Volume 30 Numéro 19 Le 7 juin 2013

L’agriculture, un métier plein de rebondissements


Mireille Leroux, conseillère végétale à la Coop AgriEst et sa conjointe, Audrey Lizotte (absente), horticultrice chez les Serres Legault, se sont lancé dans la production de fines herbes. Photo I Lessard

Isabelle Lessard

Par Isabelle Lessard
Rédactrice en chef
redaction@journalagricom.ca


« On savait que l’agriculture est toujours plein de rebondissements. On était prêtes à plusieurs éventualités, mais cette année, la liste de tout ce qui pouvait aller mal s’est produite », confie Mireille Leroux, une jeune agricultrice de la relève.

Sa conjointe Audrey Lizotte et elle n’ont pas froid aux yeux. Motivées par le rêve de bâtir une entreprise agrotouristique de culture de fines herbes, les deux jeunes femmes ont sauté dans l’aventure avant même d’avoir terminé leurs études collégiales en agriculture.

« L’inscription au Campus d’Alfred est venue de ce projet. C’est une folle idée d’il y a quelques années. On voulait se lancer en agriculture et on ne savait pas exactement dans quoi », raconte Mireille Leroux, fille d’un producteur d’œufs de St-Isidore, dans l’Est ontarien.

Après avoir exploré quelques pistes et avoir fait plusieurs visites d’entreprises agrotouristiques québécoises, leur choix s’était précisé : ce serait les fines herbes.

C’est alors qu’elles étaient encore en train d’apprendre les rouages du métier de maraîcher que Mireille et Audrey ont démarré leur production. Grâce à un lopin de terre prêté par les parents de Mireille, les deux apprentis-agricultrices ont pu démarrer leurs essais au champ… Mais elles ont appris à leurs dépends que les pépins n’arrivent pas qu’aux autres.

À peine avaient-elles complété une saison de culture que Dame Nature leur faisait une démonstration de sa force. Le couple a d’abord eu de petites surprises lorsque la neige a fondu et qu’elles ont découvert le taux de mortalité élevé de leurs fines herbes vivaces.

« On est dans l’argile et les fines herbes n’aiment pas ce type de sol, explique Mireille Leroux. C’est une des raisons pourquoi ça a gelé cet hiver. Le sol s’est gorgé d’eau. Ce ne sont pas les conditions idéales, mais c’est parfait pour apprendre et s’amuser avec notre culture. »

Puis, ce fut au tour du printemps de s’acharner sur leur sort. De grands vents ont littéralement emporté leur serre dans le champ voisin, la rendant inutilisable.

Et c’est sans compter la moisissure blanche et les chenilles qui s’en sont pris aux fines herbes l’année précédente. Bref, on pourrait dire que les deux étudiantes ne l’ont pas eu facile.

« On s’est jetées là-dedans sans trop savoir dans quoi on s’embarquait », avoue la jeune femme.

« On se dit que l’année prochaine ça ne pourrait pas être pire. On continue et on s’organise pour que ça fonctionne quand même », s’encourage Mireille.

Essais erreurs
Si elles sont toujours aussi motivées malgré ces quelques imprévus, c’est qu’elles avaient été préparées par leurs professeurs du Campus d’Alfred.

Lors de sa première année, Audrey a réalisé un projet d’apprentissage pratique sur la culture et la transformation des fines herbes. Débordante de motivation, cette dernière a pu démarrer la production en champs et la récolte venue, faire des essais dans leur cuisine de transformation.

Cela leur a entre autre permis d’évaluer  le rendement final de produit séché pour chaque mètre carré. « On a évalué si le moment de la récolte avait une incidence sur la qualité du produit, mais on a réalisé que les gens ne voient pas la différence [au goût] », raconte Mireille.

Les deux agricultrices ont aussi testé plusieurs recettes de beurres, vinaigres aromatisés, mélanges de fines herbes salées, mélanges à trempettes, purées, etc.

Puis l’année suivante, elles se sont lancées à pieds joints dans leur projet de fin d’études, communément appelé « projet de ferme ». Bien que difficile, ce fut une étape décisive pour les deux étudiantes qui rêvaient peut-être un peu trop en grand.

« Ça nous a permis de voir le travail qui nous restait à accomplir avant de démarrer. On a réalisé que nos prévisions budgétaires ne faisaient aucun sens », avoue candidement Mireille en expliquant que leur chiffre d’affaires grimpait à un million $ après la cinquième année de production. Mais tout cela faisait partie de leur processus d’apprentissage théorique qu’elles ont eu la chance de faire sur les bancs d’école, et non en pratique.

« Notre projet n’était pas complètement farfelu, poursuit-elle, Oui nos chiffres ne faisaient pas de sens selon l’hypothèse initiale, mais il y a encore une possibilité que ce soit faisable [en réajustant les superficies à cultiver] », se réjouit-elle.

Cette année, les études et leur travail à temps plein ne leur ont pas permis de consacrer suffisamment de temps aux semis. Mais elles ont réussi à dénicher des plants de fines herbes… d’un ancien diplômé du Campus d’Alfred qui a bien voulu les aider à démarrer leur entreprise.

« Advienne que pourra », conclut Mireille, toujours aussi positive.

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