Élevage

La production laitière au Danemark : un portrait d’efficacité


L'allée principale dans une ferme au Danemark. Photo Evelyn Levac.

Par Evelyn Levac
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Reportage spécial

Cette année, le congrès annuel des producteurs laitiers européens (European Dairy Farmers -EDF) a eu lieu du 25 au 27 juin dans la ville de Kolding située au sud du Danemark sous le thème de l’efficacité au sein des entreprises agricoles. Au cours de la semaine, 370 participants provenant de 16 pays de l’Union européenne et de 3 pays extérieurs (dont le Canada) ont pris part à des ateliers et des conférences sur une variété de sujets touchant l’industrie laitière actuellement. L’événement, qui est à la base une analyse des chiffres de production recueillis à travers les fermes membres d’EDF, a pour but d’instruire et d’inspirer tout en permettant le réseautage entre les producteurs et les experts au sein de l’industrie. De plus, chaque participant a eu la chance de visiter au moins quatre fermes dans la région pour en apprendre davantage sur la production laitière dans ce pays scandinave.

Le Danemark a une population de 5,7 millions d’habitants, mais produit assez de nourriture pour en nourrir 15 millions. Les usines de transformation reçoivent en moyenne l’équivalent de 940 litres de lait par Danois chaque année, ce qui est plus du double de la production nécessaire pour combler la demande nationale. Le pays exporte donc le deux tiers de ses produits laitiers. La tombée officielle du système de quota européen en 2015 a provoqué l’expansion de la production laitière au Danemark avec l’agrandissement des troupeaux qui comptent maintenant en moyenne 207 vaches en lactation et un niveau de production par vache qui a augmenté de 5,6% soit, 624 kg de lait par vache. C’est d’ailleurs les fermes du Danemark qui détiennent la plus haute moyenne de production par vache comparativement aux autres branches nationales de l’EDF soit, 11 286 kg ECM avec 4,16% de gras et 3,55% de protéine. Cette tendance d’agrandissement n’est pas simplement une coïncidence, mais bien une nécessité pour les producteurs laitiers danois puisque leur coût de production de 4 377 euros par vache est parmi les plus élevés en Europe. L’expansion devient donc une stratégie de dilution des coûts.

Afin d’atteindre le niveau d’efficacité de production optimale, les producteurs danois ont grandement investi dans leurs entreprises ces dernières années de sorte que leur endettement par vache s’élève à 12 600 euros. Le prix du lait payé aux producteurs par les usines de transformation en 2018, était de 35,7 cennes euros par kilogramme de lait ECM tandis que le prix requis par les producteurs danois afin d’atteindre le seuil de la rentabilité pour la même année était de 32,7 cennes euros. Ce seuil correspond presque exactement au seuil de la rentabilité moyenne des autres pays de l’EDF. Donc, malgré l’importance des coûts de production et le niveau d’endettement élevé, les producteurs s’en sortent relativement bien.

Toutefois, bien que le prix des terres agricoles soit assez élevé comparé au reste de l’Europe avec 579 euros pour la location d’un hectare de terrain, c’est surtout le coût de la main-d’œuvre qui représente la plus grosse dépense sur les fermes danoises. En moyenne, un employé reçoit 23,40 euros de salaire par heure de travail. De plus, selon les règles des syndicats pour les travailleurs danois, un employé ne peut pas travailler plus de 35 heures par semaine. Les producteurs sont tenus de respecter ces règlements sous peine d’amende ou même d’emprisonnement. Malgré ces contraintes, l’utilisation efficace des ressources disponibles fait en sorte que les fermes laitières danoises sont les plus productives en Europe avec 367 kg de lait produit par heure travaillée.

Le Danemark jouit d’un climat propice à la production laitière : 97% des terres agricoles sont arables dont 34% sont dédiées à la culture de fourrage. Le maïs est aussi largement cultivé et incorporé dans la ration des vaches sous forme d’ensilage et de grains. La productivité des terres est excellente. Par contre, malgré une quantité de précipitations annuelle adéquate, ces terres majoritairement sablonneuses requièrent souvent de l’irrigation durant les mois estivaux à cause de la rapidité du drainage et du vent qui ne semble jamais s’essouffler. La grande majorité des fermes laitières danoises font faire leurs travaux aux champs à forfait dans le but de diminuer leurs coûts d’entretien, de machinerie et de main-d’œuvre.

Pour ce qui est de la nutrition des troupeaux laitiers, les producteurs danois mettent beaucoup d’emphase sur l’efficience alimentaire. Grâce à une bonne nutrition et une bonne génétique, ils atteignent une excellente production sans augmenter le niveau de concentrés dans la ration. En moyenne, les vaches reçoivent 354 g de concentrés pour chaque kilogramme de lait produit ce qui est un peu plus élevé que la moyenne européenne, mais comparable aux autres troupeaux de haute production. Les producteurs danois adoptent de plus en plus la méthode de la ration compacte. Cette méthode implique un long processus de brassage des ingrédients dans un mélangeur à vis verticale et l’addition d’une quantité importante d’eau. Le mélange doit ensuite reposer pour quelques heures afin d’imbiber l’eau excédentaire. Ce processus produit un mélange extrêmement homogène qui empêche toute forme de triage de la ration ce qui est assez efficace. Toutefois, un manque de ventilation dans l’étable ou une journée plus chaude que la normale peuvent causer des problèmes d’échauffement de la ration ce qui peut diminuer le taux de consommation.

Les producteurs du Danemark adoptent de plus en plus la méthode de la ration compacte. Photo Evelyn Levac

Malgré l’absence d’un système de la gestion de l’offre au Danemark, l’industrie laitière est unie par une multitude de coopératives qui appartiennent en grande partie aux producteurs laitiers eux-mêmes. Chacune de ces coopératives offre des services spécifiques soit pour la vente de lait, des abattoirs, la génétique, des experts-conseils, etc. En tant qu’actionnaires, les producteurs ont toujours leur mot à dire dans le processus de décisions et influencent le fonctionnement des organisations. De plus, les réseaux associés à ces coopératives facilitent le partage de données et d’informations à travers l’industrie et entre les producteurs. Par contre, vu l’ampleur des coopératives liées à l’industrie laitière danoise, elles ont presque le monopole absolu sur l’industrie ce qui oblige tous les producteurs à y adhérer.

Bref, le Danemark se démarque particulièrement pour sa haute production et l’efficacité de sa main-d’œuvre. Vu l’importance des coûts de production, l’efficacité sur tous les aspects de l’entreprise est réellement l’unique chance de survie des fermes laitières danoises. L’utilisation efficace des ressources disponibles est définitivement la clé de leur succès.   

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