 nouveaux riches, ont dès le départ déplorer le système de transport des grains par voie ferrée et exiger l’investissement de 2 milliards de dollars afin de l’améliorer. Pourtant, l’AWB faisait toute la mise en marché du blé australien en se contentant du réseau existant sans demander de subventions.

Preuve que les agriculteurs « sont dont pas plaignards » et se contentent tellement de peu’

Eh bien! En conséquence, le carnet de commandes des clients en Indonésie, le voisin de l’Australie, en Corée et ailleurs, n’a pu être rempli par l’Australie mais plutôt par son concurrent, les États-Unis’ Alors, pour cette raison, le prix du blé australien a baissé de beaucoup et même en bas du prix du blé américain, phénomène inhabituel en Asie.

En conclusion, l’agriculteur est grand perdant, puisqu’il devra se contenter de beaucoup moins cher pour sa tonne de blé. Le gouvernement est perdant, puisqu’il devra débourser des milliards pour les infrastructures et le consommateur asiatique est perdant puisqu’il paie plus cher pour le blé américain en raison du transport plus long. Et tout le monde est perdant quand on transporte une tonne de blé sur 16 000 km plutôt que de l’acheter de son voisin.

Encore une erreur environnementale produisant des émissions de carbone complètement inutiles. Alors, qui bénéficie vraiment du démantèlement de l’Australian Wheat Board?

Changer pour changer? Non merci!
Au cours des dernières réunions annuelles, rencontres de coopératives et autres auxquelles j’ai eu le bonheur d’assister, un thème revient toujours en ces temps de crise économique : le changement.

On nous dit que pour prospérer, on doit changer. Que toute organisation progressiste doit être ouverte au changement, que le succès d’une entreprise se mesure par la facilité aux changements. Et, à écouter certains, tout ce qui existe déjà est désuet et doit être changé « au plus sacrant! ».

C’est vrai que les temps sont plus difficiles pour certains, mais est-ce que ceux qui ont peu changé en sont punis’

Je n’en suis par sûr. Laissez-moi vous donner un exemple :

La première question posée par les économistes, les financiers et les politiciens lorsqu’ils furent frappés par cette crise et la faillite de nombreuses banques et groupes d’assureurs a été: Qu’est-ce qui a bien pu causer ce marasme? On a immédiatement blâmé les changements demandés par le président Clinton avec la philosophie « d’une maison pour chaque famille », comme ayant amené des changements par Freddie Mac qui garantit les prêts hypothécaires. Les banquiers auraient changé leurs critères d’emprunt hypothécaire, en ne demandant plus aucun acompte, puisqu’il croyait que l’augmentation inflationniste des valeurs mobilières prendrait soin de l’équité.

À bien y penser, je conclus que le changement est une des causes de la présente crise économique et que si les changements mentionnés plus haut n’avaient pas eu lieu, la crise n’existerait pas, moins de monde se seraient enrichis trop vite et moins de familles auraient perdu leurs emplois et leurs maisons.

Quand on prend l’argent du contribuable et on la donne à coup de billions (mille milliards) aux banques et aux manufacturiers, on prend aux pauvres pour donner aux riches’ pas très noble comme principe!

L’autre jour, on m’a pointé du doigt en disant que je n’étais pas apte aux changements puisque je travaillais toujours la terre qui m’a vu naître, ainsi que naître mon père, mon grand-père et mon arrière-grand-père? en plus des 40 années passées avec la même conjointe, Hélène.
Même si ce fut dit avec humour, j’avoue que je ne l’ai pas trouvé drôle? et je ne pouvais que répliquer que c’était absolument erroné comme analyse.

Certains ne réalisent pas les changements exigés afin de garder une ferme aussi longtemps dans la modernité et que dire des changements d’habitude et toute l’adaptation nécessaire pour garder la flamme aussi longtemps.

Et je me rappelle, comme si c’était hier, le seul conseil de mon regretté père au sujet du mariage: « Mon fils, si tu veux que ça aille bien dans ton couple, assez souvent tu devras mettre de l’eau dans ton vin ».

C’était une métaphore puisque nous étions tous « Lacordaire ». Mais, après 40 ans, je dois avouer qu’il avait raison et que parfois il n’y avait que de l’eau dans mon verre? d’eau.

Le succès est de faire des changements oui, mais pas n’importe lesquels, les bons!

Bons changements!

Denis

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