Volume 26 Numéro 11 Le 4 février 2009

La Station de recherche en agriculture de New Liskeard: Recherches sur le boeuf et les grandes cultures

Par Marc Dumont, collaborateur régional


N.D.L.R.: Voici la deuxième partie du dossier sur la Station de recherche en agriculture de New Liskeard portant sur les projets de recherche en grandes cultures.

Plus précisément, la recherche en agronomie porte sur l’adaptation de nouvelles variétés pour les grandes cultures comme les fourrages et les légumineuses.

Fourrages et légumineuses
Dernièrement, la Station étudie le galéga. Cette légumineuse, originaire des Balkans, a un contenu particulièrement élevé en protéines. La caractéristique la plus intéressante de cette plante est qu’elle se propage par rhizomes ce qui présente un avantage certain sur la luzerne. Cela fait deux ans qu’elle est étudiée pour déterminer sa résistance au froid et son niveau de rendement.

Le trèfle Kura, qui a aussi des rhizomes, est à l’essai également pour son rendement et sa résistance.

La fléole des prés (timothy) suscite beaucoup d’intérêt. On sait que cette plante contient du fructosane et il serait très avantageux d’obtenir une plante qui a une plus grande concentration de cette substance. Le fructosane est un sucre et fournirait une plus grande source d’énergie. On entrevoie déjà les possibilités d’obtenir de meilleurs résultats encore dans le projet du « B?uf eN’Or ».

Il y a même des applications pour les humains. C’est un sucre qui ne fait pas engraisser. De plus, c’est un pré-biotique: il stimule l’activité des bactéries dans les intestins. La recherche veut développer une variété de fléole qui contient plus de fructosane.

Le canola
Sans doute que la plante qui intéresse le plus la Station est le canola. Dans l’Ouest du pays où il s’en produit depuis longtemps, les agriculteurs épandent du soufre dans les champs de canola. Certains ont spéculé sur la possibilité que la croissance du canola cultivé ici pourrait être affectée par le manque de soufre.

Or, la recherche n’a rien trouvé qui pourrait indiquer qu’il y ait besoin d’ajouter du soufre pour une meilleure récolte de canola. Par contre, il se fait présentement de la recherche sur l’ajout de bore au sol. Une carence en bore affecte la floraison et il est à se demander jusqu’à quel point cela limite la croissance du canola.

Une autre préoccupation de la production du canola est qu’au moment des étés chauds, les graines éclatent et la qualité de l’huile se dégrade. C’est ce qui est arrivé en 1995. Alors quoi faire avec une récolte que les compagnies de margarine ne veulent pas acheter?

John Rowsell, chercheur principal de la Station, fait présentement des tests pour déterminer la valeur énergétique du canola. Cette plante en contient beaucoup et on peut facilement le brûler dans les installations existantes.

Le canola produit 28 mégajoules/kg ; tandis que le bois en produit de 16 à 18 et que le diesel, 36. Même que le mélanger avec du diesel rend la combustion plus facile. Présentement, produire le canola pour fin de combustion coûte environ ¾ du prix du diesel.

L’orge
La recherche sur l’orge pour la fabrication de la bière est très prometteuse. Le Nord de l’Ontario offre un environnement parfait pour cette céréale et les compagnies de bière sont très intéressées à la produire ici.

Mais il y a un hic. L’orge produite dans le Nord a un froment dont la teneur en protéines est trop élevée (18 à 12%) et il faudrait la baisser à 12%. Trop de protéines dans l’orge rendent la bière trop mousseuse et cette mousse ne part pas au bout de quelques minutes.

La solution: produire un grain plus gros, avec plus d’amidon et ainsi réduire le pourcentage de protéines. Jusqu’ici, la Station a récolté des graines pendant trois ans et il s’agit de déterminer si la grosseur des grains répond aux espérances.

L’avoine
Il y a aussi un engouement pour l’avoine. L’été dernier, le vice-président de Quaker Oats (Canada) a visité la région. Il y a même eu des gens de la maison mère de Chicago qui sont venus. Ce qui les intéresse, c’est de développer une industrie de l’avoine dans le Nord.

