Volume 29 Numéro 02 Le 7 septembre 2011

Labourer dans les traces de son père


Isabelle Lessard

Par Isabelle Lessard
Rédactrice en chef
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Dans la majorité des familles, la passion pour le labour à cheval – et même celle à tracteur – se transmet de génération en génération. Dans le cas de Michel Ouimet, cette passion vient effectivement de son père, mais ce dernier n’a cependant pas eu la chance de lui transmettre ses techniques si précieuses. Alors que Michel s’y intéressait, quelques années passées, son père est décédé, emportant avec lui tous ses secrets sur cet art du travail de la terre.

Il se souvient cependant des nombreuses années pendant lesquelles le cheval était utilisé pour les diverses tâches agricoles à la ferme familiale de Vankleek-Hill, dans l’Est ontarien. Sa mémoire le ramène à l’époque où ils allaient ramasser l’eau d’érable qu’ils coulaient dans un réservoir sis sur un traîneau attelé aux chevaux ou aux travaux aratoires.

D’après son plus lointain souvenir, son père, Fernand, a toujours eu une forte complicité avec cet animal robuste. Si bien que lors de ses funérailles, il a été conduit jusqu’à son dernier repos dans un corbillard antique tiré par des chevaux. Sa passion l’aura suivi jusqu’à la fin de ses jours. Aujourd’hui, c’est son fils qui prend la relève.

Telle une mère transmet à sa fille ses recettes familiales traditionnelles, Michel Ouimet aurait voulu que son père lui confie la clé de son succès, mais la vie en a voulu autrement. À l’époque de son mariage, Michel n’était pas intéressé par toutes ces choses « dépassées » et la relève de la ferme ne faisait pas parti de ses plans de vie. Il a donc déménagé en milieu urbain pour y bâtir une famille.

Ce n’est qu’à la préretraite qu’il s’est laissé embarquer. Un ami l’a convaincu de participer à quelques concours de labour en préparation à la grande compétition internationale qui allait avoir lieu à Chute-à-Blondeau.  Il s’est laissé tenter et s’est classifié… avec seulement un an de pratique.

Ne pouvant bénéficier des précieux conseils de son paternel, Michel a suivi une formation donnée par un professionnel afin d’apprendre les rudiments du labour à cheval. Pas facile pour un homme de son âge, mais il s’en sort franchement bien, surtout pour un débutant !

L’entraînement

Les techniques sont très différentes du labour fait à l’aide d’un tracteur. D’abord, c’est le laboureur qui guide à la fois ses chevaux et sa charrue. Les mains sur les poignées de la charrue, il ne peut que guider les chevaux qu’à l’aide de son dos, dans le cas d’une charrue à manchon. De fait, les guides de l’attelage sont  fixés dans son dos, donc il doit remuer vers la gauche ou la droite pour tourner ou se pencher vers l’arrière pour ralentir.

À ses débuts, Monsieur Ouimet a donc dû construire un traîneau sur lequel il pouvait embarquer pour s’exercer à guider ses chevaux dans la bonne direction et pour les habituer à ce type de travail.

Il existe cependant aussi des charrues appelées Sulky. Il s’agit en fait d’un compromis entre la technologie antique et le confort modernisé puisque l’appareil est muni de roues et d’un siège sur lequel s’assoit le laboureur. « Les vieux disaient que c’était une charrue de paresseux », raconte Monsieur Ouimet avant de s’esclaffer.

Quel que soit le type d’attelage, l’un des principaux défis des laboureurs est de contrôler la vitesse de son cheval. Dans une terre rocailleuse, les chevaux ont tendance à doubler la cadence par exemple, comparativement à un sol plus sablonneux.  « Quand ça tire plus fort, les chevaux cherchent à aller plus vite, car ils trouvent ça dur », explique le laboureur.

Bien que son père n’ait pas eu la chance de lui enseigner ses techniques de labour, il demeure présent auprès de Michel lors de ses compétitions puisque celui-ci a choisi de labourer avec la même charrue que son père et son grand-père.  « Cette charrue a probablement entre 80 et 100 ans », raconte-t-il fièrement. Un beau legs familial.

 

Pour la catégorie de labour à cheval ou à mulet (oui oui, ceux-ci sont acceptés), il y aura au total 33 compétiteurs au CIL de Chute-à-Blondeau. Ils proviennent de partout au Canada : Calgary, London, Abitibi Témiscamingue, Ottawa, etc. Certains d’entre eux achèteraient même des chevaux dans l’Est ontarien, une façon moins coûteuse que le déplacement des chevaux sur plusieurs centaines de kilomètres.

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