Volume 28 Numéro 07 Le 18 novembre 2010

La potasse de la Saskatchewan restera canadienne…

Par Commentaire de Sylvain Charlebois, Université de Guelph


BHP Billiton a fait savoir en début de semaine qu’elle ne présenterait pas d’offre bonifiée pour prendre le contrôle de Potash Corp.

BHP Billiton y croyait. Durant trois mois, l’entreprise a dépensé 350 millions CAN$ pour l’achat de Potash Corporation de la Saskatchewan (PCS), mais en vain…

Mais que réserve maintenant l’avenir pour l’industrie de la potasse? La potasse, un minerai pour ainsi dire méconnu pour plusieurs, mais combien essentiel pour la fabrication de fertilisants agricoles, a fait la manchette pendant plusieurs semaines. La une de plusieurs quotidiens américains, des discours sur Bay Street, des campagnes de relations publiques de toute part, et encore.

La valeur de la transaction frôlait les 40 milliards $, un record pour notre pays. Certains croyaient que la transaction offrait au Canada une opportunité inouïe, mais une grande majorité, dont le gouvernement du Québec, s’opposait à l’offre hostile de BHP Billiton.

En fin de compte, le gouvernement du Canada a donné raison aux pourfendeurs de la transaction, jugeant que l’achat de PCS n’offrait aucun « bénéfice net » au Canada à long terme. Investissement Canada estime que la potasse est une ressource stratégique pour le pays. Le rôle du Canada pour la mosaïque agricole du globe et son rapport stratégique avec d’autres états changeront à tout jamais.

Il faut d’abord admettre que l’offre de BHP Billiton a mis la lumière sur un malaise profond au Canada: notre incapacité d’évaluer avec astuce l’impact économique réel des achats hostiles provenant de l’étranger de façon transparente et équitable crève les yeux.

À part le gouvernement conservateur à Ottawa, personne ne semble bien saisir le sens des critères d’Investissement Canada et le processus derrière l’évaluation systématique des transactions provenant de l’étranger. Le manque de cohérence à cet égard est potentiellement plus dommageable quoeun « non » impulsif à BHP Billiton, surtout dans le cas doeune organisation intimement liée au domaine de l’agroalimentaire.

Surtout, l’étendue de l’évaluation doit outrepasser les frontières de la firme sujette à l’acquisition.

En agroalimentaire, les systèmes de distribution sont parfois fort complexes.

L’importance de Canpotex, l’oligopole mandaté par PCS afin d’obtenir le contrôle du marché nord-américain de la potasse par entente formelle avec deux autres minières, est réel.

Plus que jamais, plusieurs se questionnent sur la pertinence de ce « cartel de la potasse ». L’offre de BHP Billiton a singulièrement déclenché un débat sur l’avenir de Canpotex.

Plusieurs s’entendent que loeun des trois partenaires qui forment Canpotex (Agrium, Mosaic et PCS) disparaitra d’ici quelques années. Afin de bien formuler de nouvelles politiques concernant la commercialisation de la potasse à l’étranger, un recensement complet sur les effets plausibles du démantèlement de Canpotex est nécessaire, plus que jamais.

Parallèlement, la décision-surprise, mais politiquement justifiée, du ministre Tony Clement de bloquer la transaction en a surpris plusieurs, purement et simplement. Les facteurs économiques ont clairement été évacués de l’équation finale. Nous sommes dans l’obligation en tant que pays de bien ficeler nos règles afin de permettre à qui que ce soit d’anticiper la réaction du gouvernement canadien.

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