Ici, les terres coûtent moins chères et l’avoine d’ici est très peu touchées par les maladies. La Station s’afférera à produire une avoine mieux adaptée aux besoins de Quaker Oats. C’est que pour conserver son statut de produit santé cardiaque (Heart Healthy), Quaker Oats exige une avoine qui contient des caractéristiques spécifiques à la bonne teneur.

Le chanvre
Une autre surprise dans les projets de recherche de la Station est la recherche sur le chanvre. Ce n’est pas une fibre qui trouve facilement preneur parce qu’il n’y a pas d’entreprises en Ontario qui peuvent la rendre commercialement utilisable.

C’est plutôt l’huile et la farine qui intéresse le secteur de la transformation. La graine se vend 45¢ la livre et la Station en a déjà produit 2500 livres à l’acre.

Faites le calcul, cela en vaut la peine, vous verrez? Il faut dire qu’en moyenne la production est de 1000 lbs/acre. Même là, c’est une piste à explorer. Cependant, il s’agit de produire une variété qui aura une seule tige, une seule grappe et d’une hauteur uniforme.

Présentement il est beaucoup trop difficile de la récolter à grande échelle. L’avantage que nous avons est que plus le chanvre est cultivé dans une région nordique, moins il contient d’hallucinogènes (THC). Le chanvre est interdit aux États-Unis et le Canada peut exporter l’huile et la farine. Il se consomme comme huile dans les salades et c’est très santé.

Le boeuf
Si vous vous promenez près des installations de la Station, force est de remarquer l’importance de la recherche sur le boeuf. Présentement, on travaille sur la synchronisation de la production de l’estrogène des vaches afin qu’elles viennent toutes en chaleur en même temps. Cela se fait en implantant une hormone qui empêche l’ovulation de la vache.

Trois jours après avoir retiré l’hormone, elles ovulent. Alors, il devient rentable de faire venir l’inséminateur qui verra à inséminer chaque vache avec la semence qui lui convient pour l’amélioration de la progéniture pour une viande plus tendre, de meilleure qualité et une plus grande efficacité de l’alimentation. Tout cela peut se faire la même journée et c’est fini de tout le casse-tête de la gestion des taureaux.

La Station continue aussi la recherche sur le « B?uf eN’Or » (devenu le B?uf VitaliPré). Ce bovins dont la recherche se fait conjointement avec la Station de recherche de Kapuskasing et l’Université du Québec à Rouyn-Noranda, contient un niveau supérieur en Oméga 3. Ce bovin est élevé sans antibiotiques dans l’alimentation et il est sevré beaucoup plus tard. Il devrait pouvoir apparaître sur le marché sous peu. C’est à surveiller!

La paille
Une nouveauté cette année est la préoccupation de la paille. La Station a modifié la moissonneuse pour être en mesure de mesurer le poids de la paille. Celle-ci est devenue une commodité recherchée et elle prend de la valeur.

Il y a aussi que les agriculteurs sont devenus de plus en plus précis quant à la qualité de leurs sols. Ils veulent donc savoir exactement quels sont les nutriments qu’ils rejettent dans leurs champs. Cette recherche est une autre exclusivité de la Station de recherche de New Liskeard et cet hiver, elle modifiera une autre moissonneuse pour que la recherche puisse se poursuivre au campus du Collège de Kemptville.

Le peuplier hybride
Enfin, les habitués de la Station voient bien qu’il se fait de la recherche sur un tremble hybride. Il est facile de constater que la production de fibre dans le Nord pourrait être prometteuse.

Les arbres pourraient être produits à proximité des usines, les coûts de construction de chemin de bois seraient éliminés. Puis, il y a les crédits de carbone et la conversion de la biomasse en énergie. Mais présentement, c’est trop risqué de se lancer dans cette production à grande échelle. C’est justement ce que la Station veut évaluer: l’incidence de la maladie, du froid et des insectes sur cet arbre hybride.

Le prochain et dernier article sur la Station de recherche en agriculture de New Liskeard parlera des recherches surprenantes en horticulture.

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