Volume 31 Numéro 21 Le 4 juillet 2014

Ces voyous qui ternissent notre réputation


-Photo ILessard

Par Sylvain Charlebois


OPINION

Le traitement éthique animal à la ferme revient encore une fois hanter le secteur agricole. Cette fois-ci, c’est la filière laitière qui en paie les frais. Une nouvelle vidéo, prétendument filmée à l’intérieur de la plus grande ferme laitière au Canada basée en Colombie-Britannique, exhibait un groupe d’employés brutalisant des vaches laitières. Simplement grossier. Plusieurs chaînes de télévision ont refusé de montrer ces images. Les réactions n’ont naturellement pas tardé. Bref, si tout cela s’avère exact, ce plus récent cas ferait suite à plusieurs autres qui ont semé l’indignation des consommateurs envers l’industrialisation de l’agriculture.

Chacun leur tour, plusieurs filières ont déjà arboré des signes d’inadvertance. Le porc, les poules pondeuses, le fameux foie gras québécois, tous ont déjà fait les manchettes. Puisque plus de 75 % de la population n’a jamais mis les pieds sur une ferme et y a encore moins vécu, ces images choquent et surprennent. Malgré la carence d’expérience en agriculture, les citadins qui possèdent des animaux de compagnie peuvent comprendre jusqu’à un certain point. Ils s’attendent tout simplement à autre chose de la part de leurs agriculteurs.

Avec l’influence de l’Europe, l’Ontario semble avoir été plus conscientisé à l’égard du traitement éthique animal à la ferme que les autres provinces. Tout de même, depuis plusieurs années, les sceptiques dans le domaine agricole qui doutent de la volonté des consommateurs à payer davantage pour une production plus clémente se font souvent entendre. De surcroît, plusieurs études suggèrent que les consommateurs s’attendent à des pratiques agricoles en lien avec leurs valeurs morales, sans devoir payer plus cher. C’est la même chose pour la salubrité alimentaire.

Désormais, avec le dossier du traitement éthique animal, l’agriculture est confrontée à une dure réalité : produire sans pénaliser le consommateur. Depuis des années, les pratiques industrielles dans le domaine agroalimentaire ont permis l’émergence des économies d’échelle, offrant ainsi des prix concurrentiels pour tous. C’est toujours possible de faire la même chose en donnant une plus grande liberté aux animaux de ferme, mais c’est beaucoup plus difficile.

Certaines régions ont déjà adopté une réglementation plus sévère, mais les budgets se font malheureusement attendre, et le Québec en est un exemple. En attendant, certaines entreprises n’ont pas hésité à modifier leurs méthodes. Cargill, l’une des plus grandes multinationales américaines, a annoncé dernièrement qu’elle cessera l’élevage de truies en cage. De plus, l’entreprise permet déjà à n’importe qui de visionner des images de leurs opérations par des caméras installées un peu partout.

Bref, cette stratégie mise sur la transparence et l’éducation d’une population à la recherche d’une caution de bienveillance. Une plus grande perméabilité de l’information offrira une meilleure compréhension. Surtout, ces images permettront aux consommateurs d’apprécier la complexité d’une production agricole moderne. Le temps est révolu où les vaches laitières broutaient au milieu des champs fleuris tout en ayant une chaudière en dessous.

C’est sûrement un dossier qui ne disparaîtra pas de sitôt. Par contre, il faut être clair. La plupart des producteurs agricoles sont des êtres archi-responsables qui n’hésitent pas à protéger leurs bêtes. Ce sont ces animaux qui les font vivre, alors il est invraisemblable de croire que plusieurs s’adonnent à de tels gestes. En fait, les images révoltantes de vidéo qui ne cessent de se succéder depuis quelques années démontrent que l’agriculture emploie parfois, comme dans d’autres secteurs, de simples voyous.

 

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