Volume 26 Numéro 09 Le 17 décembre 2008

La saison d’hiver aux abords du lac Cobb

Par Jean-Marie Séguin, collaboration spéciale


Amédé Viau sortant des billots de bois. Photo courtoisie Centenaire Saint-Pascal-Baylon, Ont.

NDLR: Dans le cadre du centenaire du village de Saint-Pascal-Baylon, dans l’Est ontarien, Agricom publie une cinquième page d’histoire rurale qui sera susceptible d’intéresser tous nos lecteurs Canadiens-français. Ces extraits ont déjà été publiés dans l’excellent ouvrage préparé expressément pour le centenaire de cette paroisse.

Au début du 20e siècle, les travaux sur la ferme sont ardus. Pratiquement tout est fait à la main. Pour le fermier, son attelage (team) de chevaux est son meilleur ami. Ils sont serviables pour sortir le bois, faire les semis, les récoltes et les labours.

Sur la plupart des fermes, après la fête des Rois, soit le 6 janvier, on fait la boucherie d’un boeuf. Une moitié est débitée en gros morceaux, mis dans des sacs de coton blanc pour être enfouis dans un carré d’avoine, ce qui le garde frais jusqu’au mois de mai. L’autre moitié est habituellement vendue à des particuliers.

Pendant les longs mois d’hiver, lorsque le temps le permet, les fermiers se rendent à leurs boisés. Ils sortent le bois qui servira à chauffer la maison et la cabane à sucre. Les beaux billots de frêne servent à construire des plates-formes de charrette et des manches de haches. Les billots d’épinette et de sapin sont gardés pour faire des madriers de construction.

Les billots d’orme serviront à construire le fond des traîneaux et les «échelettes» de charrette. Les billots de pin rouge sont réservés pour le bois de finition, les meubles et les jouets. Ils garderont les plus beaux billots de merisier, de chêne et d’érable pour les planchers de bois franc.

Pour chauffer les maisons ils utilisent surtout les restants de toutes ces variétés à cause du potentiel élevé à donner une bonne chaleur.

Les billots sont emmenés au moulin à scie le plus près. Au nord du village, M. Emery Lalonde a un moulin à scie au coin des chemins Baseline et du Lac. Au sud, M. Baker a son moulin au coin de la 9e ligne et de la route no.8 à Curran.

Le bois de chauffage est scié en 16 pouces, fendu en quartiers et mis en tas pendant les journées froides de février. Pour certains colons, le bois de chauffage est une source supplémentaire de revenus car ils en vendent à l’école du rang, à l’église, aux fromageries ainsi qu’à des résidences du village.

Pressage du foin l’hiver

M. Patrick Lalonde et M. Ubald Ouellette possèdent chacun une grosse presse à foin et au cours de l’hiver, ils vont de ferme en ferme offrir leurs services. Ces grosses presses peuvent faire des ballots de foin de plus de 100 lbs attachés avec de la broche.

Au début, les presses sont actionnées par des chevaux et peuvent presser 7 à 9 tonnes de foin par jour. Avec la venue des moteurs à essence, la presse de M. Patrick Lalonde fait jusqu’à 20 tonnes de foin par jour. Cinq à six hommes sont requis pour faire fonctionner cette machine. Deux hommes montent sur le carré de foin, deux hommes alimentent la presse et deux hommes attachent et placent les ballots.

Ces ballots de foin sont emmenés à la gare de Bourget pour être expédiés à la ville d’Ottawa afin de nourrir les chevaux.

Criblage des grains

C’est aussi à ce moment de l’année que l’on crible les grains tel que l’avoine, l’orge, le blé ainsi que le trèfle et le mil. La paroisse de Saint-Pascal-Baylon possède un crible. Il est situé derrière l’église. Tous les agriculteurs du village y ont accès.

Ce bâtiment en bois a été construit par M. Midas Paquette dont il est le responsable. M. Jean Lalonde lui succèdera. Les fermiers apportent leurs grains dans des sacs de 100 lbs. L’avoine passe dans le crible à travers des passes que l’on appelle «passe à Moreau » pour en faire un plus beau grain.

Le crible est actionné par un moteur de cinq forces. Lorsque la semence est mise en sac, M. Paquette en prend un échantillon et l’envoie à Agriculture Canada pour en connaître le taux de germination et son classement.

Avec l’arrivée des semences certifiées vendues par les coopératives, les fermiers délaissent le crible. La paroisse décide de le vendre dans les années 50. M. René Tassé en fait l’acquisition et le déménage sur sa ferme pour en faire un garage.

Les activités d’hiver

L’hiver sera consacré à planifier la nouvelle saison de semences et les travaux dans les champs. Sachant qu’une grande partie de la population est désormais préoccupée par les activités agricoles qui pourraient affecter la nature et la qualité de vie, c’est le meilleur temps de l’année pour

Les travaux dans les champs recommenceront à la fin d’avril pour se terminer avec les gelées à la fin de l’automne. Pendant 9 à 10 mois, le fermier vivra encore aux dépens de Dame Nature, de ses caprices et de ses bienfaits.

*Jean-Marie Séguin est agriculteur de la paroisse Saint-Pascal-Baylon, dans l’Est ontarien.

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