Le 5 mai 2004

La viticulture se porte bien dans l’Est ontarien

Par Chantal Quirion


Samuel Gutknecht (à gauche), l’un des membres fondateurs de l’AVEO, et le président, Denis Perrault, ont joué le rôle de sommelier lors de la traditionnelle dégustation de vins qui accompagne toujours agréablement la réunion annuelle de cette association.

À en juger par l’assistance, la viticulture fait de plus en plus d’adeptes dans l’Est de l’Ontario. De moins de dix qu’ils étaient lors de leur première réunion annuelle, ils étaient plus de quatre-vingts, le 24 avril dernier pour la tenue de leur cinquième assemblée. Le domaine Château Bourget qui était l’hôte de l’événement, a été témoin de nombreux rapprochements ainsi que d’échanges animés lors de la dégustation des vins produits par les membres. Vins, qui dit-on, traduisent de l’expertise grandissante des artisans de la région.
La contribution des vignerons québécois à l’essor de la viticulture dans l’Est ontarien a été grandement soulignée. En particulier, la générosité avec laquelle Robert LeRoyer a partagé son savoir-faire avec ses congénères ontariens, lui a valu une plaque honorifique qui lui a été remise à cette occasion. « Merci Robert, tu nous as fait sauver au moins dix ans d’erreurs », s’est exclamé le président Denis Perrault, soulignant combien monsieur Le Royer avait toujours répondu avec empressement aux nombreuses questions de l’AVEO.

Les membres de l’AVEO s’accordent à dire qu’ils doivent beaucoup aux viticulteurs du Québec qui ont le mérite d’avoir introduit cette culture en climat froid tout en les faisant profiter d’une expérience riche de vingt ans. C’est en toute modestie que Monsieur LeRoyer, du vignoble québécois LeRoyer St-Pierre, a reçu ces honneurs. Il s’est dit fier de voir où l’AVEO est rendu et a rappelé aux membres que l’essentiel réside dans le plaisir de cultiver.
La présence du député provincial de Glenngarry-Prescott-Russell, Jean-Marc Lalonde n’a pas été sans impressionner monsieur LeRoyer: « Bravo à l’AVEO, a-t-il dit. Après seulement cinq ans d’existence, vous arrivez à faire déplacer votre député! Nous, après six ans, on a tout juste eu droit au statut de producteurs agricoles!» s’est-il exclamé. Précisons toutefois, qu’ils ont commencé en 1984 et qu’à cette époque la viticulture dans ces régions n’avait pas encore fait ses preuves.

Taxation foncière
En fait, la visite de monsieur Lalonde avait un dessein bien établi. Venu pour entendre de vive voix, les inquiétudes des viticulteurs quant à la nouvelle grille de classification des aires de transformation proposée par la Société d’évaluation foncière des municipalités, il a pu constater que les viticulteurs voient dans l’application de cette re-classification une menace à leur activité de vinification. Certains vont même jusqu’à se demander si dans un tel cas, ils n’abandonneraient pas tout simplement leurs projets pour se limiter à la culture.

On se souvient que la proposition d’une nouvelle classification annoncée en décembre dernier avait soulevé un tollé de protestation de l’ensemble des agriculteurs-transformateurs, en proposant de taxer les aires de transformation selon le tarif industriel plutôt qu’agricole. Cette décision qui aurait pour effet d’augmenter de façon drastique le niveau de taxation foncière a cependant été suspendue temporairement pour être réexaminée.
Profitant de ce sursis, les viticulteurs de l’Est de l’Ontario, espèrent convaincre le gouvernement de la nécessité d’introduire la notion d’un seuil de production en dessous duquel, on ne pourrait qualifier d’industrielle une production.
Le député Jean-Marc Lalonde a invité le conseil d’administration de l’AVEO à lui présenter un dossier et a assuré les membres qu’il serait attentif à leurs recommandations. Ces derniers ont bien réagi à ces propos: « J’ai confiance qu’il puisse plaider notre cause a dit Robert Hinse, c’est un député qui travaille bien ses dossiers ».

Diversité des membres
Avec la formation de l’AVEO, les rares viticulteurs de l’Est ontarien, se rencontraient enfin. Aujourd’hui, le vignoble Château Bourget qui était le seul à posséder sa licence vient d’être rejoint par le Domaine du Cervin situé à Chersterville et le Vignoble du Clos Baillie à Aylmer, sera bientôt en exploitation.

À ses débuts, l’AVEO était restreinte aux viticulteurs qui consacraient au moins un demi acre à la culture de la vigne. Depuis, on a assoupli les critères d’admission permettant à des vinificateurs qui ne sont pas producteurs de grandir cette famille de passionnés. En fait, on a étendu l’accessibilité à tous ceux qui manifestent un intérêt pour le domaine.

Bien que la grande majorité des membres résident dans l’Est ontarien, l’AVEO accueille quelques membres du Sud-Ouest ainsi que du Québec, dont Raymond Huneault qui y possède un vignoble.
On retrouve des membres qui représentent tous les stades du processus. Certains, sont à fomenter l’idée d’acheter du terrain pour cultiver, d’autres disent qu’ils viennent de se porter acquéreur à cause de la piqûre qu’ils ont eue à force de fréquenter l’Association. Certains planteront leurs premiers ceps cette année, alors que d’autres après trois ans d’efforts et d’investissements, entreprendront leur première cuvée.
Selon Carole Doran l’une des pionnières, cette prolifération des viticulteurs et des vinificateurs est très positive. Cela permet d’espérer en des projets comme une « route des vins » dans l’Est ontarien, dont l’achalandage profiterait à tout le monde.

Transfert des connaissances
L’AVEO se distingue non seulement par la coopération exceptionnelle entre ses membres mais par sa capacité à s’adjoindre la collaboration d’organismes et de personnes ressources compétentes. Grâce aux travaux de recherche du Dr Hélène Fischer et à la collaboration de la Ferme expérimentale d’Ottawa, les membres ont l’opportunité d’évaluer la performance de plusieurs cépages en climat froid. Plusieurs essais dans des conditions climatiques et des sols différents, permettront aux viticulteurs de faire des choix éclairés.

Avec l’information consignée dans le bulletin de l’Ontario Grape Growers Marketing Board, les membres peuvent se tenir à jour dans tous les domaines de pointe liés à la viticulture et l’?nologie. Plusieurs des travaux qui y sont rapportés proviennent des recherches effectuées à la « Cool climate Oenology and Viticulture Institute » (CCOVI), une institution fondée en 1999 et dotée d’équipements ultra modernes.
À chacune des réunions annuelles, le conseil d’administration invite des spécialistes viticoles dont cette année, Mike Charlebois, un expert dans la vinification des vins de glace et également juge pour l’Ontario ainsi que Tom Schulz, professeur au Niagara College à Burlington qui a présenté les programmes de formation spécialisés en viticulture et en ?nologie offerts par cet établissement. Il a aussi répertorié l’ensemble des tests mis à la disposition des vinificateurs, leurs particularités et leur utilité.

À cette occasion également, la présentation de Samuel Gutknecht s’est avérée un outil de référence pour le choix de matériel pour la vinification, alors que le diaporama présenté par Denis Perrault a permis d’admirer des vignobles situés dans le Comté de Prince Edward.

En plus du plaisir de se rencontrer, les membres ont eu la chance de partager un repas « concocté maison » par Nicole Gutknecht, où le cerf rouge provenant de l’élevage du Domaine du Cervin a ravi les amateurs de bonne chair.

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