Le 15 octobre 2003

La sécurité des pesticides inquiète la commissaire fédérale à l’environnement


Dans son troisième rapport annuel, la commissaire à l’environnement et au développement durable, Johanne Gélinas, exprime des inquiétudes au sujet de l’écart entre les engagements du gouvernement fédéral en matière d’environnement et les mesures qu’il prend concrètement pour les respecter. Il y a un écart entre les mesures annoncées et les mesures prises réellement, notamment en ce qui a trait à la question des pesticides, qu’elle dit « des plus alarmantes ».

Les mesures concrètes que prend le gouvernement, ne seraient pas à la hauteur de ses engagements en matière de protection de l’environnement. La question des pesticides, en outre, soulève des inquiétudes, car le gouvernement fédéral n’aurait pas réussi à veiller à ce que les pesticides actuellement disponibles sur le marché canadien soient sécuritaires et accessibles, soutient la commissaire.

« Malgré des progrès dans certains domaines, les lacunes de la gestion fédérale des pesticides soulèvent des questions au sujet de la sécurité de ces produits, indique la commissaire à l’environnement et au développement durable, Johanne Gélinas, dans son rapport déposé le 7 octobre dernier à la Chambre des communes.

Il est urgent de prendre des mesures correctives en ce qui concerne la gestion des pesticides. Ces problèmes durent depuis plus de 15 ans. C’est une question qui touche la santé et cette situation est inacceptable », a déclaré Mme Gélinas. « L’utilisation des pesticides au Canada est-elle sécuritaire? Les Canadiens ont le droit d’obtenir de meilleures réponses que celles que le gouvernement fédéral peut actuellement leur fournir. »

Selon la commissaire, la plupart des anciens pesticides ne seraient pas évalués selon les normes actuelles. Plus de 405 matières actives de pesticides, contenus dans des milliers de produits commerciaux, doivent être réévalués d’ici 2006 afin de déterminer s’ils satisfont aux normes actuelles. Or, jusqu’à maintenant révèle la commissaire Gélinas, seulement 1,5% de ces pesticides ont été entièrement réévalués.

Ce qui inquiète davantage est le fait que tous ces pesticides réévalués ont finalement été retirés du marché ou ont fait l’objet de nouvelles restrictions d’utilisation. De plus, les fabricants cessent progressivement la production de certains vieux pesticides (11%). D’autres font l’objet de mesures, mais dans certains cas, la réévaluation a pris plus de 10 ans.

« Bien que ce soit la quatrième fois que nous soulevons la question de la réévaluation des anciens pesticides depuis 1988, le gouvernement fédéral ne peut toujours pas garantir que les anciens pesticides utilisés aujourd’hui sont sécuritaires », affirme Mme Gélinas. « Il est probable que certains anciens pesticides toujours sur le marché ne satisfont pas aux normes actuelles ».

La commissaire Gélinas a également constaté d’autres lacunes importantes au sujet de la gestion des pesticides:

· Les nouveaux pesticides ne sont pas entièrement évalués: 58% des nouveaux pesticides ont été homologués de façon temporaire, même s’il manquait une partie de l’information nécessaire à l’évaluation.

· Les utilisateurs n’ont pas accès aux nouveaux produits, peut-être plus sécuritaires, aussi rapidement qu’ils le devraient: le gouvernement ne respecte pas son propre objectif d’évaluer les pesticides dans des délais raisonnables.

· L’information sur le respect de la loi est incomplète: le gouvernement fédéral ne sait pas dans quelle mesure les utilisateurs suivent les règlements et le mode d’emploi figurant sur les étiquettes, ni à quel point ses mesures visant la conformité sont efficaces.

· Il n’y a pas encore d’information sur l’utilisation et les effets des pesticides: le gouvernement n’aurait pas encore les outils nécessaires pour surveiller l’utilisation et la présence de certains pesticides dans l’environnement et les aliments.

« Les pesticides sont conçus pour être toxiques et leur utilisation sécuritaire est mise en question. Des mesures correctives urgentes s’imposent et j’espère que cette fois-ci ce seront les bonnes », espère Mme Gélinas.

Selon la commissaire, l’utilisation des pesticides préoccupe de plus en plus les Canadiens. Il y a débat controversé sur la gestion des risques que pose l’utilisation de ces produits pour la santé et l’environnement. Un autre débat porte sur la nécessité d’avoir accès à de nouveaux outils, possiblement plus sécuritaires, pour contrôler les organismes nuisibles.

« Le gouvernement fédéral a plusieurs rôles cruciaux à jouer dans la gestion des pesticides: déterminer les pesticides qui peuvent être utilisés au Canada, veiller à assurer la conformité aux règlements qui régissent leur utilisation, faire de la recherche et suivre les programmes afin de comprendre les répercussions de l’utilisation des pesticides sur la santé et l’environnement », énumère Mme Gélinas.

La commissaire à l’environnement et au développement durable représente la section environnementale du Bureau du vérificateur général du Canada. Son mandat consiste à signaler au Parlement et aux Canadiens les enjeux importants en matière d’environnement et de développement durable en leur fournissant de l’information actuelle et pertinente sur les constatations découlant de ses travaux de vérification.

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