Le 2 juillet 2003

La politique retarderait l’ouverture des frontières malgré le rapport élogieux des experts internationaux

Par Pierre-Alain Blais


Un rapport d’experts internationaux examinant les procédures d’enquête et devant proposer des changements aux politiques canadiennes en matière de gestion des risques d’encéphalopathie spongiforme bovine (ESB) fait l’éloge de la rigueur scientifique et technique avec laquelle les Canadiens ont réagit à leur premier et unique cas d’ESB indigène.

On peut lire dans le rapport que le Comité a été impressionné par la qualité du travail fait par les autorités canadiennes confrontées à ce problème majeur: « L’équipe est très impressionnée par la vaste portée, le niveau d’analyse et la rigueur de l’enquête menée à ce jour. En effet, dans un laps de temps très court, les experts canadiens ont recueilli et évalué un volume de données supérieur à celui recueilli dans la plupart des pays touchés par l’ESB. Ce fait témoigne de la compétence, de la capacité et de la diligence des autorités canadiennes. »

Science -vs- politique

Le rapport, commandé par l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) à un comité de trois experts internationaux reconnus, aurait été largement distribué parmi les nombreux partenaires commerciaux de l’industrie bovine canadienne, sans que cela ne précipite la levée des embargos en vigueur contre les produits carnés canadiens depuis le 20 mai dernier.

Presqu’en même temps que ledit rapport était distribué, le gouvernement japonais déclarait vouloir exiger que le boeuf qu’il achète des États-Unis (son principal fournisseur) soit garanti de ne provenir que des É-U uniquement. Une exigence qui serait difficile à satisfaire, s’il en est une, dans le « marché intégré du boeuf nord-américain », et qui aurait fait bondir le ministre canadien de l’Agriculture Lyle Vanclief en visite officielle en Californie. Il a rappelé à une délégation japonaise que le japon avait lui-même connu plus de cinq cas d’ESB dans le passé et qu’on ne devait pas exiger plus d’assurances que ce que la communauté internationale exigeait actuellement.

Plus tard, en conférence téléphonique, Lyle Vanclief a expliqué que le Canada était prêt à aller aussi loin qu’exigeaient les règles de preuve de l’Office international des épizootie (OIE), l’organisme international reconnu pour arbitrer les cas d’épidémie dans les élevages domestiques. « Le rapport des experts démontre que le Canada est allé aussi loin qu’il était techniquement faisable de le faire, et nous respectons sûrement ce que l’OIE exige dans des cas similaires », a ajouté un Vanclief frustré de constater que le problème n’est pas de nature scientifique. («No one is quarrelling with the science, no one is quarrelling with the actions that we have taken and the further actions that we will be taking, we have said that we will certainly meet all the requirements of OIE.»)
D’ailleurs, une forte « délégation technique » du gouvernement japonais, dépêchée au Canada pour examiner sous toutes ses coutures l’enquête, les lieux et les circonstances entourant la découverte d’un cas d’ESB en Alberta. Le vétérinaire en chef de l’ACIA, le Dr Brians Evans, a révélé que les Japonais avaient eu accès à absolument tout ce qu’ils souhaitaient examiner et qu’ils étaient repartis sans encombre faire rapport à leurs autorités compétentes.

Ajustement aux normes canadiennes

Le ministre de l’Agroalimentaire canadien, Lyle Vanclief, a confirmé que le Canada acceptait le rapport des experts et songeait à mettre en application bon nombre des recommandations du comité d’experts, dans l’espoir de rendre le système encore moins vulnérable à l’apparition de nouveaux cas d’encéphalopathie.

Il est notamment question dans le rapport des experts de renforcir les règles concernant la manutention et la disposition de ce qui est désigné dans le jargon du milieu comme étant les « matériels à risques spécifiés  » (Specified Risk Materials–SRM), c’est-à-dire les tissus de bovins comme le cerveau, les yeux et les ganglions nerveux que la recherche a démontré comme pouvant abriter les prions responsables de l’ESB.

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