Le 3 novembre 2004

La municipalité d’Alfred et Plantagenet: Appelée à devenir l’oiseau rare des ornithologues

Par Chantal Quirion


L’Érismature rousse, un petit canard roux à bec bleu, est l’une des spécialités de la lagune d’Alfred. Photo courtoisie de la Société de la nature de Vankleek Hill.

Que les résidants des environs d’Alfred ne s’étonnent pas à la vue de touristes armés de lunettes d’approche et confortablement chaussés arborer la région. Ils risquent d’être de plus en plus nombreux. Un nouveau circuit ornithologique dont on compte mettre les bases en place dès le printemps prochain, risque fort d’attirer de nombreux observateurs d’oiseaux.

C’est avec joie que le Conseil d’intendance environnementale de Prescott et Russell accueillait tout récemment, la décision du Conseil municipal d’Alfred et Plantagenet de souscrire à ce projet. « Nous avons présenté cette idée à quelques reprises dans le passé, mentionne la coordonnatrice du Conseil d’intendance, Suzanne Lafrance. Il s’agit, précise-t-elle, de munir la lagune d’Alfred des infrastructures nécessaires à l’observation des oiseaux, de profiter de celles déjà existantes à la Baie des Atocas et de promouvoir trois sites en tant que circuit ornithologique. Cette fois-ci, les réactions des élus municipaux ont été très enthousiastes ». La tourbière d’Alfred, la lagune d’Alfred ainsi que la Baie des atocas ont été identifiées comme composantes du circuit.

Le conseiller municipal Benoît Lamarche affirme que l’ensemble du Conseil a réagi très favorablement à cette proposition de partenariat qui a fait l’objet d’un enthousiasme unanime.

M. Lamarche raconte avoir été très impressionné lors d’une visite guidée à la lagune d’Alfred l’été dernier, laquelle lui a permis de réaliser l’ampleur de la richesse de ce patrimoine naturel. Suite à cette activité organisée par D’une tourbière à l’autre et le Fonds pour les habitats humides de l’Ontario, le conseiller Lamarche livra ses impressions à ses collègues dont le maire Jean-Yves Lalonde, qui se montra très intéressé par le potentiel touristique de la lagune municipale. C’est ce qui allait ouvrir la porte à la proposition du Conseil d’intendance environnementale, dossier pour lequel André Boudreault conseiller municipal (A-P) et membre du Conseil d’intendance, a déployé beaucoup d’ardeur.

Comme le souligne Mme Lafrance, l’ornithologie est un passe-temps qui fait de plus en plus d’adeptes. Regrouper les sites en un circuit et les doter d’infrastructures qui les rendent plus praticables incitera davantage les ornithologues à venir dans les Comtés de Prescott et Russell. « C’est un projet qui a un grand potentiel en terme de retombées économiques, dit-elle. Les gens vont dépenser dans la région, ils vont faire le plein d’essence, s’arrêter au dépanneur et au restaurant et probablement qu’ils vont être tentés de rester plus d’une journée pour profiter pleinement du circuit ».

Selon Statistique Canada, seulement au Québec, on estime à plus d’un million le nombre d’observateurs d’oiseaux, un chiffre qui serait légèrement plus élevé en Ontario. Aux États-Unis, selon un article paru dans le journal La Presse en mai dernier, ils sont quarante-six millions de ces amateurs qui ont dépensé en 2003, la somme faramineuse de quelque 32 milliards de dollars lors d’activités reliées à ce loisir.

Un circuit très riche

Les sites du circuit proposé dans Alfred-Plantagenet sont très réputés pour la richesse de leur faune. La lagune municipale d’Alfred jouit notamment d’une grande notoriété auprès des ornithologues. Répertoriée dans le « Bird’s Watcher », comme l’un des dix meilleurs sites d’observation de l’Est du Canada, elle attire annuellement de nombreux amateurs malgré le fait qu’il faut obtenir une autorisation pour y pénétrer.

« Une partie de notre travail sera donc de faciliter l’accès aux sites, soutient Suzanne Lafrance. Un comité embryonnaire formé des différents partenaires aura donc comme mission notamment, d’arriver à une entente avec la Municipalité. La possibilité d’émettre une passe annuelle pourrait être une solution, croit Mme Lafrance.

À ceci s’ajoutent les travaux d’aménagement qui sont prévus au cours de l’été. Pour la première saison, l’érection de tours d’observation figure au rang des priorités. La coordonnatrice du Conseil d’intendance prévoit que des améliorations pourront être apportées au circuit au fil des années.

À ce jour, le Conseil d’intendance de Prescott et Russell compte quatre partenaires pour mener à bien ce projet, soit Canards Illimités Canada, D’une tourbière à l’autre, le Fonds pour les Habitats humides de l’Ontario et la Municipalité d’Alfred et Plantagenet. L’une des premières tâches du comité sera d’intéresser de nouveaux partenaires.

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[Photo: CanardRoux]

Particularités ornithologiques du circuit

La lagune d’Alfred qui s’étend sur quarante-quatre acres de terrain est riche en oiseaux avec 110 espèces répertoriées. Les spécialités de la lagune d’Alfred sont l’Érismature rousse, un petit canard roux avec le bec bleu, et le Phalarope de Wilson, un oiseau de rivage aux m’urs inversées. Le mâle de ce dernier oiseau est en effet peu coloré et que c’est lui qui couve les ?ufs, pendant que la femelle au plumage chatoyant s’amuse!

La tourbière d’Alfred compte 95 espèces d’oiseaux sur une superficie de 10 400 acres dont maintenant 90% du territoire est protégé. Elle est considérée comme l’une des plus importantes tourbières au Canada.

L’espèce caractéristique de la tourbière d’Alfred est la Paruline à couronne rousse, la race jaune « hypochrysea ». Cette espèce ne se retrouve nul part ailleurs en Ontario. Elle niche près du centre de la tourbière. Au Québec, des études ont démontré qu’on retrouve cette espèce seulement dans des tourbières naturelles de haute qualité. Elle disparaît dans les tourbières dégradées par l’exploitation de la tourbe. Les autres espèces uniques à la tourbière sont le Bruant de Lincoln et la Grue du Canada (Sandhill Crane).

À la Baie des Atocas, on peut observer de nombreuses variétés de sauvagine qui utilisent ce territoire pour la reproduction. Notamment, la sarcelle d’hiver et la sarcelle à ailes bleues, les canards colvert, branchu, pilet, chipeau, souchet et l’Érismature rousse.

Le site qui s’étend sur 1 800 acres de terrain comprend près de 250 baissières qui, restaurées récemment attireront de plus en plus d’espèces, à mesure que la flore se rebâtira. On y retrouve le merle bleu (Sialia sialis) en abondance qui apprécie les nichoirs construits à son intention.

Source: Jacques Bouvier, Fonds pour les habitats humides de l’Ontario.

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