Le 15 septembre 2004

La vie de réfugié de César Aimable

Par Chantal Quirion


César Aimable Habumugisha est le cinquième étudiant parrainé par le comité local d’entraide d’Alfred de l’Entraide universitaire mondiale du Canada à faire son entrée au Collège d’Alfred de l’Université de Guelph. Quelques jours après son arrivée, César a

Pour l’ensemble des Nord-Américains, fréquenter l’école est une évidence. Il en allait bien autrement pour César Aimable Habumugisha qui vient de faire son entrée au Collège d’Alfred de l’Université de Guelph. Sélectionné par l’Entraide universitaire mondiale du Canada (EUMC) en raison de son potentiel académique exceptionnel, de ses aptitudes à s’intégrer et pour l’incroyable détermination qui l’a mené jusque là, le jeune Rwandais de vingt-trois ans entame les premières pages d’une vie meilleure.

Jusqu’à l’âge de treize ans, César Aimable a connu une existence paisible, une belle enfance partagée entre ses camarades, l’école et sa famille. Au sein d’une petite communauté rurale du Rwanda, les jours s’écoulaient sereins et rien lui semble-t-il, ne laissait présager les événements qui allaient faire basculer sa vie, en pleine vacance de Pâques.

En 1994, le président rwandais Habyarimana Juvenal, un Hutu modéré, est assassiné. Dès lors la guerre civile éclate. Face au génocide perpétré par les extrémistes hutus, le Front Patriotique Rwandais (FPR), mouvement politique issu de la minorité tutsi, avance sur Kigali et finalement occupe l’ensemble du pays. Devant la progression du FPR la population fuit. C’est par milliers qu’on les retrouve sillonnant les forêts menant jusqu’au Congo (RDC), à la Tanzanie et au Burundi, pays qui accueilleront les premiers réfugiés.

Avec ses parents et quatre frères et trois s’urs, il entreprend cette longue marche au cours de laquelle ils ont à passer de longs moments dans les marécages entre le Burundi et le Rwanda. Plus de la moitié des membres de sa famille y contracteront la dysenterie et y perdront la vie. Les pluies abondantes et l’absence de médicaments coûtent la vie aux deux parents, à trois frères et une s’ur. Dorénavant orphelin, il continuera avec ses deux s’urs à avancer jusqu’à la frontière du Burundi où ils passeront deux mois. Il n’a alors que treize ans’

Au Burundi, il apprendra que sa tante est en Tanzanie. L’espoir lui fait reprendre la route dans cette direction. Il y retrouva sa tante et son oncle. Avec eux et des milliers d’autres réfugiés, il vécut deux ans dans un espace devenu village, et où les activités quotidiennes finissent par meubler le vide de l’exil.

En 1996, la Tanzanie soutient qu’elle n’est plus capable d’absorber le flux de ces arrivées toujours grandissantes et elle incite fortement les réfugiés à retourner chez eux. Ils sont 600 000 à repartir. Pour César Aimable, l’insécurité est grande. Il retourne dans son pays natal pour retrouver sa maison occupée. Il tentera en vain d’en revendiquer le droit d’y habiter ce qui lui vaudra d’être menacé à plusieurs reprises. Le climat est si tendu qu’en 1997 il cède à la pression et quitte son pays pour la deuxième et dernière fois.

Toujours à pied, il reprend la direction de la Tanzanie où la Croix-Rouge continue à soutenir les camps de réfugiés. En 1999, le gouvernement tanzanien décrète que les réfugiés doivent partir.
César accompagné de sa tante et de ses deux s’urs, se rendent alors au Malawi, dans le camp de réfugiés de Dzaleka. Là, ils obtiennent officiellement le statut de réfugiés. Contrairement aux conditions imposées en Tanzanie, il est autorisé à franchir l’enceinte du camp et fréquente même l’école secondaire du village où il obtiendra son diplôme. Il aimait beaucoup étudier l’histoire des civilisations occidentales.

En 2001, ses résultats académiques ne sont pas suffisants pour être autorisé à faire une demande d’admission à l’Université du Malawi. Il avoue que c’est en grande partie lié à la fatigue du long trajet de 6 kilomètres qu’il avait à parcourir à pied, soir et matin pour se rendre à l’école. Il ne se décourage pas pour autant et répète la dernière année d’études. Il augmente sa moyenne en sciences et en anglais et peut enfin soumettre sa candidature en 2002. Déception, il est refusé à nouveau. Cependant, il constate que n’étant pas résidant, il aurait eu à défrayer les coûts imposés aux étrangers, pour lui c’était hors de prix.
En 2003, il s’adresse à l’Entraide universitaire mondiale du Canada (EUMC), un organisme qui parraine des étudiants réfugiés. Au même moment, il s’inscrit à des cours par correspondance à l’Université de Cambridge. En juin dernier, il apprenait que le comité local d’entraide d’Alfred de l’EUMC était prêt à le parrainer. Joie, bonheur, soulagement! Enfin une porte s’ouvrait à lui!

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